« Les chansons d’amour » : les paroles font l’histoire

affiche-film-les-chansons-d-amourJulie et Ismaël, en couple depuis le lycée, font depuis quelques semaines ménage à trois avec Alice, une collègue d’Ismaël, ce qui donne lieu à des jalousies…

En dépit d’un rapport compliqué avec la filmographie de Christophe Honoré, j’avais ce film dans ma liste à voir depuis longtemps. Mon engouement pour Chambre 212 m’a motivée à le découvrir.

Je ne savais pas trop de quoi il retournait, et j’ai été de surprise en surprise avec ce long-métrage au scénario à tiroirs. En effet, chaque chanson ou presque est l’occasion d’un rebondissement, d’une bifurcation, d’un dévoilement d’un pan de l’intrigue ou de la psychologie des personnages jusqu’ici caché. Dans les premières minutes du film, j’ai cru qu’il s’agissait simplement d’un jeune couple qui ne sait pas trop où il en est, avant de comprendre que l’histoire était vieille de dix ans entre Julie (Ludivine Sagnier, boudeuse et séductrice comme elle sait si bien l’être) et Ismaël (Louis Garrel, mélancolique et agaçant comme il sait si bien l’être). Puis surgit Alice (la trop rare Clotilde Hesme) et l’on découvre soudain que les amants font ménage à trois.

Tout cela semble tenir du vaudeville bien connu, avec des atermoiements entre les trois personnages et une encombrante famille pas piquée des hannetons (Brigitte Roüan, Jean-Marie Winling, Alice Butaud). Mais c’était sans compter sur le goût du tragique du cinéaste, qui fait basculer l’histoire dans le drame, par le prisme d’une scène étrange avec arrêts sur images en noir et blanc. Je n’ai pas tellement été convaincue par le traitement de cet événement destiné à faire plonger les personnages dans le deuil, qui a éveillé en moi bien peu d’émotions.

Mais cela donne lieu à de jolies chansons tristes (on s’offre même le luxe d’une scène de concert d’Alex Beaupain au moment fatidique). Et au fond plus le film avançait, plus je comprenais que toute l’intrigue n’était presque qu’un prétexte à cette bande-son, et à ces images d’un Paris endeuillé. C’est plus un film d’atmosphères que de narration qui se déroule au fil des morceaux, et pour cause, puisque pour son premier film musical, le réalisateur devenu depuis coutumier du procédé avait choisi d’abord les musiques avant de bâtir son scénario sur des textes retravaillés pour l’occasion. C’est vraiment la bande-originale qui tire le film, qui lui donne ses élans et ses variations, d’où une histoire à retournements de situations improbables et humeurs diverses. Pour un peu j’aurais eu l’impression de visionner à la suite tous les clips d’un album d’Alex Beaupain. Et si l’ensemble, malgré le chapitrage, présente un aspect décousu, il n’en est pas moins assez plaisant, parce que les textes sont bien écrits et les musiques tendres. Sans atteindre le niveau d’émotion des Bien-Aimés, Les Chansons d’amour comporte de jolis moments et préfigure les fulgurances du duo Honoré-Beaupain.

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