« L’amant d’un jour » : nouvelle vague de désirs

affiche-film-l-amant-d-un-jourQuittée par son amoureux, Jeanne revient habiter chez son père, qui vit depuis peu avec Ariane, une de ses étudiantes. Les deux jeunes femmes deviennent amies et Ariane tente de distraire Jeanne de son chagrin…

Étonnamment, je n’avais jusqu’ici vu aucun des films de Philippe Garrel. Je dis « étonnamment » car je me suis aperçue très vite en découvrant L’amant d’un jour (encore une fois merci Arte de l’avoir rendu disponible en ligne) que le style du réalisateur avait tout pour me plaire.

D’abord, il faut évoquer ce noir et blanc splendide. J’ai une relation ambiguë au noir et blanc, partant de « je confonds tous les personnages sans les couleurs » lorsque j’ai découvert mes premiers Bergman à « c’est sublime » en tombant amoureuse de l’esthétique de The Artist. Je suis difficile avec le noir et blanc (j’ai eu beaucoup de mal avec celui de Cold War par exemple) mais j’ai adoré celui de Garrel, qui a ce qu’il faut de contrastes et de gros plans sur les visages pour me faire chavirer. C’est beau comme un film de Truffaut en mieux. Et la comparaison ne s’arrête pas à l’image.

En fait, tout dans le film fait terriblement Nouvelle vague. La voix off façon Jules et Jim qui m’a fait craindre au début de ne pas réussir à entrer dans l’histoire, mais qui finalement sait se faire suffisamment légère (c’est le timbre délicat de Laëtitia Spigarelli, qu’on a pu repérer dans de précédents films du réalisateur). On se croirait dans From a Room, le morceau de Vincent Delerm où la voix d’Alka Balbir analyse poétiquement la pochette d’un album de Léonard Cohen. On est bien dans cette ambiance-là, cet appartement trop petit pour trois (Jeanne dort sur le canapé du salon) où les désirs et les failles des unes et de l’autre se marchent dessus en tentant de ne pas se faire de mal.

Et puis il y a ces conversations sur l’amour et la sexualité, et d’un coup on se croirait dans un film d’Éric Rohmer, avec ces deux belles filles attablées qui se promettent de tenir leurs secrets bien à l’abri de la figure masculine, et qui dissertent sur la possibilité de faire l’amour « juste pour le plaisir », sur la façon de se remettre après une rupture, et, c’est à mes yeux le plus beau dialogue du film, sur les vertus de la solitude (« au moins dans la solitude on affronte le grand froid »). L’intensité triste d’Esther Garrel et la luminosité mutine et inquiète de Louise Chevillotte dévorent l’image, mais pourtant Éric Caravaca, seule figure masculine d’importance, réussit à tenir sa place au milieu d’elles, celle d’un homme qui rêve d’aimer sans souffrir, d’un couple durable, sincère et sage auquel les appétits de la jeune Ariane ne peuvent se conformer.

Chaque personnage incarne une vision de l’amour : la soif d’absolu de Jeanne qui a effrayé son amoureux, le jeune Matéo, qui ne semble pas à la hauteur de ce premier amour incandescent, le désir de liberté et de plaisir d’Ariane pour qui être en couple ne doit pas être une entrave, le besoin de stabilité amoureuse qui se heurte à l’idéologie libertaire professée par Gilles. Tout cela se heurte sans violence, dans des tentatives d’ajustements quotidiennes qui pourraient sembler ennuyeuses au premier abord mais se révèlent passionnantes.

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