« Yves » : mon frigo c’est mon bro

affiche-film-yvesJérem s’est installé dans la maison héritée de sa grand-mère pour enregistrer un album de rap. Il accepte de faire partie d’un test autour d’un nouveau frigo intelligent, le fribot prénommé Yves, que So vient contrôler régulièrement…

J’avais repéré ce film dans le line-up du Pacte depuis quelques mois, très intriguée par le pitch. Cette histoire de rap et de frigo malin, avec un casting associant William Lebghil, que j’avais beaucoup aimé dans Première année, un de mes films préférés de l’an dernier, et Philippe Katerine, qui m’avait émue dans Le Grand Bain, ça me semblait valoir le détour. Je n’ai pas été la seule à le penser puisque le film de Benoît Forgeard a été choisi pour faire la clôture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

C’est pour le réalisateur de Gaz de France l’occasion de toucher un public probablement plus large en s’attaquant à une des grandes questions de notre siècle : notre rapport aux intelligences artificielles et à la technologie en général. Ici, l’intérieur vieillot de la maison de campagne s’oppose au design épuré, très Apple-like, d’Yves, de même que le look négligé de Jérem s’oppose aux tenues soignées de So. On comprend rapidement que le film va s’amuser à brouiller les frontières et à faire cohabiter les contraires.

Première qualité à mettre au crédit du film : Yves est drôle. Là où les technologies sont souvent dans les films source d’angoisse et d’une atmosphère blanc clinique et stressante, ici le frigo dispose d’une voix assez chaleureuse et sa façon de s’exprimer assez peu mécanique s’enrichit rapidement d’humour au contact de Jérem. Et très vite, la confrontation entre le rappeur looser, qui n’a que son chien pour ami, et la machine high-tech au Q.I. clairement supérieur, tourne à l’amusement pour le spectateur. Les voir faire connaissance, se chamailler, s’entraider, débattre, se faire des surprises a quelque chose de léger et divertissant totalement assumé. Mais bien sûr on ne pouvait pas en rester à une entente sans tache.

Car le film a bien pour but, comme d’autres avant lui (Robot and Frank, Ex Machina…), de nous faire réfléchir sur la place que les technologies prennent dans nos vies. Si Jérem a la lâcheté de se laisser manipuler plus ou moins consciemment et acheter, au moins a-t-il une forme de recul qui lui fait refuser de laisser le frigo tout diriger dans sa vie, quitte à mentir à l’appareil. En revanche, So, pourtant théoriquement plus maline et éclairée sur la question, se laisse totalement contrôler par la machine, de sorte qu’on devine assez vite jusqu’où cela peut mener. Je n’ai donc pas été très surprise de la direction qu’emprunte le film et de sa résolution, après quelques longueurs et un côté un peu dispersé au milieu du métrage.

J’ai passé un bon moment devant ce film, dont j’ai aimé le côté décalé et délirant (l’Eurovision) et le tandem Yves (la voix d’Antoine Gouy)/Jérem (Wiliam Lebghil est vraiment à suivre), mais moins So (Doria Tillier qui m’a pas mal agacée). Sur le fond, si j’apprécie que le film ne cherche pas à juger catégoriquement et s’embarque dans une réflexion sur le culte de la réussite, je trouve qu’il aurait pu creuser un peu plus et avec parfois plus de finesse son propos.

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