« Chambre 212 » : la chambre des époux

affiche-film-chambre-212Maria, mariée avec Richard depuis 25 ans, le trompe régulièrement avec ses étudiants. Lorsqu’il l’apprend, son mari est effondré. Maria décide d’aller passer la nuit à l’hôtel d’en face pour réfléchir…

Bien que mitigée face à la filmographie de Christophe Honoré (pas convaincue par La Belle Personne, ni par son récent Plaire, aimer et courir vite, j’avais été rattrapée juste avant de laisser tomber par Les Bien-Aimés qui m’avait bouleversée), j’attendais avec impatience cette Chambre 212, son casting prometteur et les premiers retours totalement contradictoires qui m’étaient parvenus depuis Cannes.

Au début, je me suis crue de retour dans une des histoires d’amour compliquées et tragiques (forcément tragiques) dont il a le secret. Qu’allait donc faire dans la Semaine de la Comédie UGC ce film qui commençait certes par une maîtresse cachée dans un quasi-placard, mais tournait vite à la crise conjugale pas nécessairement réparable ?

Or le long-métrage prend rapidement une tournure inattendue et s’inscrit dans la lignée des films de 2019 qui revisitent leur genre grâce au fantastique. Comme dans Mon Inconnue, il faut bien un peu de magie pour pousser les membres d’un couple au bord de la rupture (ou au moins l’un des deux) à réfléchir à ce qu’il tient et risque de perdre. Ici les rôles sont habilement inversés par rapport au schéma traditionnel : c’est la femme qui trompe son mari pour des amants plus jeunes, ne peut s’empêcher de suivre des yeux les jolies silhouettes des petits mecs dans la rue, séduit ses étudiants sans vergogne et considère tout cela comme une fatalité. Chiara Mastroianni n’a pas vraiment le beau rôle mais s’en acquitte sans faiblir (ce qui lui a valu le prix d’interprétation Un certain regard). Son mari affirme une fidélité sans faille, seulement tenté par le souvenir d’un amour de jeunesse. Benjamin Biolay est étonnamment touchant dans le rôle de l’homme qui se voit vieillir et se raccroche envers et contre tout à son couple, même s’il sent bien que la flamme se délite. Ce duo mal en point est bousculé par deux soudaines apparitions : le jeune Richard (Vincent Lacoste, qu’on a connu moins en sobriété, en dépit de quelques piques et moues bien placées), et la prof de piano (Camille Cottin, exceptionnelle dans un rôle encore bien différent de ce qu’on l’avait vu jouer jusqu’ici).

À partir de là, tout part en vrille. Je me suis sérieusement demandé ce que le réalisateur avait consommé pour s’embarquer dans une intrigue si foutraque et ponctuée de délires aussi inattendus qu’hilarants (mention spéciale au sosie d’Aznavour). Je ne pensais pas Christophe Honoré capable d’une écriture si débridée. Et pourtant, le résultat est d’une évidente efficacité. Les dialogues sont ciselés, tombent juste à tous les coups, décortiquent avec un côté très witty les effets du temps qui passe sur le désir et les sentiments. Comment faire avec le corps qui vieillit, la passion usée par le quotidien ? Est-ce que si tout s’affadit, c’est qu’on s’est trompé au départ ? Sur ces questions empreintes de nostalgie, le film répond sans fausse pudeur mais sans mélo, porté par une bande-son qui allie les textes d’Aznavour (« Désormais »), les notes mélancoliques de Scarlatti et une version de « Could it be magic » sublimée par Camille Cottin au piano.

Quelle fraîcheur que cette fantaisie non sans profondeur chez un cinéaste qui nous avait habitué au drame ! Décidément, cette fin d’année est émaillée de films français audacieux et inventifs (Perdrix, Je promets d’être sage, Deux moi, Notre Dame…) et c’est un délice.

6 commentaires sur “« Chambre 212 » : la chambre des époux

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  1. Pour ma part, j’ai vraiment trouvé cela très mauvais. Honoré lorgne du côté de Resnais (on pense au merveilleux Coeurs), mais tous les thèmes qu’il tente d’aborder (dont l’intérêt ne se conteste pas) sont désamorcés par sa mise en scène et son découpage, qui sont extrêmement figés et statiques si bien que ce film sur la liberté ressemble à du mauvais théâtre – on a l’impression d’être coincé dans une pièce mal éclairée tout du long. Les acteurs font ce qu’ils peuvent pour sauver l’ensemble du naufrage.

    1. C’est votre impression. Pour ma part je ne suis d’habitude pas très fan du réalisateur (à part Les Bien-Aimés) et j’ai apprécié qu’il troque son sens du tragique habituel contre plus de fantaisie et de légèreté. Je trouve qu’il y a effectivement un côté théâtral mais joyeux et assumé, et j’ai trouvé les lumières très chouettes. Comme quoi, des goûts et des couleurs !

      1. Oui, il essaie d’être léger et fantaisiste. Mais la légèreté et la fantaisie nécessitent un minimum de talent, de rigueur, de compétences techniques, qu’il ne possède manifestement pas. Avez-vous vu Coeurs de Resnais, qui lui sait filmer/découper/monter ?

        1. Non je n’ai pas vu Cœurs, mais je ne trouve pas que ce soit mal cadré/éclairé/monté ou quoi. Pourtant je ne suis pas insensible à ces questions, ça m’est arrivé de détester un film à cause du cadrage ou du montage (je pense à « Cold War » en particulier).

          1. Moi aussi, je n’ai pas beaucoup aimé le parti pris des cadrages de Cold War – qui sont tout en verticalité. Dans Chambre 212, cela dit, c’est surtout le découpage qui pose un problème, il est très statique, comme je l’ai dit dans ma critique. Je vous recommande Coeurs.

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