« Automne » : Christine, Pauline, Daniel et moi

couverture-livre-automneElisabeth apprend que son ancien voisin Daniel Gluck, compositeur, est en maison de retraite et proche de la fin. Elle entreprend de lui rendre visite et de lui faire la lecture, alors que sa mère se lamente sur le Brexit…

Je remercie une fois de plus ma copinaute Laure du blog Folavril de m’avoir prêté ce roman. J’avais vu passer sa jolie couverture à plusieurs reprises sur la blogosphère et elle m’avait intriguée. Et de fait ce livre est assez surprenant et un peu énigmatique.

Les toutes premières pages lui confèrent une étrangeté poétique qui ressurgit à l’orée de chacune des grandes parties qui le composent. Nous comprenons peu à peu que nous voyageons dans le subconscient de Mr. Gluck endormi.

Mais pas seulement. Car le roman est fait d’une juxtaposition de points de vue, celui de Mr. Gluck, mais aussi de sa jeune voisine Elisabeth, et également des inserts autour d’autres personnages comme la danseuse Christine Keeler ou la peintre Pauline Boty. On peut penser qu’il s’agit d’une biographie croisée romancée… entre autres.

Car Ali Smith a plus d’un tour dans son sac, et le quotidien d’Elisabeth (qui fait refaire son passeport) et de sa mère (qui va participer à un jeu télévisé dans une brocante façon « Affaire conclue ») permet d’aborder des sujets politiques tels que les aberrations administratives (les scènes à la Poste sont assez kafkaïennes) ou le Brexit. Les quelques pages autour de l’annonce du résultat du vote sont d’ailleurs parmi les plus fortes et belles du livre.

Comment expliquer l’association de ces différentes thématiques ? Eh bien on ne l’explique pas trop, et l’autrice nous laisse nous débrouiller, quitte à devoir aller ouvrir Wikipédia pour tenter de recoller les morceaux. Lesquels de ces personnages ont réellement existé ? Quelle est donc cette clôture électrifiée érigée près de la maison de la mère d’Elisabeth ? Autant de questions – et bien d’autres – auxquelles le récit ne répond pas. C’est qu’il s’agit moins d’expliquer que de laisser planer, de créer une ambiance mi-poétique mi-politique, parfois à la lisière de l’absurde, souvent du côté de la tendresse et de la nostalgie, dès qu’Elisabeth en revient à ses souvenirs avec Mr. Gluck.

Sous ce titre Automne, ce qu’on croit déceler, c’est l’impression d’une déréliction, d’une déliquescence. Les feuilles tombent, les corps vieillissent, les services publics deviennent abscons, les décisions politiques terribles, bref, « c’était mieux avant ». Et pourtant, il suffit d’une rencontre, comme celle de la surprenante Zoé, d’une redécouverte telle que les tableaux de Pauline Boty, d’une détermination à passer outre les barrières réelles ou abstraites, et soudain, l’espoir renaît, sous la forme d’une rose ou d’un battement de paupières. Et tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie.

4 commentaires sur “« Automne » : Christine, Pauline, Daniel et moi

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