« Les Éblouis », l’insidieux embrigadement

affiche-film-les-éblouisCamille est passionnée par le cirque. Mais ses parents rencontrent une communauté religieuse à laquelle ils se lient, et dont le directeur impose un choix : pour que la famille rejoigne le groupe, la jeune fille doit cesser son activité artistique…

J’ai toujours eu du mal à comprendre que des individus sensés puissent se laisser manipuler au point de rejoindre une secte, c’est sans doute pour ça que les fictions autour du sujet m’intéressent, pour tenter de saisir la logique de l’embrigadement. J’avais déjà lu autour de ce thème The Girls qui mettait en scène des jeunes filles rejoignant le groupuscule de Charles Manson. J’ai aussi dans ma liste à voir depuis longtemps la série The Path.

Le film de Sarah Suco est d’autant plus intéressant sur ce sujet qu’il est inspiré de l’expérience vécue par l’actrice, qui passe à la réalisation pour raconter son enfance. Elle-même a vécu dix ans dans une communauté telle que celle présentée dans le film, mais pour prendre un peu de distance, elle a situé les faits de nos jours et s’est appuyée sur Nicolas Silhol (le réalisateur de Corporate) pour contribuer au scénario.

En termes de réalisation, le film n’est ni très original ni très audacieux, même si la scène d’ouverture est assez remarquable, avec une performance de tissu aérien de Camille mise en scène et en lumière avec grâce. La suite a un côté téléfilm mais cela ne nuit ni à la justesse du jeu ni à la force du propos.

Bien construit, le film repose sur un glissement très progressif de la famille vers la folie. Ce qui au début s’apparente à une activité caritative (aider à servir un repas solidaire) devient petit à petit une emprise totale sur tous les aspects de la vie des Lourmel. On voit évidemment beaucoup la révélation Céleste Brunnquell, car c’est le point de vue de l’adolescente qui est adopté, mais les prestations d’Éric Caravaca et Camille Cottin sont tout aussi impressionnantes. Ils incarnent un couple éduqué, petit bourgeois, qui ne semble pas avoir de problèmes particuliers si ce n’est une certaine fragilité mentale de la mère, qui va offrir au « gourou » de la secte, qui se fait appeler « le Berger » et que les fidèles réclament en bêlant (je ne plaisante pas et ça fait froid dans le dos), la faille par laquelle prendre l’ascendant. Jean-Pierre Darroussin est angoissant comme jamais dans le rôle de ce prêtre fanatique qui abuse de son autorité.

Le long-métrage de Sarah Suco a de quoi bouleverser tant on voudrait secouer les personnages, les arracher à la secte, et met en rage contre la radicalité religieuse, le prosélytisme et l’aveuglement. Et pourtant au milieu de l’enfermement des jeunes, de la fermeture d’esprit, de l’obsession malsaine, l’intrigue parvient à préserver des moments de douceur, comme la danse lors de l’anniversaire de Camille, des parenthèses de complicité entre la fratrie qui donnent l’espoir que tout ne soit pas irréversible.

2 commentaires sur “« Les Éblouis », l’insidieux embrigadement

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  1. J’ai entendu parler de ce film il y a quelques temps, je ne sais plus où, mais j’avais oublié de noter le nom. Merci du coup haha, il m’intrigue beaucoup et ton avis me donne envie de le regarder 🙂

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