« Comment tout a commencé » : une adolescence aux temps du Sida

couverture-livre-comment-tout-a-commencéPhilippe grandit dans l’hôtel que tient sa mère près de la gare de Lyon. Il déteste son père, ce rustre, et découvre qu’il est différent : il est attiré par les hommes…

C’est lors d’un de mes désormais rituels goûters littéraires avec la copinaute Laure du blog Folavril que j’ai emprunté ce roman de Philippe Joanny sans trop savoir à quoi m’attendre.

Visiblement autobiographique, le récit nous plonge dans une enfance assez peu ordinaire : la mère de Philippe tenait un hôtel dans un quartier de gare, entre des prostituées, des voyous en tous genres et autres trafics interlopes. Le gamin grandit tant bien que mal entre les crises conjugales dues aux multiples tromperies d’un père qui rappelle celui d’Eddy Bellegueule dans le genre détestable : raciste, méprisant envers sa femme et ses enfants, persuadé que la virilité se mesure à l’aune de la vulgarité et de l’acrimonie.

Le jeune Philippe, lui, selon sa mère, « a le vice dans la peau ». J’ai été frappée par l’atmosphère retranscrite de façon si vivante d’une époque que je n’ai pas connue et dont je ne mesurais pas, du moins dans certains milieux, la fermeture d’esprit. L’homosexualité est considérée comme un vice dans la famille, comme une honte. Et le jeune garçon est de fait extrêmement isolé avec son secret dès qu’il découvre son orientation sexuelle.

Même si le style est doté d’une certaine alacrité au début, sur le fond, le récit reste terriblement triste. C’est celui d’une adolescence privée de la joie de l’enfance, de l’insouciance du petit garçon qui malgré les difficultés familiales, passait du bon temps dans la rue à jouer avec ses copains et vivait dans un monde enchanté où les prostituées étaient des voisines sympathiques et le voisin d’en face, avec son look efféminé, un personnage qui fascine mais qu’on ne juge pas. Une adolescence marquée par l’angoisse, celle que son secret soit découvert par un entourage profondément antipathique pour le lecteur contemporain, et par la peur causée par l’apparition du Sida. Ce n’est pas la première fiction autour du virus (citons en désordre Nés en 68, Jeanne et le garçon formidable, Clara et moi, 120 battements par minute) mais je n’avais jamais perçu avec autant d’acuité les débuts de l’épidémie, cette époque où l’on ignorait comment la maladie se transmettait et où elle tuait à tours de bras.

Témoignage d’une époque autant que récit d’une prise de conscience individuelle de son identité et de la cruauté du monde, Comment tout a commencé ne peut laisser indifférent(e).

2 commentaires sur “« Comment tout a commencé » : une adolescence aux temps du Sida

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