« Trois jours et une vie » de culpabilité

affiche-fllm-trois-jours-et-une-vieAntoine occupe ses vacances avec ses voisins Émilie et Rémi et leur chien Ulysse. Lorsque le chien est renversé par une voiture, le père d’Émilie et Rémi l’abat. Très choqué, Antoine va passer ses nerfs dans la forêt, mais Rémi le suit…

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce film, d’abord parce que je n’avais pas lu le roman, et que je ne connais aucune des œuvres de Pierre Lemaître. C’est plutôt le résumé et la bande-annonce qui m’ont rendu curieuse. Après tout j’aime assez les histoires policières et les thrillers, même si j’ai été habituée à les voir surtout en séries.

J’ai été très vite happée par l’ambiance très particulière instaurée par Nicolas Boukhrief, auquel on doit l’intéressant Made in France. Dans ces Ardennes belges semble planer une menace, entre la forêt d’épineux, les rues grises et humides et le regard de psychopathe de l’employeur de Blanche, la mère d’Antoine.

Le scénario mêle habilement les éléments les plus quotidiens (les amourettes de préados, la tension sociale liée à la fermeture d’une usine locale…) et leurs répercussions dramatiques. On est à la lisière du fantastique avec un sens du destin si implacable qu’il en paraît presque surnaturel. Cette tendance s’incarne esthétiquement, dans une musique prenante et mystérieuse, des intérieurs sombres percés de lumières jaunes qui dessinent des visages marqués, et des effets spéciaux tendant à l’exagération (notamment pendant la tempête). Mais ce qui pourrait sembler une maladresse vient renforcer le choix du point de vue, celui d’Antoine, douze ans, dans les yeux graves duquel les spectateurs/trices voient se refléter le chagrin, la solitude, l’angoisse et la culpabilité.

Coupable, Antoine l’est presque d’emblée, lui qui repousse le chien des voisins qui passera sous les roues d’une voiture. Mais de cet événement tragique naîtra une tragédie bien plus grande qui transforme Olloy en un village de faits divers. Comme dans La Chasse, dès qu’un enfant est victime, tout le monde perd son sang-froid, du père éploré qui déclenche un scandale à l’église aux villageois prêts à se laisser embraser par la rumeur.

Aux trois jours qui brisent une enfance dans la première moitié du film succèdent quelques journées de la vie d’Antoine adulte, quinze ans plus tard, puis encore trois ans après. On y découvre à la fois les conséquences de ses actes mais aussi les compromissions des adultes. Le secret empoisonne tout et chaque choix a des répercussions inattendues, faisant de la vie d’Antoine un long tunnel dont les options d’échappée s’évanouissent les unes après les autres.

Tout le casting se fond à merveille dans ce paysage rural modeste, ce qui m’a surtout étonnée de la part de Margot Bancilhon, que je n’ai même pas reconnue tant elle était différente de Five. Pablo Pauly et son jeune double Jeremy Senez (au jeu parfois encore un peu flottant), transpercent cette histoire glauque de leurs regards hantés.

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