« Laisser des traces » : l’irruption de la fragilité

couverture-livre-laisser-des-tracesMaxime Ronet rêve de faire de la politique depuis le collège. Il entre au Mouvement et, jeune trentenaire, est élu maire de Nevilly. Mais la routine et les tractations politiques lui font perdre de vue son idéal…

Entre les romans d’Arnaud Dudek et moi, tout a commencé lorsque j’ai découvert la maison Alma, à peu près au moment où il publiait Une plage au pôle Nord. Depuis, il a été l’auteur de deux de mes romans préférés de ces dernières années, Les Vérités provisoires et Tant bien que mal. Après ces deux récits aux sujets très durs et intimes (la disparition d’un proche et le viol subi par un enfant), il revient avec un livre différent, chez un nouvel éditeur (Anne Carrière).

Le début de Laisser des traces m’a embarquée, avec sa part de drame et de mystère, puis le flashback m’a fait douter. Moi qui étais habituée à des personnages attachants chez cet auteur, je me retrouvais à suivre le parcours de Ronet, Maxime, un jeune loup en politique. Imbu de lui-même, charmeur sexiste, quasi clone de figures bien connues de la politique française contemporaine au sein d’un « Mouvement » dont les atours me rappelaient de plus en plus au fil des pages La République en Marche, ce « héros » avait sur le papier tous les défauts pour me déplaire. On sent que l’auteur a travaillé son sujet, car il n’élude ni les réalités d’une ville moyenne, ni les arcanes de la politique politicienne, entre complots, arrivisme et stratégies. Reste que ce milieu ne m’a jamais ni attirée ni fascinée, et que tout en reconnaissant un travail documentaire et la plume toujours fluide de l’auteur, je n’arrivais pas vraiment à éprouver d’émotions face à cette lecture, hormis de l’étonnement : pourquoi Arnaud Dudek s’était-il lancé dans cette histoire ?

Tout bascule au milieu du livre. Un énième rendez-vous reporté dans l’agenda du maire, et c’est le drame. Aussitôt, j’ai retrouvé ce que j’ai tant aimé dans les livres précédents de l’auteur : sa capacité à disséquer l’irruption de la fragilité dans les vies humaines bien huilées. Ici, apprendre le décès brutal d’une de ses administrées vaut au maire une remise en question drastique, et fait enfin émerger en lui une once d’humanité, que vient arroser le regard éthique et tendre de son assistante Alice, le personnage du récit le plus attachant. La tentative de rachat du maire s’accompagne d’une réflexion engagée sur le rôle des instances politiques de proximité. Mais en passionnée de la complexité des relations humaines, ce qui m’a le plus touchée, c’est le trouble d’un homme chez qui le doute ressurgit et la façon dont une femme elle-même peu assurée le perçoit et s’en émeut. J’aime les gens qui doutent comme le dit la chanson, et j’aime aussi qu’on présente la capacité à se remettre en cause non pas comme une faiblesse mais comme une qualité qui peut avoir son charme.

C’est un livre qui m’a déroutée, m’a sortie de la zone de confort dans laquelle je pensais entrer en retrouvant une plume connue. Un roman clairement plus engagé que les précédents, comme si le vent d’actualité qui souffle sur la sphère littéraire avait contaminé même les auteurs de l’intime. Après tout, à une époque où il est de bon ton de penser « tous pourris », traiter un cadre politique comme un humain que sa fonction ne résume pas, c’est un parti-pris qu’il fallait oser.

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