Entretien avec Arnaud Dudek autour du roman Laisser des traces

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Arnaud-Dudek
Crédit photo : Anne Carrière 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait plusieurs années que je suis la carrière littéraire d’Arnaud Dudek et que j’échange avec lui par Internet. Nous avons convenu de nous rencontrer enfin pour parler de son nouveau roman, Laisser des traces.

  • La première chose que je me suis dite en entrant dans le livre c’est « le personnage s’appelle Ronet comme Maurice Ronet », et l’allusion est explicitée par la suite. Et je me suis demandée pourquoi ?

J’aime bien jouer avec les prénoms, les noms de rues, des tas de choses… Là c’est un clin d’œil à une personne que je connais en particulier qui adore les vieux films, il ne faut pas chercher plus loin que ça. C’est amusant de trouver des noms aux personnages.

Maxime Ronet s’est longtemps appelé Gabriel, puis on a eu un brainstorming profond avec mon éditeur qui m’a dit « Gabriel ça ne correspond peut-être pas à son âge, les Gabriel sont plus jeunes… ». Donc après brainstorming on a finalement décidé de l’appeler Maxime. Créer un personnage c’est aussi ça, réussir à le nommer et s’en amuser.

  • Ce qui m’a frappée juste après, en commençant à connaître un peu le personnage, c’est qu’il est beaucoup moins sympathique que vos personnages habituels. Vous l’avez voulu comme ça ?

« Je n’avais pas forcément envie de rentrer dans mes personnages habituels. »

Il y avait deux possibilités d’entrée dans cet univers politique. Il y avait l’entrée candide, qu’on peut voir un peu comme le personnage d’Alice, la secrétaire, et l’entrée « allons-y franco » avec l’homme politique. À partir du moment où je me suis focalisé sur le personnage de l’homme politique, je n’avais pas forcément envie de rentrer dans mes personnages habituels, le doux, qui s’en prend plein la figure, qui essaie de construire quelque chose dans sa petite commune rurale. Je me suis dit allons-y, à partir du moment où je décidais d’aller dans ce thème politique après avoir tourné autour dans les précédents livres, il fallait y aller franco.

Puis c’est à ce moment-là que j’ai commencé à me documenter, à lire des portraits d’hommes politiques qu’on peut qualifier d’apparatchiks, des gens qui ont été côté droite dure avant de glisser vers la majorité présidentielle… C’était plutôt des personnages comme ça que j’avais envie de raconter, et du coup c’était intéressant de renverser un peu les choses. C’est-à-dire que souvent j’ai des doux et des fragiles qui se révèlent plus solides qu’il n’y paraît, et là c’était la logique inverse quelque part, faire glisser le curseur dans l’autre sens, avoir une sorte de tête à claques beau gosse qui finalement est beaucoup plus profond et a des failles comme tout le monde.

  • Et pourquoi avoir choisi l’échelon municipal pour parler de politique ? Vous connaissiez des maires ?

« Parler de l’engagement, plus que de la politique »

Des maires, je n’en connaissais pas grand chose à la base. Je me suis toujours passionné pour la politique, moins ces dernières années faute de temps mais j’ai toujours suivi les débats à la télé, dès qu’il y a un remaniement je suis sur mon téléphone portable… Je ne sais pas d’où ça vient, mes parents ne sont pas encartés mais le politique m’a toujours intéressé.

L’idée c’était de parler de l’engagement, plus que de la politique. Et finalement, des séries, des films, qui parlent de l’échelon national, on en a des tas, mais la figure du maire était assez peu traitée… Même si j’ai vu qu’il y a un film qui va sortir avec Fabrice Luchini…

  • Alice et le maire. D’ailleurs, Alice !

Oui effectivement, il y a des hasards ! Cette figure était plutôt traitée dans des essais, dans des textes courts, il y avait un portrait de maire assez intéressant dans une revue qui s’appelle Édiles, qui est consacrée aux élus locaux. On parle des députés, on parle des ministres, on parle des leaders politiques en général mais on s’intéresse peu à cet échelon.

Et l’idée c’était peut-être d’essayer de trouver un entre-deux : la commune rurale ne m’intéressait pas spécialement parce que j’avais un peu peur de tourner en rond, mais par contre la ville moyenne, comme j’ai pu connaître quand j’ai vécu pendant quelques années à Chalon-sur-Saône, m’intéressait parce que c’est souvent un tremplin, c’est souvent une première élection qui peut mener à d’autres choses, c’est là où on est parachuté aussi parfois. C’était la bonne taille et la bonne échelle pour parler d’engagement.

