« La fille du patron », essai non transformé

affiche-film-la-fille-du-patronVital travaille dans une usine de tricot et entraîne l’équipe de rugby de l’entreprise. Il est choisi comme cobaye par Alix, la fille du patron, venu faire une étude d’ergonomie dans l’entreprise…

J’avais ce film dans ma liste à voir depuis longtemps, et quitte à être dans une lancée « cinéma social » entre Sorry We Missed You et Gloria Mundi, je l’ai rattrapé sur la plateforme de ma médiathèque avant qu’il ne disparaisse. Je crois que ce qui me tentait dans ce film, c’est surtout l’atmosphère dégagée par son affiche, ce couple comme seul au monde, dansant les yeux dans les yeux au milieu d’une foule d’ouvriers joyeux. Le romantisme classique façon La Boum dans un univers à la Louis-Julien Petit.

Pour l’univers réaliste, on y est bien, dès la scène d’ouverture où les collègues et leurs épouses célèbrent leur victoire dans une compétition de rugby d’entreprise. Ça parle fort et désordonné, ça crame des merguez sur fond de fanfare, c’est tellement marqué « milieu populaire » que c’en est presque cliché. Et pourtant, ces scènes-là, celles autour des matches de rugby, avec Vital qui crie sur ses troupes, les types qui mouillent le maillot, leurs familles qui s’époumonent en tribune, c’est ce que j’ai préféré dans le film. J’ai beaucoup aimé la façon de filmer le rugby d’Olivier Loustau, dont on sent qu’il connaît et aime ce sport (il l’a pratiqué). Moi qui ne suis pas du tout fan du sport télévisé, là, j’ai ressenti l’espoir, la fatigue, la vibration venue des gradins qui porte les joueurs jusqu’au bout, le suspens du résultat.

Sur le reste, je suis plus mitigée. Sur l’aspect social, la réalité est en fait bien plus forte que la fiction. Dans le film, on assiste à des tensions entre ouvriers et cadres, on voit bien que la pression pour accélérer la cadence n’est pas sans risques et que le patron, tout bien intentionné qu’il semble au départ, se laisse lui-même piéger par le jeu du rendement. Mais tout cela ne paraît pas très puissant ni concret (même la scène de l’alarme n’a pas réussi à m’inquiéter vraiment). Dans la réalité, l’usine choisie pour le tournage, dont les employés constitue pour partie les ouvriers du film, a fini par fermer. Cette menace, j’ai trouvé qu’on ne la ressentait pas vraiment. Quid de la fatigue, des problèmes de postures prétendûment étudiés par Alix ? On ne saura pas grand-chose des résultats de son étude et c’est dommage.

C’est comme si l’usine ne devenait plus qu’un contexte, que ses enjeux propres étaient effacés au profit de la romance entre Vital (incarné par le réalisateur lui-même) et Alix (Christa Théret). Mais je n’ai jamais vraiment cru à leur histoire. Parce qu’elle démarre trop vite et de manière trop inconséquente pour être crédible (qui s’affiche avec sa jeune maîtresse devant tous les proches de son épouse ?). Mais aussi parce qu’en dehors de l’attirance physique, on ne voit pas très bien ce qu’il y a entre eux. Pas de conversations, pas de passion commune, pas de scènes du quotidien d’un couple. La jeune fille et l’ouvrier travaillent, dansent ou s’embrassent et c’est à peu près tout. Il y a des films où cela suffit à créer l’alchimie d’un couple attachant. Dans celui-ci, pour moi, cela ne fonctionne pas, et peut-être que mon manque de sympathie envers ces deux personnages pris individuellement a contribué à ce détachement.

Au final j’ai l’impression que le film s’égare entre les thèmes de la fraternité sportive, du déclin ouvrier et de la romance entre deux milieux différents. Pourtant, avec une réalisation inventive et inspirée, moins télévisuelle, une synthèse est possible. Je vous encourage donc à regarder plutôt l’excellent Sur quel pied danser qui sur le fond social, en termes de personnages et dans la créativité de son genre musical m’a beaucoup plus marquée.

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