« Perdrix », liberté chérie

affiche-film-perdrixJuliette se fait voler sa voiture au beau milieu des Vosges par une jeune femme nue. Elle va porter plainte à la gendarmerie et rencontre le capitaine Pierre Perdrix… 

J’étais très intriguée par ce film depuis les premiers échos cannois. Je lisais « comédie romantique », « comédie policière », « décalé », « poétique », et je ne savais pas trop quelle image me faire de cet OFNI (objet filmique non identifié), que j’envisageais quelque part entre un Jeunet et un Gondry.

Je n’avais pas complètement tort, mais finalement le film me fait aussi penser à ceux de Pascal Thomas, pour le côté policier décalé, mais aussi pour cette romance improbable à rebondissements, qui me rappelle Ensemble nous allons vivre une très très grande histoire d’amour (c’est un immense compliment).

Sauf qu’esthétiquement, le premier long d’Erwan Le Duc est moins coloré (bon, la voiture orange, tout de même), et plus forestier. À la ville grise et beige s’oppose la campagne, les bois, tout le décor naturel des Vosges qui donnent au film une part de mystère et de lyrisme qui s’accorde bien aux personnages principaux. Sous des dehors sérieux et secrets, Pierre Perdrix (Swann Arlaud, que je n’aurais pas attendu dans le registre de la comédie romantique après Petit Paysan et Grâce à Dieu) est le feu sous la glace. 37 ans à mettre ses sentiments de côté par sens du devoir, ça fait un certain bouillonnement prêt à produire des geysers d’amour. Alors quand il rencontre Juliette Webb (Maud Wyler, à mille lieues de la douceur délicate de son personnage dans L’Ordre des médecins), une boule d’énergie aussi sans gêne que sans attaches, forcément, ça fait des étincelles.

Mais au-delà de la rencontre de deux solitudes réticentes à s’engager, le film aborde d’autres formes d’amour à travers ses personnages secondaires : l’amour familial qui constitue aussi bien un socle qu’une prison, l’amour paternel étouffant que voue Julien (Nicolas Maury, lui aussi étonnant dans ce rôle de biologiste qui semble un vrai contre-emploi) à Marion, sa fille passionnée de ping-pong (j’ai l’impression de voir le ping-pong partout au cinéma ces temps-ci, vous me direz si c’est un effet secondaire de Mon Inconnue), l’amour intemporel qui lie madame Perdrix mère (Fanny Ardant, finalement celle qui m’a le moins étonnée dans ce registre) à son défunt mari. Et toutes les théories sentimentales qui traversent le film d’émission d’antenne libre en conversation de comptoir. Cet amour polymorphe comporte une grande question : comment le faire coïncider avec une forme de liberté ? Perdre sa liberté, c’est la grande angoisse de Juliette, symbolisée par le vol de sa voiture, son moyen de déplacement ainsi que le réceptacle de ses souvenirs d’errance.

À vouloir traiter tant de sujets et à s’embarquer dans des délires inopinés (la reconstitution de batailles, l’étude des vers de terre…), le scénario d’Erwan Le Duc a tendance à battre la campagne, et risque de perdre quelques spectateurs/trices en route. Si certaines de ses folies m’ont laissée perplexe, j’y ai globalement trouvé mon compte, portée par les prestations piquantes de ses interprètes. En tout cas, je constate que le cinéma français regorge d’imagination pour réinventer le genre de la comédie romantique, et ça, je dis oui !

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