« (Sic transit) Gloria Mundi » : génération égoïste

affiche-film-gloria-mundiMathilda accouche d’une petite Gloria, entourée de son compagnon Nicolas, de sa sœur et de son beau-frère, de sa mère et de son beau-père qui l’a élevée comme sa fille. Son père, qu’elle a très peu connu, sort de prison et vient voir le bébé…

Comme l’an dernier avec La Villa, le nouveau film de Robert Guédiguian constituait l’une de mes dernières grandes attentes du cinéma français pour cette année. Depuis ma découverte des Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste marseillais fait partie de mon Panthéon personnel aux côtés de Ken Loach, Stéphane Brizé ou Philippe Lioret. Je sais ce que je vais chercher dans ses films : un cinéma humain, proche du quotidien et des tourments de celles et ceux auxquel(le)s on donne peu la parole.

Ce que j’attendais de Gloria Mundi, je l’ai eu avec cette famille qui peine à joindre les deux bouts, cette jeune mère qui vivote d’une période d’essai à l’autre, ce jeune père endetté pour acheter une berline de chauffeur Uber, cette grand-mère qui nettoie les cabines d’un paquebot la nuit et garde le bébé le jour, et qui n’a les moyens ni de dormir ni de faire grève. Nous sommes les deux pieds dans la galère, autour de problématiques assez similaires à celles de Sorry We Missed You avec le personnage de Nicolas que le moindre accident de la vie peut réduire à la misère et à l’impuissance.

Mais je ne vais pas m’étendre sur ce qui fait de ce film la continuité de l’œuvre de son auteur. Car il y a plus intéressant à dire : même s’il m’a apporté ce que j’en attendais, ce long-métrage a surtout réussi à me surprendre. En effet, à l’ère des révoltes collectives partout dans le monde, Robert Guédiguian choisit de montrer l’envers de la solidarité de la génération des Neiges du Kilimandjaro. Ici ce qui domine c’est l’égoïsme forcené de la génération Y, représentée par un talentueux quatuor. Robinson Stévenin est le gentil un peu mou mais capable de perdre ses nerfs s’il se sent acculé, Lola Naymark la provocatrice qui se vautre dans le stupre et l’appât du gain, Grégoire Leprince-Ringuet le petit parvenu de province accro à la coke et sûr de tenir son monde, Anaïs Demoustier la paumée duplice. Jamais je n’avais vu ces quatre acteurs/trices dans ces types de rôle, et je trouve ces choix de castings audacieux et tout à fait payants. Le réalisateur déjoue l’image que l’on se fait des chacun(e) pour mieux nous laisser perplexes et pantois face à la noirceur de ces caractères. Le cinéma social avec ses « gentils pauvres » que l’on plaint et qui mériteraient de s’en sortir croise ici le chemin de la tragédie familiale à l’Antique, avec son lot de manipulations et de tromperies. La perfidie qui règne entre les deux demi-sœurs est particulièrement saississante et contraste avec l’empathie qui unit la génération précédente. Pourtant, même les personnages incarnés par Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan ne sont pas exempts de failles et turpitudes (jalousie, racisme…).

Très sombre dans le fond, le film n’en comporte pas moins des moments lumineux : la scène d’ouverture sublime en hommage à Artavazd Péléchian, les moments de complicité des grands-parents autour de la petite Gloria dont les sourires éclairent l’écran, et les haikus de Daniel. Je n’ai pas vu toute la filmographie de Gérard Meylan mais il trouve avec ce taulard au bon cœur un grand rôle dont il s’acquitte avec humilité et douceur.

Là où le film touche au tragique, c’est dans sa façon d’annoncer les malheurs qui guettent. Nous voyons venir les drames, et les personnages aussi les pressentent, jusqu’à un certain point, ce qui ne les empêche nullement d’y courir, acculés par la précarité et portés par les mauvais sentiments qui les gouvernent. Pauvre petite Gloria, jetée dans ce monde insensé…

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