« Un vrai bonhomme », s’affranchir des modèles toxiques

affiche-film-un-vrai-bonhommeAprès l’accident de voiture qui a coûté la vie à son frère aîné, Tom tente de se construire en imaginant Léo à ses côtés. Mais les conseils de son aîné fantôme ne sont pas toujours appropriés…

Movie Challenge 2020 : un premier film 

Benjamin Parent, l’un des scénaristes de Mon Inconnue, mon film doudou de l’an dernier, également créateur de la série Les Grands, s’est attelé à un sujet d’importance pour son premier long-métrage. En apparence, il s’agit d’une histoire de coming of age marqué par le deuil d’un frère. Mais comme le titre du film le révèle, le sujet majeur, et moins souvent traité, c’est la masculinité toxique et ses ravages.

C’est évidemment ce qui m’intéressait dans ce film en premier lieu. Et je trouve que sur le fond, Un vrai bonhomme s’en sort vraiment pas mal. Le grand frère qui apparaît d’abord comme un soutien, une présence « qui le rassure » comme Tom ne cesse de l’expliquer, devient peu à peu un personnage trouble, qui rabaisse, opprime, juge sans cesse son cadet. Personnage extraverti, sûr de lui, solaire, très apprécié de tous (on n’entendra jamais aucun reproche ni la mention d’aucun défaut à son sujet dans tout le film), le jeune homme incarné par Benjamin Voisin (très différent ici de sa prestation plus en retenue dans Fiertés) apparaît pourtant comme assez insupportable aux spectateurs/trices. Sa légèreté n’est qu’inconséquence (ce qui causera sa perte), son assurance s’appuie sur le mépris des plus « faibles », ses conseils nient la singularité et la personnalité de Tom. Mais alors pourquoi est-il aussi valorisé par tous ? Son père lui voue un culte en raison de ses talents au basket, sa mère est plus mesurée mais l’admire quand il se pavane. Au lycée, les personnes qui le connaissaient au moins de vue parlent de lui avec respect. Bienvenue dans la société patriarcale où les défauts évidents de Léo le placent bien haut dans la chaîne alimentaire. Pour autant, le film a la bonne idée d’adopter le point de vue de Tom, qui aimait beaucoup son frère et par conséquente rend difficile de le détester et montre aussi quelques moments où l’aîné aide réellement son cadet. Thomas Guy, aperçu parmi les surdoués de L’Heure de la sortie, est la vraie révélation du film. Aux côtés d’un Nils Othenin-Girard plus confirmé, qui persiste à se tracer un sillon de second rôle décalé, le jeune acteur incarne à merveille cet adolescent perturbé par le drame, en quête de repères pour grandir. Et le film a raison de montrer que la jolie Clarisse le préfère parfois maladroit, grand lecteur, sportif du dimanche, bref, personnalité singulière et sensible et pas énième clone de caïd du lycée. C’est un joli message à faire passer.

Cela dit, cinématographiquement, le compte n’y est pas vraiment. Les apparitions de Léo manquent un peu de subtilité esthétique, on aurait aimé quelque chose de soit plus fantomatique, soit qui nous tienne dans le doute et laisse penser qu’il soit en vie. Le long-métrage fait un peu téléfilm par moments, et manque d’une vraie patte de cinéaste, d’un souffle qui aurait permis de porter plus vers l’émotion ce film qui intéresse avant tout par sa réflexion. C’est encore un peu scolaire, certes, mais il y a de bonnes idées et une vision assez fine sur un sujet contemporain capital, l’éducation des garçons pour faire d’eux bien mieux que des « vrais bonhommes ».

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2 commentaires sur “« Un vrai bonhomme », s’affranchir des modèles toxiques

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