« L’éternel printemps » : l’art de la conversation

couverture-livre-l-éternel-printempsUn écrivain presque cinquantenaire rencontre par des amis communs une libraire de livres anciens. Il est fasciné par cette femme plus âgée à la personnalité oscillant entre enthousiasme juvénile et angoisses…

Pour parler de ce roman de Marc Pautrel, reçu grâce à la Masse critique de Babelio, et dont je n’avais entendu d’écho nulle part avant de le cocher dans cette liste, sur la base de 2 lignes d’extrait, j’ai envie de démarrer comme (500) jours ensemble : « This is a story of boy meets girl ».

Ici c’est un homme écrivain, qui pourrait être un genre de double de l’auteur, et une femme libraire, et on comprend rapidement que leurs échanges n’échapperont pas aux attendus d’une rencontre entre gens cultivés d’un certain milieu social, un Paris de carte postale entre les ruelles près des quais de la rive gauche et le jardin des Tuileries.

Ces personnages ne sont pas nommés, mais identifiés par leur âge, comme dans l’album de Ben Mazué 33 ans. On ne peut pas dire que ça leur confère une forme d’universalité, plutôt que l’anonymat pousse à croire à une histoire inspirée de faits réels. La détermination par l’âge est aussi – surtout – une façon d’appuyer là où ça fait mal, de mettre l’accent sur ce qui les sépare.

Lui, par les yeux duquel nous suivons le déploiement de leur relation, fait mine de ne pas y accorder d’importance, de ne la voir que comme un objet de désir dont l’âge à l’état civil importe moins que son visage dépourvu de ride au charme ibérique et sa vivacité de corps et d’esprit. Pourtant, dès que les angoisses de la femme ressurgissent et viennent ombrager ses yeux, il ne peut s’empêcher d’en être presque dégoûté, et le regard masculin devient celui de la société qui dévalorise les femmes prenant de l’âge.

C’est bien elle le personnage le plus intéressant des deux, celui qui ne va pas toujours où on l’attend et se révèle bien plus moderne au fond. Car pendant que l’homme tente de tisser la toile de la séduction autour d’elle, et au passage de la changer, sous prétexte d’atténuer les angoisses qui la tourmentent (on n’est pas dupe, on voit bien qu’il veut la conformer à son désir), la femme, elle, échappe dans un jeu de « suis-moi je te fuis ». Il y a quelque chose d’addictif dans cette course-poursuite qui prend la forme d’une conversation quasi ininterrompue. Quelque chose qui nous fait tourner les pages, nous demandant si elle va finir par « se rendre », selon un schéma propre à « l’amour courtois » du Moyen Âge où l’homme propose et la femme dispose.

En attendant, ils se racontent leur passé, dont les lecteurs/trices ne sauront pas grand-chose, et tout le récit consiste à évoquer des conversations dont le contenu précis n’est jamais détaillé, entretenant chez nous la même frustration que celle de l’homme épris. Or c’est finalement tout l’intérêt. Et si la femme n’était pas que la victime de ses peurs, mais une philosophe à la Kierkegaard qui nous apprend que « le plaisir est décevant, les possibilités jamais » ?

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