« Les filles du docteur March » : libre d’écrire sa vie

affiche-film-les-filles-du-docteur-marchEn l’absence de leur père parti au front, les quatre filles du docteur March vivent avec leur mère entre l’école pour Amy, le piano pour Beth, l’écriture pour Jo et les bals avec la perspective de rencontrer un époux pour Meg…

Depuis plus d’un an et demi, ce film était en tête de mes attentes cinéma. D’abord, parce que j’ai toujours aimé l’histoire des filles du docteur March, que j’ai lue enfant en édition abrégée et vue en film et série dans presque toutes les versions disponibles au fil des années. Ensuite parce que le casting et la réalisatrice me laissaient espérer une adaptation exceptionnelle de cette histoire. Beaucoup de grands noms, beaucoup d’espoirs (dont celui d’entrer à l’avant-première avec équipe qui fut finalement exaucé !), bref toutes les conditions pour qu’à force je finisse par être déçue.

Mais non. Pour autant, le film a réussi à me surprendre, mais pas négativement. D’abord, il n’est pas construit de manière linéaire, contrairement à la plupart des adaptations précédentes. Ce n’est pas pour céder à un effet de mode mais bien pour mettre l’accent sur l’écriture de l’histoire des quatre sœurs par Jo. C’est comme si tout le récit nous était livré au gré des pensées de la jeune femme, des scènes qu’elle revit en les consignant par écrit. Chaque souvenir ouvre la porte à un autre, chaque événement trouve un écho passé ou à venir, et petit à petit se construit ainsi une rhapsodie savamment agencée, par thématiques, personnages, émotions, redessinant l’histoire bien connue de cette famille qui prend une nouvelle dimension.

Bien sûr, on retrouve dans le film les éléments cultes que l’on attend (le bal, la vengeance d’Amy, le patin à glace, le piano, les Hummel, le voyage en Europe, etc.). Et ceux-ci sont tous présentés avec beaucoup de fidélité au roman de Louisa May Alcott, mais aussi avec une grande vivacité qui fait que les 2h15 passent à toute allure. On ne s’ennuie pas une minute aux côtés des filles, de leur ami Laurie, de leur mère et de leur grand-tante. L’ensemble dégage quelque chose de très chaleureux et sympathique comme il se doit, soutenu par des costumes colorés seyants et qui ont du sens (les gilets de Laurie portés par Jo, les tenues de plus en plus androgynes de l’héroïne…), des décors soignés dans les moindres détails (notamment lors des pièces de théâtre des sœurs qui en mettent plein la vue) et de la délicieuse musique d’Alexandre Desplat.

Mais là où Greta Gerwig apporte sa touche personnelle au récit, c’est dans deux thématiques majeures : la condition féminine et le pouvoir de la fiction. La réalisatrice s’appuie sur son quatuor de comédiennes extraordinaire pour développer les enjeux propres à chacune et nous donner à réfléchir sur les problématiques que rencontrent des jeunes femmes à l’époque (… et parfois encore aujourd’hui). Jamais je ne me suis autant identifiée à Jo que dans l’interprétation qu’en fait Saoirse Ronan, je le confesse, mais Amy (Florence Pugh) et Meg (Emma Watson) en particulier ont aussi droit à un développement plus intéressant qu’à l’ordinaire, la première assumant son goût de la stabilité financière, mais dévoilant aussi un côté plus artiste et romantique qu’on ne lui connaissait, et l’aînée révélant sous sa sagesse habituelle une aversion pour la pauvreté qui l’écartèle entre le choix d’un mariage d’amour et le regret des richesses qu’elle ne possédera jamais.

Au-delà de la chronique familiale touchante, avec ses joies et ses drames, Greta Gerwig fait de Little Women une réflexion sur les possibilités qui s’offrent à de jeunes femmes d’un milieu modeste, ou qu’elles doivent susciter. Tout en respectant le cadre de l’œuvre, elle porte un regard contemporain sur ses enjeux mais aussi sur ses choix narratifs, avec un niveau méta extrêmement réjouissant qui sait pointer les attentes des spectateurs/trices et les concessions que le récit leur fait par rapport à la cohérence psychologique des personnages. C’est beau, c’est touchant, c’est brillant, c’est le film qui consacre la réalisatrice comme un nouveau grand nom du cinéma.

8 commentaires sur “« Les filles du docteur March » : libre d’écrire sa vie

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  1. Mreci pour ton billet ! Je suis enfin allée voir ce film et c’était un moment agréable. C’est effectivement un beau film, soigné, et les pieds de nez finaux sont bien pensés 🙂

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