« Le jeune Ahmed » : la possibilité de la déradicalisation

affiche-film-le-jeune-ahmedAhmed ne veut plus serrer la main de Mme Inès, sa professeure, parce que l’imam lui a dit qu’il est impur de serrer la main d’une femme. Il s’enferme dans sa chambre pour prier à heures fixes…

De Jean-Pierre et Luc Dardenne, je n’avais vu que L’enfant, il y a longtemps. Si je ne m’en souviens pas bien aujourd’hui, je garde en tête une ambiance grise, glauque, un film dur qui avait déplu à mon entourage mais qui m’avait, moi, convaincue. Je crois que c’est à peu près de là que date mon goût prononcé pour le cinéma social.

Les frères belges s’attachent cette fois-ci à un sujet très actuel, si actuel qu’on ne compte plus les films tournant autour de la question : la radicalisation islamiste des jeunes. Après Le ciel attendra, Made in France ou récemment L’Adieu à la nuit, la spécificité de ce film est sans doute le très jeune âge de son protagoniste. Ahmed (Idir Ben Addi) a 13 ans et encore un physique enfantin, avec ses boucles brunes et ses joues pleines de petit garçon. Pourtant, il répète à sa mère qu’il n’est plus un enfant, et se cherche clairement un statut d’adulte auprès de l’imam de la mosquée du coin. Sa mère évoquera l’absence de père comme raison à son égarement, on trouvera comme lui que la remarque tient de la psychologie de base. Pourquoi Ahmed, élève appliqué qui a surmonté sa dyslexie, a-t-il délaissé ses jeux vidéo pour un tapis de prière et une belle édition du Coran ?

Finalement le film s’interroge assez peu sur le processus de radicalisation. Ce qui intéresse les réalisateurs, c’est plutôt le parcours de déradicalisation proposé au jeune garçon après un acte violent. Dans leur veine naturaliste habituelle, les Dardenne montrent le parcours du jeune Ahmed depuis sa chambre jusqu’à sa cellule en centre fermé. A-t-il vraiment changé ? Peut-il encore changer ? Telle est la question posée par le film avec sobriété. Quotidienne, presque documentaire, la caméra nous montre les faits et gestes précis du jeune garçon et ses séances de prière, ce que j’ai trouvé assez redondant et pas vraiment passionnant. Le film a beau ne durer qu’1h24, je lui ai trouvé des longueurs. La faute aussi sans doute à un personnage principal taiseux qui s’exprime peu, renferme ses émotions. Autour d’Ahmed, souvent seul à l’écran, les autres personnages ne sont qu’esquissés : sa mère, son frère et sa sœur, son éducateur. Comme pour prouver que la radicalisation enferme dans son idéologie funeste, ces personnages interagissent peu avec Ahmed, n’ont pas de conversations profondes. Tête basse, yeux fuyants, le jeune garçon évite sciemment de se confronter au monde, comme s’il craignait que celui-ci ne le séduise, à l’instar de la jeune Louise, cliché de la fille de la campagne généreuse et franche comme issue d’une chanson de Brassens. Victoria Bluck apporte d’ailleurs le seul répit, et la seule touche d’humour d’un film par ailleurs toujours sérieux, contraint par la gravité de son sujet.

J’ai beau n’avoir pas été entièrement convaincue, je n’avais pas vu venir la chute, et elle a fait son effet, me laissant coite, scotchée au siège par ce parti-pris, lui aussi assez radical.

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