« Douze mille », le prix de l’amour ?

affiche-film-douze-milleSans emploi, Frank part loin de sa compagne Maroussia pour une mission d’intérim. Il promet de lui être fidèle et de revenir avec douze mille euros, ni plus ni moins…

J’étais intriguée par ce film, comme souvent par les films français indépendants, sans avoir bien saisi de quoi il était question avant de le découvrir. Et c’est vrai qu’il n’est pas très aisé de le résumer. C’est comme si sa réalisatrice, Nadège Trebal, issue du documentaire, avait restitué en la personne de Frank des éléments de ses précédents films : la casse où il travaille au début puis le nettoyage des cuves (l’histoire ne précise pas si elles ont stocké du pétrole mais ça pourrait).

J’ai aimé le début du film, la casse sous le soleil avec la petite Lisa et le chien, une sorte d’insouciance joyeuse en dépit de l’illégalité, quelque chose hors des cadres qui m’a rappelé Rêves de jeunesse (les deux ont d’ailleurs Théo Cholbi en commun, dans des petits rôles). Le côté antisystème du couple, qui se débrouille façon système D en logeant dans un appart en viager avec la propriétaire, à 6 dans 2 pièces, avec la fille de Maroussia et des bébés de l’ASE, a quelque chose de touchant et d’intéressant. On retrouve une forme de refus de rentrer dans les cases sociales chez Romane (Liv Henneguier) qui ne cesse de professer son rejet de l’argent (au-delà du strict nécessaire), des attaches, du travail. Vivre d’amour et d’eau fraîche, cela s’est déjà vu au cinéma (notamment dans le film du même nom) et peut donner des romances émouvantes.

Mais il me semble qu’en fait d’amour, il est surtout question de désir, et par-dessus tout, d’argent. Le film porte bien son titre, celui de la somme que Frank promet de rapporter. Frank et Maroussia ont chacun leur obsession : pour elle c’est le sexe, et dès qu’elle voit son compagnon rentrer, ni une ni deux, leur logeuse et sa fille doivent laisser le champ libre pour leurs ébats. Mais pour lui, il devient de plus en plus clair au fil du film que l’argent est un aiguillon puissant. À mesure que la fièvre financière s’empare de lui, le film vire du jour écrasé de lumière à la nuit. Comme si l’homme passait du côté obscur, oubliant de rejoindre la femme qui l’attend (j’aurais du mal à dire « qui l’aime » tant leurs échanges apparaissant à l’écran sont uniquement charnels), pour amasser toujours plus de liasses de billets… et goûter au plaisir de faire fondre Romane sans la satisfaire. Alors que le personnage d’Arieh Worthalter m’était d’abord apparu comme un marginal doux-rêveur attachant dans sa simplicité, il devient petit à petit un type manipulateur, qui semble surtout aimer être désiré, et se laisser porter par les opportunités sans jamais être vraiment décisionnaire.

De ce fait, la fin du film m’a paru un peu suspecte, quelque chose de trop beau pour être honnête. Ce qui m’a le plus séduite, ce sont les scènes dansées. Quand Frank amuse les ouvriers par ses numéros façon Chaplin, quand il se met en mouvement seul dans la nuit, quand sa chorégraphie avec sa compagne semble être leur plus proche communion, ou plus étonnamment, lors de la brève mais géniale scène où toutes les filles passent en dansant devant un container. Ces scènes seules contiennent un potentiel de poésie presque burlesque qui aurait pu dériver du côté du film social chorégraphié façon Sur quel pied danser, ou d’un univers décalé à la Valérie Donzelli. Hélas elles laissent un goût de trop peu, d’une légèreté et d’une créativité que le film n’a pas vraiment explorées.

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