Et aussi, le maire est l’homme politique préféré des Français, si on se réfère aux sondages. C’est le seul qui garde une certaine aura, qui est encore populaire dans le cœur des Français. C’est l’échelon de proximité, celui qui va changer au quotidien les choses : trouver une place en crèche, résoudre des conflits de voisinage… Ça me paraissait être une bonne façon d’aborder le sujet.

Après je me suis documenté, j’ai échangé par mail avec quelques élus, qui sont assez présents sur les réseaux sociaux, j’ai rencontré mon député pour voir quel discours on sert quand on vient d’entrer en politique. C’est assez intéressant, il m’a consacré du temps. Et voilà, j’ai réussi à dessiner une figure d’homme politique trentenaire qui me semblait intéressant à plonger dans un bain d’angoisse à un moment de sa vie et qui devait un peu s’interroger sur le pourquoi de son engagement suite à un drame.

  • Vous faites le parallèle entre le fait d’écrire et de se présenter comme candidat, je n’y avais jamais pensé…

Moi non plus ! C’est venu en écrivant, et après avoir parlé à ce député. Au final la façon dont il racontait les choses, dont il parlait de l’engagement, ça m’a fait un peu penser quelque part au parcours d’une personne qui veut essayer de se faire publier, qui se dit que son livre va peut-être faire changer les choses. Pourquoi est-ce que nos idées seraient meilleures que celles du voisin ? Pourquoi nos livres seraient meilleurs que ceux du voisin ? Pourquoi certains arrivent à se faire élire et font une carrière alors que d’autres stagnent à 2 % et en resteront là ? Pourquoi est-ce qu’on veut être délégué de classe, pourquoi est-ce qu’on veut publier dans la revue du lycée et pourquoi on veut être Président ou être traduit dans 30 langues ? En termes de réflexion sur son rapport à soi et à son ego (on pense que, avec toute la modestie que ça peut comporter par ailleurs, nos textes ou nos idées sont valables, viables et intéressants), le parallèle me semblait assez intéressant.

  • Donc écrire et publier, c’est une forme d’engagement politique quelque part ?

« Je me vois comme un écrivain concerné. »

D’engagement non, parce que je n’écris pas des livres engagés. Il y a des gens qui font ça très bien. En tout cas j’écris sur mon quotidien, j’écris sur ce qui m’entoure, et je ne peux pas ne pas être concerné par ce qui m’entoure. Je me vois plus comme un écrivain concerné que comme un écrivain engagé, parlant de ce qui me révolte au détour d’une phrase. C’est toujours intéressant quand on se sert d’un narrateur omniscient, quand on est face à la langue de bois d’un homme politique et que derrière le narrateur prend un tout petit peu de recul pour faire un commentaire sur la scène. Ou en glissant des idées, par rapport à telle situation que cet homme politique affronte, sur l’environnement, sur les logements, sur les migrants…

On ne peut pas rester insensible mais en même temps je n’ai pas de meilleures idées que les autres, sinon j’aurais écrit un essai. Ça c’est quelque chose qui me fascine : ce n’est pas parce qu’on est artiste, à petite ou à grande échelle, en ce qui me concerne c’est plutôt une petite échelle, que nos idées sont meilleures que les autres. Donc j’en ai, je parle de choses qui me touchent, mais je n’ai pas écrit ce livre le poing levé en me disant que j’allais changer le monde, et je n’ai pas pour ambition ensuite d’aller faire le vrai portrait des hommes politiques que j’ai pu croiser pour faire un essai. C’est vraiment un one shot autour de la politique, avec un angle qui me correspond finalement assez bien. On a beau essayer de se changer, on ne se change pas totalement.

  • De tous vos livres (en tout cas de ceux que j’ai lus), c’est celui qui est le plus ancré dans l’actualité, avec des références quasi directes avec les noms de partis, les « gilets fluos » qui sont complètement transparents… Forcément quand on parle de ces sujets on prend une position d’une façon ou d’une autre. Est-ce que vous n’avez pas un peu l’impression d’avoir cédé à cette tendance que l’on observe ces derniers temps, où tous les écrivains semblent avoir quelque chose à dire sur ce qui se passe en ce moment en France ?

