« Comme un enfant qui joue tout seul » : le bonheur est le chemin

couverture-livre-comme-un-enfant-qui-joue-tout-seulBarnabé Raphaël quitte son emploi au ministère pour retourner sur les traces de son enfance. Pendant ce temps, Eléna travaille dans un restaurant au bord de l’océan…

Chaque nouveau livre d’Alain Cadéo est comme un présent qu’on aurait hâte de déballer, et en même temps dont on retirerait le papier cadeau avec soin pour faire durer le plaisir de la découverte.

Quelques mois après Des mots de contrebande, l’auteur nous fait le plaisir de revenir au genre romanesque avec un road trip en forme de retour aux sources. Celui d’un homme qui croyait avoir trouvé sa place dans un métier très prenant, socialement valorisé, au cœur de la ville, et qui se rend soudain compte que la vraie vie est ailleurs. C’est un discours que j’ai retrouvé dans plusieurs livres ces dernières années – le Chien-Loup de Serge Joncour par exemple –, cette vision de la ville (et en particulier la capitale) comme un genre de monstre dévoreur de chair humaine, un endroit de perdition où chacun oublierait son âme dans le rythme effréné, la compétition permanente et les bassesses du monde du travail. Je comprends qu’on puisse avoir ce point de vue, mais ne peut y souscrire, moi dont Paris reste depuis 10 ans la plus belle histoire d’amour.

Il n’empêche, même sans adhérer à cet aspect du propos, j’ai suivi avec plaisir le voyage de Raphaël vers le Sud-Ouest, sa rencontre avec des personnages hauts en couleur comme Mathilde, riches de souvenirs, adages et précieux conseils, qui l’aideront à trouver son chemin et ce qu’il est venu chercher en retournant aux lieux qui l’ont vu grandir.

En alternance, on suit aussi Eléna et les femmes qui ont construit sa famille. J’ai été assez fascinée par toute cette généalogie de femmes fortes, audacieuses, originales, ayant eu le courage de vivre en étant pleinement elles-mêmes, dans leurs choix, leurs amours, leurs départs ou leurs retours. Lucie, Colette, Eléna, chacune à sa manière est une héroïne de son temps, et cela fait du bien de lire ce type de personnages ! Leur dénominateur commun, c’est la liberté, n’en déplaise au discours de René, l’homme à tout faire de Colette, qui considère que « C’est un péché de laisser tant de beauté en friche ».

Évidemment, la construction même du roman nous indique d’emblée comment l’histoire va finir. Les récits imbriqués ont furieusement tendance à mener à la rencontre des différents protagonistes. Et on voit bien que ces deux êtres esseulés qui brassent les émotions fortes comme des moulins le vent n’attendent qu’une étincelle pour s’enflammer.

Mais au fond, peu importe la fin. Le bonheur de cette lecture n’est pas dans son aboutissement mais dans les phrases qui y conduisent. Tout comme ce qui importe dans le destin de Raphaël est moins le lieu où il se fixera que la réflexion que son périple lui aura permis de mener, c’est la joie de lire les mots chargés de sens et de sentiments d’Alain Cadéo qui transporte le/la lecteur/trice, nous fait voyager et songer.

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