« La femme de mon frère » : couper le cordon

affiche-film-la-femme-de-mon-frèreSophia est titulaire d’un doctorat mais sans emploi. Son frère Karim l’héberge en attendant qu’elle trouve une situation. Lorsqu’il l’accompagne pour un avortement, il commence à draguer la gynécologue…

Coup de cœur du jury « Un certain regard » à Cannes cette année, la première réalisation de Monia Chokri me faisait de l’œil pour la promesse du traitement pop d’une relation frère-sœur intense. Moi qui suis fille unique, c’est quelque chose que je ne pourrai jamais vraiment comprendre, pourtant j’aime assez les histoires de fratries au cinéma (Tellement proches, Ce qui nous lie).

Mais c’est vraiment la bande-annonce qui m’a donné envie de découvrir ce film rapidement, car elle promettait un long-métrage très drôle. Pour son passage derrière la caméra, Monia Chokri s’entoure de comédien(ne)s passés pour la plupart par les films de Xavier Dolan, tout comme elle (même si pour ma part je l’ai découverte dans Compte tes blessures). En tête, la géniale Anne-Élisabeth Bossé, que la France va probablement découvrir avec ce rôle. Elle incarne une femme que ses capacités de réflexion handicapent, comme elle l’explique dès le début du film (« moins on réfléchit, plus on est beau, moins on a de chances de finir misérable »). Égocentrique, déprimée, sujette à des crises d’angoisse nocturnes, elle cherche sa place et se raccroche à sa famille : son frère Karim (Patrick Hivon), personnalité confiante et ironique, sa mère et son père qui vivent sous le même toit ou presque en dépit de leur divorce. Impossible de ne pas s’attacher à cette famille où l’on parle crûment à table, où l’on se met à danser à peine le repas terminé et où les taquineries sont d’évidentes manifestations d’amour. Il est facile également de s’identifier aux affres de Sophia, assez communes à sa génération.

J’ai beaucoup aimé toute la première partie du film, la relation frère-sœur, leurs remarques acides sur leurs contemporains, l’esthétique pop qui s’exprime particulièrement bien dans les scènes de soirées. C’est drôle, très bien écrit, rythmé, bien vu et stylé. Malheureusement à partir de l’arrivée d’Éloïse dans le tableau, et surtout de son ami Jasmin, j’ai trouvé que le film avait tendance à patiner un peu, s’égarant dans des arcs narratifs superflus (la soirée que passe Sophia chez une amie entourée de jeunes femmes fofolles et superficielles), et aboutissant à une résolution décevante parce qu’attendue. Pourtant, presque jusqu’au bout, ce premier film reste entrecoupé de fulgurances lucides et drôlatiques sur la condition des trentenaires dans le monde capitaliste décrié par le père de Karim et Sophia.

Après Celle que vous croyez, Unicorn Store ou Sibyl, ce que je retiens de ce film, c’est que 2019 nous aura offert au cinéma des portraits passionnants de femmes complexes, riches de failles et de tempérament, dans lesquelles on peut enfin reconnaître nos doutes et nos travers.

2 commentaires sur “« La femme de mon frère » : couper le cordon

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