« Roubaix, une lumière » : douceurs policières

affiche-film-roubaix-une-lumiereLouis Cotterelle est nommé lieutenant à Roubaix. Il travaille sous les ordres du commissaire Yacoub Daoud, qui connaît bien la ville. Louis enquête sur une maison brûlée…

J’éprouve toujours un certain attrait pour le cinéma d’Arnaud Desplechin, quand bien même ses films ne m’ont pas forcément marquée jusqu’ici. En tout cas je ne me serais pas attendue à le retrouver dans le registre du polar, et c’est ce qui a attisé ma curiosité. Je trouvais aussi intéressant le choix de Roschdy Zem et Antoine Reinartz dans la peau des policiers.

Le cinéaste se fond bien dans les codes du genre, version ultra réaliste (il s’est d’ailleurs inspiré d’un film documentaire retraçant le fait divers réel qui occupe la majeure partie du film, le meurtre de la retraitée). Le film rentre dans la catégorie du cinéma social avec le quotidien des policiers et la réalité crue et sale de la misère qui règne à Roubaix. Rien que les chiffres égrenés par la voix off (celle de Louis) font froid dans le dos. Clairement, on est dans un milieu extrêmement défavorisé où finir par se faire arrêter semble un incontournable lié au déterminisme social. En dépit de son onirisme habituel, le réalisateur n’occulte pas le sordide, et propose un vrai polar noir. Pour un film portant « lumière » dans son titre, la photo est plutôt très sombre, de même que le fond des affaires traitées par les policiers, en particulier celle impliquant les deux jeunes toxicos. J’ai trouvé Sara Forestier très juste comme toujours en fille perdue, j’admire sa capacité à transformer jusqu’à son faciès pour correspondre à l’idée qu’on se fait d’une alcoolique et droguée. Quant à Léa Seydoux, que je ne peux pas supporter habituellement, elle fait ici quasi perpétuellement la gueule, ce qui convient assez bien à sa moue butée, et elle m’a donc parue crédible.

Ce que j’ai trouvé particulièrement remarquable dans le film, c’est l’écriture des personnages de policiers (je signale d’ailleurs que comme Les Fantômes d’Ismaël le film est coécrit avec Léa Mysius, l’autrice d’Ava). On a l’habitude dans les fictions françaises (films ou séries) des flics à problèmes, qui rudoient les prévenu(e)s, perdent leurs nerfs, flirtent avec les limites de la légalité voire sont carrément ripoux. Ici rien de tout cela. Daoud et Cotterelle sont des exemples de personnages en finesse, qui ne se réduisent pas à leur fonction quand bien même on ne dispose que peu d’infos sur leur vie privée. Les deux personnages ont un point commun, souligné par le jeu de leurs interprètes : beaucoup de nuance et, pour des policiers, une grande douceur. Cela m’a frappé dès la première apparition de la voix off. Antoine Reinartz parle posément, n’élevant que très rarement le ton face aux suspect(e)s, et même quand il émet des doutes sur sa capacité à résoudre une affaire, il le fait d’une voix douce, presque souriante. Son personnage a aussi comme caractéristique d’être apparemment croyant (il semble correspondre avec un prêtre) ce qui est original pour un personnage de lieutenant de police. Après avoir incarné un prof au bord de la rupture dans La Vie scolaire, l’acteur élargit encore sa palette de jeu avec ce rôle. Quant à Roschdy Zem, il est vraiment parfait en commissaire ferme mais juste, profondément attaché à cette région qui l’a vu grandir, y compris dans ce qu’elle a de plus triste et désolant. Son humanité et sa passion pour les chevaux en font un personnage touchant.

S’il étonne dans ce registre, Arnaud Desplechin trouve une fois encore moyen de manifester son lien à Roubaix à travers des personnages qui aiment la ville même dans ses travers et ne condamnent pas ses habitants les plus misérables mais tentent de les comprendre. Explorer le genre du polar a quelque chose de courageux de la part du cinéaste, et le faire sans tomber dans la stigmatisation des policiers (qui semble de bon ton ces temps derniers) l’est sans doute encore plus.

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