« Sœurs d’armes » : rien à sauver

affiche-film-soeurs-d-armesZara est une jeune femme yézidie dont le père est tué et la famille enlevée par les troupes de Daesh. Alors qu’elle est vendue comme esclave, deux françaises rejoignent les combattantes locales…

Déjà à l’annonce des Filles du soleil, je m’étais réjouie que le cinéma s’empare de ce sujet d’actualité capital, avant d’être plutôt déçue du résultat. Mais quand j’ai entendu parler de Sœurs d’armes, je me suis dit que ce serait peut-être mieux. Je savais que Caroline Fourest était journaliste (sans connaître les polémiques qui l’entourent) et j’espérais un traitement sérieux et documenté. J’ai donc pris mon courage à deux mains pour aller affronter ce film de guerre en salles avec ma copinaute Laura de la Fucking Team.

Hélas. Je ne vais pas vous imposer un faux suspens puisque le constat est sans appel : rien ne va. Dès les lignes de texte expliquant la situation de façon orientée, puis les premiers plans sur Zara et sa famille, la voix off de la jeune femme évoquant les malheurs à venir jusqu’à sa rencontre avec ses « sisters in arms », sur fond de musique tire-larmes, on a bien compris. On est loin d’être en présence d’un travail journalistique objectif (cela dit le film n’a jamais prétendu à être documentaire), mais bien en face d’un genre de propagande, qui a décidé d’un message à faire passer à toute force. Pour le résumer : « regardez cette sororité internationale combattante qui elle seule peut nous délivrer du joug des vilains hommes islamistes ».

Pour clarifier ma critique, je rappelle que je suis moi-même féministe et que j’apprécie beaucoup la sororité à l’écran (encore cette semaine avec le magnifique Papicha par exemple). Mais un message simpliste et occidentalo-centré plaqué sur une réalité complexe et dramatique n’est certainement pas un service rendu à la cause.

Dans les faits, cette vision occidentale à côté de la plaque se révèle surtout dans l’écriture. D’abord dans les dialogues ahurissants d’incohérence et de bêtise, ou de maladresse. Entre la française qui se revendique « muslim cool », la cheffe des troupes qui affirme que leur combat vise une société plus égalitaire entre hommes et femmes (moi qui pensais bêtement qu’il s’agissait de libérer un peuple d’une oppression terroriste !), et les préceptes de Daesh beuglés au mégaphone dans les rues (« Il est interdit de manger des tomates dont le cœur forme une croix et de coucher avec un cadavre mort depuis plus d’une heure. » Si vous pensez que j’ai pris un fou rire avec la façon totalement sortie de nulle part d’amener cette info, vous avez raison.), clairement j’ai écarquillé les yeux plusieurs fois.

Mais la conception même des personnages, au-delà des énormités qu’ils profèrent, est problématique. Le film réussit à ne rendre hommage à personne en ratant tous les personnages principaux. Au début, j’ai pensé que le pire était ces deux Françaises qui viennent comme en colonie de vacances, ne savent absolument pas où elles mettent les pieds, sont pour l’une obsédée par son portable et pour l’autre incapable de marcher deux minutes sans râler. Que diable Camélia Jordana et Esther Garrel allaient-elles faire dans cette galère ? Leurs personnages sont vraiment une insulte aux personnes qui sont parties combattre, présentées comme des idiotes écervelées.

Mais ce n’est pas tout. Il y a la cheffe kurde des combattantes qui se laisse convaincre de tout ce que sa culture et sa religion devraient lui faire refuser (boire de l’alcool, embrasser un inconnu en public…). Que diable Amira Casar allait-elle faire aussi dans cette galère ?

Et il y a Zara (Dilan Gwyn), dont j’ai cru pendant longtemps qu’elle allait constituer le seul personnage à peu près beau et crédible de l’histoire. Jusqu’à ce qu’un basculement soudain dans le rape and revenge ne vienne saper la cohérence psychologique de cette jeune femme douce dont la seule motivation est de sauver son petit frère (car l’amour triomphe de tout en un éclair, même du bourrage de crâne coranique, n’est-ce pas).

Il n’y a tellement rien à sauver dans ce film, qu’on en vient à considérer la mort de certains personnages comme une sorte de Darwin Award, une façon de rayer de la carte leur manque absolu d’intelligence. On se demande tout de même comment ce long-métrage a pu voir le jour : n’y a-t-il personne, à aucun moment du processus créatif, qui n’ait sonné l’alarme ? Personne pour alerter sur les bourdes d’écriture que les moindres spectateurs/trices même pas spécialistes perçoivent au premier visionnage ? Honnêtement un tel désastre me désole, à la fois pour l’argent jeté par les fenêtres, pour la souillure sur la filmographie de ses actrices, et surtout pour le traitement nul et non avenu d’un sujet si important. N’oublions pas que de vraies combattantes sont mortes face à Daesh, et qu’aujourd’hui les Yézidis et les Kurdes en général sont menacés d’un génocide.

12 commentaires sur “« Sœurs d’armes » : rien à sauver

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  1. WoW… X_x (pour le film, pas pour toi :-p)

    En effet, si c’est du Fourest, ça s’explique, notemment la réputation de film islamophobe…

    Et oui, sujet sérieux, d’autant plus quand on sait que pas plus tard qu’hier, on a dit à la télé turque que ce sont des terroristes…

  2. J’avais super envie de le voir (avec les mêmes attentes que toi), mais tu m’épargnes une vraie déception… Il y a trop de films que je veux voir pour perdre mon temps avec un film qui ne maîtrise pas un minimum un sujet aussi important !

  3. Non pas Chambre 212, ou alors il faut y fourrier les sœurs d’armes pour mettre de l’ambiance. 😁
    Voilà qui confirme mes craintes.
    A quand un vrai bon film sur les peshmergas ?

    1. C’est sévère pour Chambre 212 qui est tout sauf ennuyeux ! Mais sur les peshmergas, je suis d’accord. Je pense que tant qu’on ne donnera pas aux concerné(e)s la possibilité de raconter eux/elles-mêmes leur histoire, on en restera à des versions occidentalo-centrées discutables.

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