Festival de Deauville – vendredi 13 septembre

Deuxième jour de festival avec encore un programme bien rempli ! 

Skin – compétition

COMP_Photo Film SKIN - OK PALINDROME

Bryon « Babs » appartient à un groupe de suprémacistes ultra violents. Il rencontre la mère de 3 jeunes chanteuses et entame une liaison avec elle, mais elle lui demande de s’éloigner de sa famille d’adoption…

Ce film faisait partie de mes grandes attentes de la compétition de par son sujet fort mais aussi le choix dans le rôle principal de Jamie Bell, qui poursuit une belle évolution dans le cinéma indépendant depuis Billy Elliott.

Je craignais un peu la violence et la dureté du film et d’entrée de jeu on est dans le registre du film choc. Guy Nattiv plonge au cœur du sujet avec une caméra très proche des visages amochés, des poings qui frappent, des lames qui déchirent… mais aussi du laser qui efface les tatouages sur le visage et les doigts de Bryon. Car c’est de cela qu’il s’agit : faire peau neuve pour se laver de ses péchés et espérer la rédemption. Sous une lumière verdâtre crépusculaire, le film nous tient dans une tension quasi permanente dans la crainte des représailles et des éruptions de violences qui parsèment le scenario. Jamie Bell est extraordinaire dans ce rôle dur, il arrive à nous attacher au destin de Bryon même si sur le papier celui-ci a tout de l’ordure. On pourrait toutefois reprocher à l’écriture du personnage un revirement un peu rapide dès sa rencontre avec Julie et ses filles.

En dépit de quelques éléments attendus et déjà vus, le long-métrage nous prend à la gorge avec cette histoire inspirée de faits réels et nous amène à réfléchir sur le paradoxe de ce raciste qui doit enlever le noir sur sa peau pour se donner la chance d’un nouveau départ avec l’esprit ouvert.

Bull – compétition

bull_promo__1.140.1

Kris traîne son ennui entre sa petite sœur et sa grand-mère, attendant que sa mère sorte de prison pour entamer une nouvelle vie. Pour la punir de s’être introduit chez lui par effraction, son voisin Abe lui demande de l’aider. Elle découvre qu’il travaille dans l’univers du rodéo…

Un an après The Rider, le rodéo fait son retour en compétition à Deauville avec le film d’Annie Silverstein. Ici, on suit la jeune Kris incarnée par la révélation Amber Havard. C’est sans doute la principale originalité de ce long-métrage que d’avoir choisi une héroïne dans cet univers habituellement presque exclusivement masculin. J’attendais beaucoup de cette idée mais je dois reconnaître que j’ai été un peu déçue. On voit finalement très peu la jeune fille s’entraîner et monter, elle passe beaucoup plus de temps à observer son voisin et les jeunes garçons qu’il conseille sur leur pratique. Finalement en dépit de son caractère bagarreur annoncé dans la première scène de parloir, Kris est un personnage plutôt en retrait, qui ne s’exprime pas beaucoup.

Le résultat, c’est un long-métrage assez silencieux, classique en termes de réalisation, et qui ne soutient pas la comparaison avec la puissance du film de Chloé Zhao. Reste le récit assez doux d’une rencontre improbable entre l’homme fatigué et la jeune fille perdue qu’il tente de remettre dans le droit chemin. C’est malheureusement un peu léger face à certains poids lourds de la compétition 2019.

Seberg – première

Photo SEBERG - OK

Jean Seberg rencontre dans un avion Hakim Jamal, activiste qui œuvre à l’unification des mouvements antiracistes dont Black Panther. Elle lui propose son soutien financier et entame une liaison avec lui…

Moi qui ne connaissais rien de Jean Seberg, juste son nom et sa coupe de cheveux, j’allais voir le film de Benedict Andrews (Una) sans aucun type d’attente. Je dois dire que j’ai eu l’impression d’apprendre beaucoup en peu de temps sur cette figure engagée et que cela m’a donné envie de la découvrir davantage. Il faut dire que Kristen Stewart est encore une fois magnétique et investie dans ce rôle passionnant : celui d’une femme, mère, actrice, activiste, à la fois dynamique et fonceuse mais aussi angoissée et sombre.

Je ne m’y attendais pas, mais, plus qu’un biopic, on assiste ici à un vrai film d’espionnage. Car l’autre personnage principal du film, ce n’est pas Romain Gary (Yvan Attal, très secondaire), mais bien Jack Solomon, l’agent du FBI chargé d’enquêter sur Hakim Jamal puis, après leur rapprochement, sur l’actrice. Jack O’Connell incarne cet homme tiraillé entre son devoir et les limites morales qu’il doit franchir à mesure que le renseignement se transforme en surveillance obsessionnelle et la quête d’indices en persécution. C’est à vrai dire un film riche de thématiques diverses dont j’ai surtout retenu les conséquences d’un harcèlement policier et médiatique qui peuvent pousser leur victime aux pires extrémités. Cette peur latente qui imprègne tout jusqu’à la paranoïa est symbolisée dans le film par toutes les scènes montrant Jean face aux miroirs. Quelle ombre cherche-t-elle à déceler derrière son reflet ? Ces scènes sont fascinantes, et s’intègrent dans une esthétique léchée qui culmine dans des plans somptueux (Jean se penchant à la fenêtre ou entrant dans la piscine en nuisette).

Sur le fond, en filigrane, se lit une autre question, très actuelle : qui peut mener un combat ? La femme d’Hakim reproche à Jean de se mêler d’une lutte qui n’est pas la sienne, ce qui interroge le statut d’allié et les possibilités de soutenir une cause quand on n’est pas soi-même victime de l’oppression qu’on dénonce. Sur ce point les scénaristes ont eu le bon goût d’apporter plus d’éléments de questionnements que de réponses.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :