« Une partie de badminton » : un problème n’arrive jamais seul

couverture-livre-une-partie-de-badmintonAprès plusieurs succès littéraires, Paul Lerner connaît des échecs commerciaux qui l’obligent à retourner vivre près de St Malo avec femme et enfants. Sa fille lui en veut, son job lui attire l’inimitié du maire, et sa femme a une nouvelle amie… 

Même si Je vais bien, ne t’en fais pas reste un film marquant pour moi, je ne suis pas pour autant une grande fan de la plume d’Olivier Adam. J’avais lu À l’ouest et Peine Perdue, je n’avais pas détesté, mais pas spécialement accroché non plus, trouvant que son goût du social s’adaptait mieux au cinéma.

Mais le résumé de son nouvel opus m’a fait de l’œil. Parce qu’il y était question d’un personnage d’écrivain présenté comme son double (procédé déjà utilisé dans trois de ses précédents livres, toujours avec un « Paul »). Parce que pour une fois quitter Paris n’était pas présenté comme un but ultime, une consécration dont tous les Parisiens rêveraient secrètement et qui les libérerait des travers de la capitale (on l’a vu encore l’an dernier dans Comme un enfant qui joue tout seul et Chien-Loup par exemple). Ici, le retour au bercail est un retour subi, parce que la famille n’a plus les moyens de vivre à Paris et que Paul trouve un job de journaliste à Saint-Lunaire. Voilà une perspective qui me parlait davantage.

J’ai été surprise de me laisser à ce point happer rapidement par le récit. Tout de suite j’ai trouvé Paul agaçant mais touchant, dans ses angoisses, son caractère rêveur, déconnecté des réalités, mais aussi son amour pour ses proches, et ses failles qu’il admet volontiers. Voilà un personnage d’homme nuancé, imparfait, et c’est d’autant plus intéressant quand il s’agit du double d’un auteur célèbre. Il faut une bonne dose de recul et d’autodérision pour s’imaginer ainsi et pour faire vivre à son personnage un tel enchaînement de calamités. On se croirait dans Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire tant tout va de mal en pis, mais pourtant le récit conserve pendant plus des trois quarts un côté paisible, une sorte de détachement, comme s’il valait mieux en prendre son parti.

Mais mine de rien, l’intime, comme les problèmes de couple ou de fratrie et les difficultés de la paternité, se teinte peu à peu de la veine sociale chère à l’auteur, qui sur le dernier quart de son livre entre dans le vif du drame : on retrouve en vrac le racisme à l’égard des migrants, la montée de l’extrême-droite, la violence conjugale, le tout se cristallisant autour de la famille Lerner. D’un coup, on n’a plus trop envie de rire ni de prendre le karma de Paul à la légère.

J’ai adhéré à cette bascule vers le roman choc, mais hélas moins à la résolution très à l’américaine des dernières pages, qui m’a semblé un peu trop « faire la boucle », ce qui me déplaît toujours dans la fiction. Qu’à cela ne tienne, à quelques pages près, ce roman m’a fait apprécier plus que jamais l’écriture de son auteur.

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