À partir du moment où on aborde les choses politiques, on n’a pas 50 solutions : soit on fait du décalque de ce qui se passe, on photocopie le réel, soit on fait un tout petit pas de côté. Moi j’étais plutôt dans l’optique du petit pas de côté, même si effectivement on ne peut pas se déconnecter à 100 % de la réalité. Il y avait aussi le risque d’être, comme dit un grand penseur qui s’appelle Jean-Jacques Goldman, « has been avant d’avoir été », c’est-à-dire qu’à peine le livre sorti on était déjà dépassé, c’était un peu le risque avec ce sujet-là. On l’a aussi envisagé avec mon éditeur : le livre pouvait très bien être à refaire à 100 % parce que le Président démissionne ou je ne sais pas quoi. C’est déjà arrivé à d’autres, et ce n’est pas la fin du monde non plus.

À partir du moment où on fait ce léger pas de côté, on peut s’autoriser quelques amusements et quelques écarts narratifs par rapport à la réalité, mais en tout cas ce qui est certain c’est qu’aborder la communication politique de nos jours, l’évolution du rapport à la communication en politique et son impact sur l’engagement, c’est être les deux pieds dans l’actualité. En même temps la façon dont j’ai essayé de l’aborder, en parlant aussi de l’intime, du quotidien, elle ne me paraissait pas déjà faite. Je n’avais pas envie de refaire ce qu’avaient fait les autres, mais j’avais envie d’aborder ce sujet, j’avais envie d’un personnage, déjà, et puis de le mettre dans cette situation, mais ça aurait pu être autre chose. Prendre conscience de son évolution par rapport à son engagement initial, on peut le retrouver dans d’autres situations. Ça peut être aussi l’écrivain qui s’embourgeoise et qui s’éloigne de ses premiers livres ; c’est un thème qui transcende la politique quelque part.

  • Mais quand même, sur la fin, il y a une prise de position des personnages qui se disent que la voie pour ne pas se déconnecter de ses idéaux, c’est une politique de proximité. Le livre défend une position là-dessus.

« Accomplir de grandes petites choses »

Le livre, s’il doit prendre un parti, prend parti pour l’échelon local. C’est sûr que se déconnecter des Français, s’éloigner du terrain, ça ne me paraît pas être la solution. La voie participative, ça me parle un peu plus. Moi, si j’ai un tout petit avis sur la question c’est que si des gens ne se sentent plus soutenus, ne se sentent plus défendus, ne se sentent plus couverts par le champ politique quelque part c’est qu’ils ont l’impression que leur voix compte pour rien et que personne ne les entend. Et si on veut les éloigner des extrêmes, il faut qu’on trouve un moyen de les faire participer. Si je devais défendre une cause c’est cette réalité du maire proche du terrain et qui peut, comme je le fais dire à un moment par deux personnages, « accomplir de grandes petites choses ». C’est ça aussi l’objectif de la politique, ce n’est pas que faire de petites grandes choses mais aussi faire de grandes petites choses pour les gens.

  • Est-ce que vous pensez que des maires vont vous lire ?

Je n’en ai aucune idée ! Je l’ai envoyé à très peu d’élus mais je serais curieux d’avoir leur avis là-dessus. Il y a une élue municipale qui m’a fait un retour sur son blog, je sais qu’il est en lecture chez un élu que je croise sur les réseaux sociaux. Si le Congrès des maires de France m’invite, je ne dirai pas non, mais en tout cas je serais assez curieux de voir les remontées du terrain. Voir si c’est réaliste, car c’était aussi l’objectif, sans ne pas m’autoriser de fiction et tourner un peu autour de mes marottes habituelles, il fallait que le fond soit assez réaliste.

  • Pour sortir un peu de la politique, l’autre thème que je trouve central, mais pas seulement dans Laisser des traces, de manière récurrente dans vos livres c’est : les hommes, les femmes, et ce qui peut, ou pas, se passer entre les deux. Et je constate que vos personnages principaux sont très souvent des hommes. C’est plus facile ?

Oui, c’est plus facile, je pense que c’est le point de départ, il ne faut pas se voiler la face ! Ce sont des hommes qui ont souvent plutôt le côté faillible bien transparent, là c’est plus opaque. Pour celui-là, je trouvais ça intéressant de faire de sa vie personnelle une sorte de misère totale. Il est beau, il est séduisant, il a du charme, il sait convaincre des foules entières, il sait faire lever des mains contrairement à d’autres femmes et hommes politiques qu’on peut croiser dans le livre, mais à côté de ça il y a une sorte de drame dans sa vie qui a fait qu’après, ses rapports avec les femmes ont été beaucoup plus compliqués.

