« La lutte des classes » : « le fait d’habiter Bagnolet »

affiche-film-la-lutte-des-classesPaul et Sofia se sont installés à Bagnolet, où Sofia a vécu son enfance. Ils inscrivent leur fils Corentin à l’école où elle fut elle-même scolarisée. Mais quand ses copains quittent l’école pour le privé, la question se pose pour Corentin…

Très enthousiasmée par Le nom des gens, que j’avais trouvé drôle et pertinent, je me suis demandé ce que Michel Leclerc et sa scénariste Baya Kasmi allaient pouvoir faire de cette situation bien connue des habitants de banlieue parisienne : faut-il ou non mettre son enfant dans le privé pour lui assurer un meilleur avenir ? Ce qui affleure sous cette interrogation, c’est la possibilité de la mixité sociale, du vivre-ensemble, à une époque où la haine semble s’enflammer de toutes parts et les replis communautaires gagner du terrain. Sur ce sujet, on pourra d’ailleurs se référer à l’excellente nouvelle « Raciste ? » de Franck Courtès (issue du recueil Autorisation de pratiquer la course à pied).

Sur le fond, on se doute bien de la réponse que le film va apporter. Contraint par ses valeurs et ses bons sentiments, le long-métrage a le mérite de s’interroger mais on se doute d’emblée qu’il n’ira pas jeter de l’huile sur le feu et prôner la ségrégation. Autrement dit : il est impensable que Paul et Sofia finissent par confier leur fils à l’école privée. Où est alors l’intérêt du film puisqu’on peut aisément en deviner la fin ?

Dans les atermoiements du couple, ma foi fort crédible ensemble, formé par Leïla Bekhti, très juste en mère inquiète, et Édouard Baer, pas toujours très juste en ancien punk. Durant 1h43, ils vont hésiter entre remettre en question leurs convictions de gauche ou les sacrifier sur l’autel du bonheur de leur fils (pas très causant ni très expressif hélas).

Le film tente de faire rire autour de ce sujet sérieux et y parvient parfois, mais avec beaucoup moins de brio que Le nom des gens. L’histoire patine par moments, s’embourbe dans un trop grand nombre de personnages secondaires dessinés à gros traits (la gérante du jardin partagé, la demi-sœur de Corentin, le voisin obsédé par les voleurs, une tripotée de parents d’élèves). On comprend mal l’utilité de certaines scènes, on a l’impression que les auteur/trice du film ont voulu y mettre trop de choses et n’ont pas su trier.

Là où le scénario devient bon, c’est quand il prend des chemins de traverse et aborde d’autres questions que celle de l’école : comment donner aux jeunes le goût de la culture ? comment vivre la mixité dans le couple ? Les meilleures scènes sont celles qui acceptent d’être graves ou tendres mais ni incisives ni drôles : lorsque le couple est en crise ou au contraire lorsqu’il fredonne à l’unisson l’une des plus belles chansons de Jeanne Cherhal.

Sur l’école, au fond, le constat très amer ne rend aucunement justice à celles et ceux qui la font vivre au quotidien : les enfants forment une masse relativement indistincte, le directeur est un idiot qui fait tout ce qu’il ne faut pas, crie sur les élèves et parle d’eux sous le terme « pataquouère », l’enseignante semble perpétuellement au bord des larmes et ne s’exprime qu’en jargon de l’Éducation nationale. On aurait aimé plus de finesse dans la représentation du monde scolaire, et une résolution moins capillotractée. En dépit de son titre si bien trouvé, La lutte des classes est surtout un film sur les parents, et bien peu sur la réalité de l’école, qui passe à l’as dans l’affaire.

5 commentaires sur “« La lutte des classes » : « le fait d’habiter Bagnolet »

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  1. Pas énormément de finesse en effet, mais des scènes très drôles, surtout pendant la première moitié du film, qui séduit bien plus que la seconde. Les choses dérapent, tout devient un peu tiré par les cheveux… dans l’ensemble je partage donc ton avis !

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