« Parasite » : « et c’est qui le lion maintenant ? »

affiche-film-parasiteLa famille de Ki-Woo n’a pas de travail et vit dans un entresol. Un ami lui propose, grâce à un faux diplôme, de se faire embaucher comme prof d’anglais par une famille riche…

Vous me pardonnerez (ou pas) mon manque de révérence envers la Palme d’Or 2019 qui s’exprime par la blague du titre (dont je suis au demeurant très fière) mais je trouve que finalement le propos du film est assez bien résumé par le dialogue culte de Mission Cléopâtre : « Le lion ne s’associe pas avec le cafard. Et c’est qui le lion maintenant ? ».

Avant d’expliquer, je tiens à dire que je ne connaissais pas du tout le cinéma de Bong Joon-Ho jusqu’à ce film, la grosse bête fantastique d’Okja ne m’ayant pas vraiment tentée. J’ai pris ma place pour Parasite avec l’intuition, appuyée par les bookmakers, qu’il récolterait la Palme. Pure curiosité donc. Et il faut dire que la bande-annonce, sur une musique rythmée, est la meilleure que j’ai vue depuis le début 2019 (un grand bravo au/à la monteur/euse pour ce super travail !).

Alors, que vaut Parasite ? Sur le fond, nous sommes dans une critique sociale déguisée en comédie noire : une famille pauvre, une famille riche, une arnaque, et un secret qui va tout faire basculer. Mais avant ça, de quoi rire de la naïveté des riches (surtout la mère, excellente) et de la roublardise des pauvres. Le tout est mené au cordeau, avec élégance et minutie, composant des plans parfaits et une mécanique bien huilée pour amuser et intriguer. C’est de plus en plus glauque et cruel, et le rire s’estompe dans la dernière partie, qui vire au drame. Le film tire son titre des cafards, les parasites qui grouillent dans l’entresol et auxquels Chung-Sook compare son mari. Le lion, c’est le riche propriétaire de la maison d’architecte, Mr. Park, à qui rien ne semble résister dans la voie du succès et du bonheur. Mais le cafard puant pourrait bien se révolter…

J’ai trouvé que cette Palme était totalement calibrée pour la récompense : on y retrouve à peu près tous les éléments des précédents lauréats. Il y a de la critique sociale qui tourne mal à la Moi, Daniel Blake, de l’ironie flirtant avec l’absurde et du rire grinçant comme dans The Square, et une famille d’arnaqueurs pauvres qui rappelle furieusement celle d’Une affaire de famille l’an dernier. Ajoutez à cela un peu de l’ambiance « mystère dans un logement de luxe » de Burning, qui avait tant séduit les critiques l’an dernier, secouez, vous obtenez Parasite.

J’ai beau reconnaître les qualités intellectuelles et formelles de l’œuvre, qui allie divertissement et message social (même si je ne trouve pas le film si grand public qu’on le dit), je reconnais que c’est un style qui me touche peu, comme souvent avec le cinéma asiatique en général. C’est bien fait, mais je ne suis pas embarquée par ces personnages au final tous assez antipathiques. Une Palme classique à mes yeux, qui ne dépare pas ni ne démérite, mais n’aurait probablement pas été mon choix.

7 commentaires sur “« Parasite » : « et c’est qui le lion maintenant ? »

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  1. Bonjour. Si je peux me permettre, c’est d’abord une palme qui consacre un très grand cinéaste au style assez inimitable. Ses meilleurs films sont les prodigieux Memories of murder et The Host qu’il faut absolument voir et qui sont supérieurs à Parasite. Bong, depuis ses débuts, utilise la satire pour aborder des considérations sociales et faire le portrait de la société coréenne, et son cinéma très original mélange l’humour noir de la comédie italienne, les métaphores de Kafka et le spectaculaire de Spielberg (notamment dans The Host). On peut difficilement parler de « calibrage » devant un talent pareil. Pour moi, il s’agit de la meilleure palme d’or depuis des lustres. Si cela vous intéresse, j’ai chroniqué également Parasite ici : https://newstrum.wordpress.com/2019/06/09/parasite-de-bong-joon-ho-discours-dans-un-souterrain/

    1. Je n’ai pas vu ses autres films et n’ai aucun problème à croire qu’ils soient très intéressants. Cependant Cannes est une compétition et bien sûr que les films qui y sont envoyés souhaitent recevoir des prix donc il y a à mon avis quand même une recherche d’adéquation entre ce qui généralement plaît aux jurys cannois et les propositions des cinéastes. À mon humble avis, ce serait de l’angélisme de croire qu’il n’y a jamais aucune stratégie. Je ne partage pas votre avis sur « la meilleure Palme », ayant pour ma part très largement préféré « Moi, Daniel Blake » par exemple, que je trouve mille fois plus humain, ce qui est davantage ce que j’attends du cinéma, mais c’est une opinion, comme toute opinion artistique, personnelle et subjective.

      1. J’aime beaucoup Moi, Daniel Blake (que j’ai chroniqué aussi d’ailleurs), même si je trouve Parasite plus original. Je pense cependant qu’il est difficile de comparer Moi, Daniel Blake avec Parasite. On parle de deux cinéastes complètement différents, qui opèrent avec des instruments différents. Chez Loach, l’humanité est mise en avant, frontalement, sans fioriture, dans des histoires simples, à un seul niveau de lecture. Chez Bong, cinéaste à la fois sociologue et kafkaïen, l’humanité se trouve derrière la satire, derrière le burlesque, derrière la métaphore. Mais elle est bien là. A ce titre, derrière la fable noire et drôlatique sur la lutte des classes qu’est Parasite, se lit une autre histoire, celle d’un fils qui veut réussir pour faire la joie de son père et lui promet qu’il y arrivera d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi l’épilogue centré sur le fils, qui jette une autre lumière sur tout ce qui précède, est très émouvant. Il fait aussi du film un cercle (même premier et dernier plan). Enfin, les thèmes du film et la manière métaphorique dont Bong les explore sont ceux du cinéaste depuis ses tous premiers films en Corée ; ils n’ont pas été faits « pour » Cannes, ils préexistaient, ainsi que sa manière particulière, bien avant que sa sélection à Cannes pour un film soit même évoquée. Ce n’est pas une question « d’angélisme ». Cela m’embêtait juste que vous paraissiez remettre en question en parlant de « calibrage » l’originalité et le style particulier de ce grand cinéaste qui vaut le coup. Je vous conseille vraiment Memories of murder et The Host.

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