Donc il est plutôt volage, il voit plutôt des femmes de passage dans sa vie mais il est incapable de se fixer, il est incapable d’avoir une relation normale avec une femme.

  • Cette façon d’être avec les femmes, ça peut paraître comme un trait associé au pouvoir. On décrit beaucoup chez les hommes de pouvoir le fait de traiter les femmes comme des objets. Comment on écrit un personnage comme ça après les scandales politiques, après #MeToo… ?

« Maxime est de son temps »

J’aurais pu pousser le bouchon jusqu’à un scandale sexuel, d’ailleurs je m’en amuse à un moment, puisque ce qui le fait d’abord un peu vaciller c’est une histoire de blog étudiant et pas du tout ce qu’on aurait pu attendre par rapport à ça.

Il est de son temps : trentenaire, avec ses repères et son propre curseur, qui n’est pas celui des hommes politiques de soixante. Je n’ai pas voulu forcer le trait pour ne pas me détourner de mon sujet principal et aller sur des terrains que je n’avais pas envie de traiter dans ce livre-là.

  • Par contre, quand il commence à évoluer, c’est grâce à des personnages féminins…

C’est souvent comme ça dans mes livres. Les personnages féminins ont souvent la capacité à hausser le niveau des hommes.

  • Ça veut dire quoi ? Que le rôle des femmes est d’éduquer les hommes ? Que les hommes ont besoin des femmes pour les éduquer ?

« On a besoin de quelqu’un pour nous tendre un miroir. »

Les hommes ont besoin des femmes tout court ! En tout cas, on a besoin de quelqu’un pour nous tendre un miroir, pas forcément d’une femme. Quelqu’un en qui on a confiance. En l’occurrence, on est un tout petit peu sur le cliché.

[ALERTE SPOILER]

Cette fameuse assistante de direction parfaite qui accompagne le maire – ça aurait pu être un homme –, c’est elle qui lui tend le miroir. En plus il ne se passe rien entre eux. C’est tout le paradoxe de cet être : c’est avec la femme avec qui il ne se passera rien parce qu’il ne peut rien se passer que les choses changent le plus pour lui.

  • Ça c’est pour le rôle d’Alice, mais il y a aussi Emma Nizan, présence en creux, qui va déclencher la réflexion.

« J’aime bien les personnages en creux. »

Oui, là c’est plus un creux asexué, finalement. Après la personne qui tend le miroir, il fallait la personne qui, en creux – j’aime bien les personnages en creux – donne la gifle. La prise de conscience est par rapport à un rendez-vous manqué, comme on en a souvent dans la vie. On se dit à un quart d’heure près, ou parce qu’on a pris une autre décision, on a raté des rendez-vous, et là c’est un rendez-vous manqué qui a des conséquences.

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  • Je trouve qu’il y a un fil conducteur dans vos livres, et je l’ai résumé comme ça : les hommes sont faillibles et les femmes sont absentes. La femme est souvent celle qui manque, qui est partie, qu’on voudrait retrouver… Je pense à Tant bien que mal où on se demande s’il va retrouver celle qui l’a quitté, aux Vérités provisoires avec la sœur disparue et où tout le sujet est « comment fait-on avec cette absence ». Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes dans vos livres ?

Eh bien je ne sais pas ! C’est vrai, il faudrait que je creuse le sujet

  • On ne sait pas ce que voulait Emma Nizan, est-ce que vous vous l’êtes raconté ?

Non, je ne me suis pas raconté la cause de rendez-vous. Je n’ai pas voulu m’y attarder en écrivant pour ne pas donner une couleur à ça. L’idée c’était vraiment le concept de rendez-vous. Ça pouvait être tellement de choses. Puis c’est bien aussi de laisser des blancs quand on raconte… Est-ce que le rendez-vous raté est la cause directe ? C’est sûrement la goutte d’eau. On se cristallise sur la dernière chose mais il faut penser à tout ce qu’elle a pu avoir avant, cette pauvre jeune fille, qui a fait qu’à un moment elle a pu arriver à un trop plein, donc ça a débordé dans sa tête, suite à une énième non-considération de quelqu’un qui avait plus de pouvoir qu’elle, sans doute.

  • Ma question rituelle : est-ce qu’on recroisera certains personnages de ce livre dans d’autres ?

Je ne pense pas. Je pense que la boucle est bouclée. Je tournais autour d’une histoire dans ce style-là depuis un certain nombre d’années mais je ne pense pas… Même dans l’absolu… J’y ai pensé, on me l’a glissé aussi, faire une sorte de face B des Vérités provisoires, avec cette fameuse disparue. J’ai essayé, j’ai dû écrire une trentaine, une quarantaine de pages et puis j’ai laissé tomber.

