« Midsommar » : d’une emprise à l’autre

affiche-film-midsommarDani perd sa sœur et ses parents brutalement. Elle n’a plus que Christian, son petit ami égoïste et inattentif. Celui-ci lui propose de venir en Suède avec des amis pour assister à des cérémonies célébrant l’été tous les 90 ans…

J’avais copieusement entendu parler de ce film à sa sortie, notamment sous un angle féministe qui m’avait donné très envie de le découvrir, mais évidemment j’avais beaucoup trop peur d’avoir peur pour aller le découvrir au cinéma.

Il m’est toutefois resté en tête et dès que j’ai eu l’occasion de le rattraper chez moi, je me suis précipitée. Le film démarre extrêmement fort. En deux plans, Ari Aster a déjà réussi à nous faire ressentir l’horreur de la situation de Dani, qui essaie désespérément de joindre sa famille, ignorant que ses parents et sa sœur sont déjà morts. Son angoisse qui contraste avec l’insouciance de Christian, poussé par ses amis à la rupture, ne laissera aucune place au doute par la suite. Dani et Christian forment un couple déséquilibré. Alors qu’elle s’inquiète de lui imposer son stress et de lui demander trop de soutien, lui ne semble rester avec elle que par faiblesse ou lâcheté, ne lui accordant même pas les attentions les plus évidentes (il oublie son anniversaire et elle laisse entendre que ce n’est pas la première fois). On est donc dans un schéma assez classique où la femme assume seule la charge du couple, alors que l’homme pense surtout à lui, à fumer avec ses copains et à trouver un sujet de mémoire.

L’arrivée en Suède est encore l’occasion de quelques plans très intéressants (sur la route puis lors des hallucinations de Dani en rapport avec sa famille décédée). Globalement, sur le sujet du deuil, le film est pertinent, par exemple lorsque Dani court s’enfermer dans les toilettes après un mot de compassion de Pelle. Florence Pugh incarne avec justesse cette jeune femme perdue après un drame terrible, isolée et soumise à un compagnon qui ne la tire pas vers le haut.

Malheureusement, à partir du début des célébrations, j’ai commencé à décrocher peu à peu. Sur la partie vraiment « horreur », le film est extrêmement prévisible. D’une part, il reste assez manichéen dans le choix de ses victimes, qui semblent quelque part mériter ce qui leur arrive, d’autre part il nous spoile la plupart des événements avec ses fresques et tapisseries montrées avec insistance et qui permettent de deviner quasiment tout ce qui va advenir. D’ailleurs les indices sont tellement flagrants que les personnages ont l’air bêtes et naïfs à tout accepter sans jamais s’interroger.

Si esthétiquement le film reste réussi jusqu’au bout, j’ai été moins emballée par son côté grotesque qui tourne le gore en ridicule, et surtout par l’exagération des cris et chants. On a bien saisi qu’il s’agissait d’insister sur la notion de famille et de communauté, mais cela devient vraiment fatigant sur la fin du film.

Au final, certes on peut considérer que Dani prend conscience que son copain n’était pas à la hauteur mais je suis loin de partager la lecture féministe que j’ai pu lire au sujet du film. On est plutôt dans la description d’un background favorable à ce que la jeune femme se laisse attirer par une autre emprise, celle de la secte.

S’il aborde des thématiques intéressantes, le film d’Ari Aster se repose à mes yeux un peu trop sur son ambiance et peine à développer la psychologie de ses personnages (qui paraît même se réduire au fil du film) et à poser des questions pertinentes, s’en tenant à un scénario finalement simpliste.

4 commentaires sur “« Midsommar » : d’une emprise à l’autre

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  1. Je ne suis bien entendu absolument pas d’accord avec de nombreux éléments de ta critique. Sur la thématique. Évidemment le féminisme n est pas prégnant dans le film et tu en fais un horizon d attente. Le message est donc biaisé.

    Ce film est un morceau de bravoure du cinéma d epouvante. Je ne dis pas d horreur car ce n est pas le mot. Il repose sur une transposition originale et extrême de tous les poncifs de ce genre. L action se joue en pleine lumière la où les films jouent la carte de l obscurité. Même maestria sur l enfermement et l’angoisse à ciel ouvert. La se trouve le film.

    Tu dis que les personnages ne sont pas exploités mais ils le sont beaucoup plus que dans ce type de film et effectivement le personnage le plus central c est la communauté. donc oui les chants oui les fresques oui un message appuyé. Bien entendu qu on sait des le début qui va être sacrifié. puisque ce sont les étrangers. pas du tout car ils sont manichéens. car ils sont étrangers à la communauté. donc aucune surprise mais la n etait pas la volonté du réalisateur.

    en résumé ce film à l esthétique poussée et résolument baroque est à la fois délicat poetique et outrancier. Normal. Ca c’était le but du réalisateur.

    1. Alors j’attends du film ce qu’on m’en a vendu. À partir du moment où on me dit que je vais y trouver quelque chose, je m’attends à le trouver. Certes on aurait pu ne rien me dire du tout et j’aurais peut-être eu un ressenti différent.

      Mais par ailleurs. Je dis bien que l’esthétique est splendide. Et ce que tu dis de la lumière etc pour moi ça relève de l’esthétique. C’est bien fait et c’est canon. Mais ça ne me suffit pas.

      Je te rejoins sur le fait que la plupart des films d’horreur-épouvante ne développent pas leurs personnages. C’est une des raisons pour lesquelles ces films ne m’intéressent pas. 🙂

      Je ne crois pas que « les étrangers sont sacrifiés parce qu’ils sont étrangers ». [SPOILER ALERT] Dani n’est pas sacrifiée alors qu’elle est étrangère, il y a aussi des personnes de la communauté qui se sacrifient, et à la fin elle a ce choix de sacrifier un membre de la communauté. Si elle ne le fait pas et si on attend qu’elle ne le fasse pas, c’est bien parce que son mec est un connard alors que l’autre personnage est inconnu donc présumé innocent par les spectateurs/trices. Donc on en revient à un truc manichéen et classique.

      En résumé, je ne compare pas ce film aux films d’horreur-épouvante en général. Je le prends en tant que film, donc par rapport au cinéma dans son ensemble. Quand je vois Grave, je le vois comme un film avec un sujet que je trouve passionnant (comment être soi-même sans faire du mal aux autres) pas juste comme un film de body horror. Quand je vois Midsommar, sur le début, mettons quasi la première heure, je le vois comme un film sur le deuil que je ne trouve pas inintéressant (je trouve d’ailleurs le tout début très bon). Ensuite pour moi c’est ultra prévisible et ça se ramollit et je m’ennuie et je trouve que ça n’apporte rien à part que c’est lumineux et « joli » (mais pas délicat à mes yeux).

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