« The King », le fardeau du pouvoir

affiche-film-the-kingHal noie sa jeunesse et sa rébellion contre son père dans l’alcool. Jusqu’au jour où, après la mort de son frère, il devient l’unique héritier du trône. Hal est désormais Henri V, roi d’Angleterre…

Movie challenge 2019 : un biopic historique

Je ne vais pas vous raconter d’histoires, j’ai placé cette catégorie dans le Movie challenge 2019 exprès pour ce film, que j’attendais de longue date et de pied ferme. Pourtant, je n’aime ni les biopics, vous le savez, ni les films historiques, ni les films de guerre. Si vous pensez que mon attention était uniquement dévolue au casting, je ne vais pas vous détromper.

Toujours est-il que j’étais très curieuse de découvrir le film de David Michôd, tout en craignant sa longueur. 2 h 20, et qui plus est 2 h 20 sur mon écran d’ordinateur et non celui d’une salle de cinéma, voilà qui risquait de paraître long. Finalement, pas tellement.

Car Joel Edgerton et David Michôd ont réussi à écrire une adaptation libre de Shakespeare assez passionnante. Très peu de temps morts, un rythme efficace tant dans les scènes de bataille que dans les conversations entre un nombre réduit de personnages, très peu de plans qu’on aurait pu couper (pour chipoter, un ralenti un peu trop classique dans la bataille d’Azincourt et un ou deux ciels d’aurore à l’apparence photoshoppée).

Rarement biopic ne m’avait autant captivée (à l’exception de On the basis of sex qui avait pour lui son sujet féministe). David Michôd nous plonge dans les arcanes du pouvoir à travers le portrait intimiste d’un homme que la réalité contrarie perpétuellement dans ses volontés. Hal ne semblait pas taillé pour le trône, et même lorsqu’il prouve sa valeur par des décisions réfléchies et même plus mesurées que ce que ses conseillers lui suggèrent, persiste à l’écran un sentiment d’inadéquation. Le jeune roi est en perpétuel décalage malgré lui, victime d’un système politique et d’un destin qui s’accordent sous forme d’ironie tragique. Alors qu’Hal souhaite sauver son frère, celui-ci s’offre à la mort ; quand il rejette l’idée de devenir roi, il reste le seul candidat possible à la couronne ; désireux d’obtenir avant tout un royaume uni et pacifié, il est contraint à se lancer dans une guerre contre la France… Pourtant, jamais il ne renonce, et si ses idéaux pacifiques sont souvent bousculés, l’obligeant parfois à verser le sang le premier, il conserve sa ligne directrice et ses valeurs, faisant preuve d’une force de caractère que son passé débauché et sa frêle stature ne laissaient pas présager. Et pour incarner cette figure historique contrariée et complexe, il fallait bien l’alliance de Timothée Chalamet, dont l’air buté mais réfléchi et la gracilité font merveille dans ce rôle, et de David Michôd, remarquable dans sa direction d’acteurs et ses choix de réalisation. La photographie superbe est particulièrement cruciale dans les plans intimistes qui nous laissent à entrevoir la tempête sous le crâne du jeune souverain, qui n’a de réel soutien que son ami John Falstaff. Je connaissais ce personnage shakespearien par l’opéra que Verdi lui a consacré, et j’étais sceptique sur le choix de Joel Edgerton dans le rôle. Mais la composition de l’acteur est pour moi la meilleure surprise du film. Il crée un Falstaff non seulement bon vivant comme son rôle de bouffon de théâtre l’y oblige, mais aussi guerrier brave et avisé ainsi qu’ami loyal.

Finalement, alors que leurs noms avaient contribué à faire monter la hype ambiante autour du film, Robert Pattinson et Lily-Rose Depp sont très peu présents à l’écran, apportant l’un une forme de grotesque et l’autre de lumière qui allègent le propos foncièrement ténébreux du film.

Pertinent et convaincant tant sur le plan de la reconstitution d’un moment clé de la guerre de Cent Ans que comme réflexion intime sur le fardeau du pouvoir, ce fatum si souvent funeste, The King s’impose comme un vrai film de cinéma, bien au-dessus de la plupart des productions Netflix. Mon seul regret : ne pas avoir pu le découvrir sur grand écran, car il aurait clairement mérité l’expérience de la salle.

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8 commentaires sur “« The King », le fardeau du pouvoir

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    1. On ne va pas se mentir, Timothée Chalamet est toujours un bon argument, pour moi c’est clairement un des meilleurs acteurs de sa génération (avec Lucas Hedges).

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