Festival de Deauville – samedi 14 septembre

Planning ambitieux pour ce troisième jour de festival qui m’a fait courir entre le CID et le Casino.

Les Misérables – prix d’Ornano Valenti 2019

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Stéphane Ruiz débarque de Cherbourg pour intégrer une BAC de banlieue parisienne. Lors de son premier jour avec ses collègues Chris et Gwada, un gamin du quartier volé un lionceau au cirque de passage…

J’avais hâte de découvrir le premier long de fiction du documentariste Ladj Ly (co-auteur du très réussi À voix haute), Prix du Jury à Cannes cette année. J’avais suivi des débats autour de l’image de la police renvoyée par le film et j’étais impatiente de me forger ma propre opinion.

Assez classiquement, on entre dans la brigade par le regard d’un nouveau venu, incarné par Damien Bonnard, qui retrouve la profession de flic après En Liberté mais dans un registre bien différent. Stéphane semble assez raisonnable et respectueux, désireux de bien faire. Mais il n’a pas les codes du quartier et a surtout la malchance d’être sous les ordres de Chris « Cochon rose ». Le co-scénariste Alexis Manenti s’est concocté un rôle détestable en la personne de ce flic vulgaire, idiot, petit chef imbu de son pouvoir capable de lâcher sans plaisanterie « la loi c’est moi ». Le trio est complété par Gwada (Djibril Zonga), qui en dépit de son physique imposant perd les pédales face à des enfants et se montre incapable d’assumer ses actes.

Le film de Ladj Ly met clairement à mal l’image de l’institution avec ces personnages dont on se demande qui a pu être assez irresponsable pour leur confier des armes (et encore plus la tête d’un groupe pour Chris !). Leurs défauts me paraissent un peu chargés, disons que pour compenser on pourra regarder aussi Roubaix, une lumière qui a au contraire tendance à l’angélisme. La vérité à grande échelle est probablement entre les deux.

Mais dans Les Misérables, c’est bien de violence policière qu’il s’agit, mais aussi de la gestion d’un quartier défavorisé par tout un ensemble de figures d’autorité discutables : religieux faisant office de sages, voyous au bras long, policiers régnant par la peur et la figure délirante du « maire ». Les plans au drone sont impressionnants, les courses-poursuites rythmées, la scène de fin choquante et spectaculaire. Exécuté avec brio et incarné avec force (mais pas tellement de nuances) par un cast quasi inconnu, le film de Ladj Ly frappe fort et révèle la situation explosive inextricable de ces quartiers dont on aurait du mal à réaliser qu’ils sont en France sans la brillante scène d’ouverture en pleine liesse de Coupe du Monde. Un film sensation qui donne à réfléchir et à débattre. Ça tombe bien pour le réalisateur d’À voix haute.

The Hummingbird project – première

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Vincent et Anton, deux cousins qui travaillent ensemble, s’associent pour créer une ligne de fibre optique souterraine entre le Kansas au New Jersey afin de recevoir les infos de la bourse avec une milliseconde d’avance, ce qui assurerait leur richesse…

Je n’avais pas compris grand-chose au pitch du film avant de le voir et à vrai dire c’est surtout la présence de Jesse Eisenberg au casting qui me faisait augurer d’un projet intéressant. Pourtant les personnages de traders ne me sont pas forcément sympathiques, mais ici on est assez loin de l’ambiance de L’Outsider et plus proche de The Social Network : on suit un jeune homme qui semble obsédé par son projet et prêt à tout pour le mener à bien. Ce début de film m’a plutôt laissée de marbre, jusqu’à ce qu’on apprenne que Vinnie est malade. Le personnage s’en trouve d’un coup humanisé et l’on prend alors fait et cause pour lui et pour sa quête.

Le film a quelque chose de très réaliste dans son déroulement, sa façon d’accumuler les embûches comme dans n’importe quel chantier, mais aussi la création de ses personnages, vrais anti-héros touchants. On dirait une histoire vraie, et pourtant c’est bien l’un des films présentés à Deauville cette année qui ne soit pas précédé de la mention « inspiré de faits réels ».

Je me suis prise à cette histoire improbable de fibre optique qui doit beaucoup à ses interprètes principaux : Jesse Eisenberg, surtout dans l’aspect fragile du personnage, Alexander Skarsgård, si métamorphosé par rapport à Big Little Lies que je ne l’ai pas du tout reconnu, et Michael Mando. J’ai moins apprécié la prestation de Salma Hayek en « méchante » que j’ai trouvée trop caricaturale, presque Cruella Devil. Sur un sujet improbable, Kim Nguyen compose une réflexion sur l’échec et le temps. À voir même si le thème ne vous emballe pas sur le papier.

Port Authority – compétition

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Paul arrive à New York mais se retrouve à la rue. Hébergé dans un foyer grâce à Lee, il suit un jeune homme sans abri comme lui et découvre une soirée dansante à Harlem où l’on pratique le voguing. Il est fasciné par ce milieu queer et la belle Wye…

Depuis que j’avais vu la bande-annonce la semaine dernière, ce film était en pole position de mes attentes à Deauville. Danse, représentation LGBT, cinéma indé, le film de Danielle Lessovitz avait a priori tout pour me plaire. Et en effet j’ai très vite adhéré à l’histoire de Paul (Fionn Whitehead, qui construit une filmographie intéressante) et Wye (Leyna Bloom, connue comme activiste mais dont c’est le premier rôle).

On est dans un schéma assez classique d’histoire d’amour contrariée puisque Paul est blanc, Wye noire, et que chacun pense que son milieu aura du mal à accepter l’autre : d’un côté les collègues de Paul qui manquent de finesse et d’ouverture d’esprit, de l’autre la famille de Wye qui veut la protéger de ce petit blanc sorti de nulle part. Autre problème potentiel : alors qu’ils prônent la sincérité, Wye et Paul ont tendance à mentir, au moins par omission. La jeune fille ne lui parle pas de sa transidentité, et le jeune homme prétend vivre chez sa sœur.

Je pensais que la question trans serait au cœur du film mais elle est finalement assez vite éludée. Je trouve assez peu crédible le revirement de Paul qui se révèle soudain ouvert d’esprit, mais admettons. Le sujet du film devient alors davantage la question du mensonge dans une relation amoureuse : peut-on cacher ce dont on a honte comme le fait Paul ? Risque-t-on de tout perdre à dévoiler la vérité ?

Si l’esthétique du film est intéressante, et la réalisation inspirée surtout lors des scènes dansées, j’aurais aimé que l’intrigue soit davantage centrée sur la culture queer du voguing. Car en se focalisant sur les mensonges du jeune couple dans sa dernière partie, le film a tendance à perdre peu à peu de son intensité de départ. Une demi-réussite donc.

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