« Au revoir là-haut » : aux mutilés, la patrie reconnaissante

affiche-film-au-revoir-là-hautLe jour de l’armistice de 1918, Édouard sauve Albert sur le champ de bataille, avant de prendre un éclat d’obus. Albert soigne son ami défiguré, et l’encourage à reprendre le dessin, sa passion…

Je n’avais pas spécialement de motivation pour voir ce film à sa sortie. Je n’ai pas lu le roman de Pierre Lemaître, je n’aime pas les histoires qui se déroulent pendant les Guerres mondiales en général et je n’avais tenu qu’un quart d’heure devant la précédente réalisation de Dupontel, 9 mois ferme.

C’est la découverte de Trois jours et une vie, adapté d’un autre roman de l’auteur, qui m’a rendu curieuse. Après tout, peut-être allais-je retrouver ce même talent de peinture des vicissitudes de l’âme humaine.

Globalement, oui, on reconnaît le goût de l’écrivain pour les personnages complexes, torturés, rongés par des sentiments noirs tels que la culpabilité, le remords, la haine. Nul n’est vraiment sympathique et positif parmi la galerie haute en couleurs que le film dépeint sous les traits (et le masque) d’un casting léché : Dupontel se réserve le rôle du narrateur, Albert, un type simple assez malléable qui se sentent redevable envers Édouard, est prêt à perdre tout sens des valeurs et des réalités pour lui venir en aide. Laurent Lafitte est un méchant sans une once d’humanité qu’on n’aurait pas envie de croiser, et il a l’air de se régaler dans le rôle. Niels Arestrup en riche homme d’affaires et père trop dur cherchant à se racheter est parfait. Finalement, en dépit du grand talent de Nahuel Perez Biscayart, observé dans 120 battements par minute, c’est son personnage qui m’a le moins convaincue, mais sans doute davantage à cause d’un souci d’écriture. Tout est tellement vu par les yeux d’Albert qu’Édouard nous reste inconnu, impénétrable, rien qu’un regard perçant sous des masques délirants. Le jeune homme est comme désincarné, il est presque un fantôme, voire une chimère.

Je n’ai pas boudé mon plaisir devant la reconstitution historique de grande envergure et le côté divertissant d’une arnaque façon Arsène Lupin du pauvre, et j’ai même été impressionnée par quelques scènes : la soirée au Lutetia, la danse masquée dans le grenier d’Albert. Les décors, costumes, masques sont un ravissement pour les yeux, et la bande-originale est très bien menée également. L’intrigue se tient, et est relativement prenante, je ne peux pas dire que je me sois ennuyée.

Cependant, en dépit de ses qualités formelles évidentes, le film ne m’a pas spécialement touchée. Sur un sujet si grave, il tourne à la comédie d’escrocs, à un genre de chassé-croisé amusant entre Maillard et Pradelle, presque à une farce où la mort est une abstraction onirique ou grotesque. Un bon divertissement donc, mais pas vraiment mémorable.

14 commentaires sur “« Au revoir là-haut » : aux mutilés, la patrie reconnaissante

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  1. Dans l’ensemble je préfère de loin les romans aux films qui en sont adaptés…… Notre imaginaire fait tout le travail et ensuite il y a souvent des déceptions et surtout il n’y a pas la même profondeur dans les personnages…. 🙂

  2. Il était dans mon top 10, je l’avais justement trouvée hyper émouvant ! J’aimerais un jour m’attaquer au bouquin !

  3. Le livre est tout simplement captivant, on me l’avait offert à sa sortie et je me suis dépêché de lire avant la sortie du film 😉

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