Festival de Deauville – jeudi 12 septembre

Surprise ! Pour la première fois, Lilylit se délocalise quelques jours pour couvrir la fin du Festival du cinéma américain de Deauville. Retrouvez chaque jour sur le blog mes chroniques des films vus au festival.

Judy and Punch – en compétition

COMP_Photo Film JUDY AND PUNCH - OK PALINDROME

Punch et sa femme Judy jouent un spectacle de marionnettes dans un bourg de campagne en espérant le succès et les lumières de la ville. Mais l’alcoolisme de Punch attire à leur enfant un accident funeste…

S’appuyant sur le spectacle de marionnettes traditionnel « Punch and Judy », un genre d’équivalent du Guignol français, la réalisatrice Mirrah Foulkes propose une variation dont l’inversion du titre ne doit rien au hasard. Après une ouverture qui présente le spectacle et ses coulisses dans une ambiance à mi-chemin entre Shakespeare in Love et Les Ogres, l’aspect virevoltant et coloré du spectacle cède à la noirceur que recouvre le couple d’artistes incarné par Damon Herriman (que j’avais découvert dans Flesh and Bone) et Mia Wasikowska. La « douce et talentueuse » Judy est bien le personnage principal du film, qui suit son évolution, du statut de victime à celui de femme forte réclamant une revanche violente façon Kill Bill sur l’homme responsable de son malheur.

En dépit de quelques longueurs et d’effets spéciaux surréalistes, probablement destinés à calquer la réalité sur les mouvements des marionnettes du show,  mais qui rappellent un univers à la Sacré Graal, le film est prenant, même si on peut se douter de sa chute. Il a le mérite d’offrir un rôle fort à une actrice jusqu’ici plutôt habituée à des personnages fragiles et graciles. Impressionnante tant en marionnettiste qu’en guerrière revenue d’entre les morts, l’actrice australienne porte un propos résolument féministe.

Car à travers Punch et les habitants superstitieux de Front-de-mer, c’est le patriarcat qu’il s’agit de mettre à terre et de corriger. Celui qui valorise les braillards et les m’as-tu-vu qui s’approprient le talent des femmes pour leur propre compte, celui qui privilégie l’apparence de la force et la violence de la bêtise face à la justice et à l’intelligence, celui qui méprise la faiblesse et rend honteuse toute expression de sentiments. Ce patriarcat incarné par le lamentable Punch et les habitants du village exclut ce qu’il juge comme une menace : la maladresse et la prudence de l’agent de police, les talents ou spécificités des femmes jugées comme sorcières, la sénilité du vieux Scaramouche.

Face à ce vieux monde se développe une société parallèle, celle des « sorcières », bâtie sur la sonorité et l’encouragement des talents individuels au service de la collectivité. On pense au propos de Mona Chollet sur la figure de la sorcière. Malgré quelques faiblesses, le propos du film à de quoi réjouir.

Interview – hommage Sienna Miller

Interview

Un journaliste politique, Pierre Peters, est mandaté par son rédacteur en chef pour interviewer une actrice de seconde zone. Il n’a rien préparé, elle arrive en retard, tout commence mal…

Je connaissais assez mal Sienna Milller à vrai dire, même si je l’avais plutôt bien aimée dans Casanova et American Sniper. Le festival lui rend hommage cette année, et c’était pour moi l’occasion de mieux la découvrir avec Interview. Remake d’un film de Théo van Gogh, qu’il souhaitait lui-même adapter aux USA avant son assassinat, le film est un quasi huis clos. Après une présentation rapide de la situation et une mise en présence des deux personnages dans un restaurant où tout commence mal entre eux, un rebondissement un peu capillotracté leur permet de se retrouver en tête à tête dans le loft de l’actrice.

Lumières tamisées, petit nombre de caméras, chacune braquée sur un des personnages (plus une pour des plans plus larges), l’ambiance est intime et propice aux confidences que Pierre voudrait extorquer à Katya. Mais rapidement, les personnages s’engagent dans un duel qui pourrait aboutir plutôt à des confessions. Il y a un côté plaisant dans ce jeu du chat et de la souris où cet homme et cette femme qui n’éprouvent aucune sympathie l’un(e) pour l’autre vont tout faire pour prendre l’ascendant quitte à mentir, manipuler, tromper l’autre. Chacun joue avec ses propres armes : l’habitude de faire parler ses interlocuteurs et la roublardise pour lui, la séduction et le jeu pour elle. Mais certains passages sont un peu clichés et hystériques et l’ensemble est par moments un peu long. On a tout de même envie de savoir qui va prendre le dessus, même si aucun des deux n’emporte la sympathie des spectateurs/trices. Reste le côté ludique de la confrontation.

JT Leroy – première

Photo JT LEROY - OK

Savannah emménage à San Francisco où vivent son frère et sa compagne Laura. Celle-ci a écrit un roman sous le pseudonyme de JT Leroy et demande à Savannah d’incarner ce jeune homme androgyne…

Je ne connaissais pas du tout l’histoire de JT Leroy mais elle s’inscrit dans une longue lignée de pseudonymes mystérieux et de mystifications littéraires. Ici, on suit le personnage de Savannah, qui a prêté son physique à l’avatar JT, dont Laura, sa belle-sœur, était la plume et la voix. C’est Savannah Knoop qui produit le film, d’où l’adoption de son point de vue, et d’où une apparente fidélité à la réalité même si la temporalité a été condensée (en réalité Savannah a incarné JT pendant 6 ans !).

En Savannah, Kristen Stewart irradie littéralement d’une grâce androgyne fragile, et est totalement crédible dans ce rôle qui se joue de la notion de genre : de la jeune fille aux cheveux courts qui porte des binders à un jeune homme associant perruque et maquillage. On suit son évolution intime grâce à des plans au plus près du visage, des regards, tout en finesse (les scènes de rapprochement avec les personnages de Diane Kruger et Kelvin Harrison Jr sont particulièrement jolies). Face à Savannah, Laura Dern est excellente en Laura/Speedie. Le rapport entre les deux femmes est fascinant et pose plein de questions sur la création artistique, l’identité, la manipulation.

Le réalisateur Justin Kelly montre les faits en nous laissant juges de la situation mais sans jamais nous influencer. Et cette réflexion qui nous est proposée est vraiment passionnante. Moi qui ne suis pas très friande d’histoires vraies ou de biopics, je me suis laissée totalement emporter par cette histoire, me mettant à la place de chaque personnage et comprenant ses motivations et ses enjeux. Un récit captivant puissamment interprété.

 

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