« Jour de courage » : sous le feu de la haine et de l’indifférence

couverture-livre-jour-de-courageLivio s’est porté volontaire pour un exposé sur les autodafés. Devant sa classe de terminale, il aborde le parcours de Magnus Hirschfeld, le scientifique allemand fondateur du premier Institut de recherche sur la sexualité, ouvertement homosexuel…

C’est avec ce roman de Brigitte Giraud que j’ai abordé la rentrée littéraire cru 2019. J’avais beaucoup aimé son précédent, Un loup pour l’homme, qui s’était hissé sur mon podium annuel il y a deux ans, en dépit de son sujet, la guerre d’Algérie, qui ne me tentait pas trop a priori.

Cette fois-ci, c’est tout l’inverse : le sujet de Jour de courage m’intéressait tout particulièrement puis qu’on suit le jeune Livio au moment d’un exposé en classe qui s’avère pour lui bien plus qu’un travail scolaire, l’occasion de révéler subtilement son homosexualité à ses camarades de classe.  Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que les thématiques LGBT au cinéma et en littérature retiennent spécifiquement mon attention. Et j’avais hâte de voir comment la plume fine mais sans concessions de Brigitte Giraud allait s’emparer de ce sujet.

Le roman est construit comme un huis clos intense et bref (à peine plus de 150 pages). En une séance de cours, en une prise de parole, Livio va tout bouleverser, pour lui, mais aussi pour son entourage et tout spécialement son amie Camille, amoureuse de lui depuis des années, qui refuse de voir l’évidence.

Le courage de Livio est extrêmement touchant, à la fois dans ses maladresses, ses moments de bravoures, ses hésitations. Même si le portrait de l’adolescent n’est pas très détaillé (on ne le voit après tout que durant un cours et quelques flashbacks), l’autrice réussit à le rendre vivant et émouvant, dans sa gestuelle, décrite avec une précision cinématographique, et dans sa volonté d’affronter l’adversité et l’indifférence. Peu à peu, les réactions de la classe face à l’histoire de Magnus Hirschfeld, que Livio déroule à grand renfort de digressions, au demeurant instructives et passionnantes, dessinent le portrait d’une adolescence malheureusement pas encore suffisamment ouverte d’esprit et éclairée, pour laquelle la sexualité et le genre restent des tabous suscitant la gêne, et qui diffuse encore parfois des idéologiques rétrogrades et nauséabondes.

Sous le feu des regards qui jugent ou se dérobent, Livio est plus seul que jamais. Cette solitude des adolescent(e)s LGBT, qui hélas pousse encore aujourd’hui nombre d’entre eux à des extrémités terribles, Brigitte Giraud la dépeint sans emphase mais sans détour. Pour ses camarades, Livio devient un mystère, celui qui est différent et que l’on ne peut comprendre et considérer comme identique à soi. Pour les lecteurs/trices, il est comme une apparition énigmatique, qui incarne un sujet éminemment actuel le temps d’un combat contre la peur du regard des autres. Et après ? Il faudra lire le roman pour connaître les conséquences de ce Jour de courage, sur le fil du rasoir entre espoir d’une vie meilleure et tragédie. Ce petit livre est sans nul doute un des grands romans de cette rentrée.

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