  • Je me souviens qu’on s’en était parlé à l’époque, il y avait le personnage de la détective aussi…

« C’est bien aussi de clore des histoires. »

Effectivement. Dans la première version de Laisser des traces, il y avait ce retour de la détective. Il n’y avait pas d’assistante de direction. Mais on s’est dit avec l’éditeur que c’était un peu débile, vu l’importance que prend cette disparition dans la vie de Maxime, de faire enquêter quelqu’un. Quand quelque chose nous arrive, on a envie d’enquêter nous-même, on n’a pas envie d’avoir quelqu’un qui va enquêter par procuration.

Du coup le personnage a été détruit et je ne pense pas qu’il reviendra d’une façon ou d’une autre. C’est bien aussi de clore des histoires. Là je ne pense pas que ni le sujet ni l’histoire en elle-même ne reviendront. Mais il ne faut jamais dire jamais…

  • Ça veut dire qu’il y a eu beaucoup de retravail et de réflexion parce qu’on aurait pu avoir un livre complètement différent.

Oui, autant Tant bien que mal a été écrit d’un souffle et n’a subi quasiment aucune retouche de l’éditeur, autant là on a fait une belle partie de ping-pong avec mon éditeur. Le sujet s’y prêtait, sans doute. C’était « Tiens j’ai lu ça dans Le Monde, tiens tu devrais lire cette BD… ». Ça a nourri en permanence l’histoire jusqu’à une version à peu près finale. C’est très très stimulant.

  • Deux façons de travailler très différentes donc sur vos deux derniers romans.

Quand on ne retouche rien finalement c’est presque frustrant parce qu’on vient avec son inquiétude, son stress, auprès d’un éditeur qui nous dit « bon on ne change rien », c’est presque déstabilisant. Mon éditeur est quasiment mon premier lecteur. Donc on est suspendu à ses lèvres, on lui fait confiance. C’est plus déstabilisant pour moi quand on me dit « c’est parfait » que quand on me dit « il y a des choses à changer ». C’est bizarre non ?

  • Et pour la suite, qu’est-ce qui se profile ?

« J’ai un projet protéiforme pour le théâtre avec un version roman. »

J’ai un projet protéiforme, c’est-à-dire un monologue écrit pour le théâtre pour le comédien qui a adapté mon premier roman au théâtre. Rester sage était passé au théâtre par une petite compagnie qui s’appelle Oculus, en Touraine. On en a parlé, je lui ai proposé un monologue d’une cinquantaine de pages sur un thème qui est toujours dans ce que je peux faire, et en parallèle de cette version théâtre qui commence à naître, il y aura une sorte de version 2.0 du même texte mais en roman. Sans doute pour 2021, dans deux ans. Au théâtre c’est assez compliqué, il faut trouver du temps financé, un lieu pour faire passer le texte à l’oral, parce que pour l’instant c’est brut, il faut trouver des sous, une salle un jour, une programmation, donc il n’y aura rien avant 2021-2022. Pour la version roman, il y a des choses que mon éditeur a lues, je pense qu’on est plutôt bien parti.

  • Je crois que vous aimez bien le cinéma, est-ce que vous y avez pensé aussi ? Vous aimeriez voir vos romans adaptés ?

Ça m’intéresse mais en tant que spectateur ! C’est une autre écriture. Et les adaptations, honnêtement non. Moi ce qui me plairait c’est une BD (parce que je lis beaucoup de BD aussi), du théâtre. Le théâtre me fait plus fantasmer. Le spectacle vivant, le contact… et d’avoir vu le texte adapté pour Rester sage, et ce que ça peut provoquer comme émotion directe, ça m’a fasciné. Puis c’est peut-être aussi ma tendance à ne pas savoir ou ne pas pouvoir travailler à plusieurs aussi. Au théâtre on reste maître de son texte en général. Après avec le comédien l’échange est différent.

Un grand merci à Arnaud Dudek pour son intérêt pour le blog et pour sa sympathie.

Laisser des traces, paru chez Anne Carrière.

Rester sage, Les fuyants, Une plage au Pôle Nord, Les Vérités provisoiresparus chez Alma éditeur et Pocket.

Tant bien que mal, paru chez Alma éditeur.

2 commentaires sur “Entretien avec Arnaud Dudek autour du roman Laisser des traces

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