« Paris est à nous » : Paris mérite mieux que ça !

affiche-film-paris-est-a-nousAnna rencontre Greg en boîte de nuit. Dans Paris, ils s’aiment, se disputent, mettent à l’épreuve leurs différences. Greg décide d’accepter un poste à Barcelone, Anna reste à Paris…

J’étais animée des meilleures intentions envers ce film, qui avant de devenir une production Netflix, a commencé à émerger sur les réseaux sociaux il y a plusieurs mois sous le titre Paris est une fête. À l’époque, il s’agit d’un projet indépendant, assez proche du documentaire, mené par une jeune équipe qui souhaite montrer les visages de la capitale de l’après-Charlie à travers le regard d’une jeune femme, incarnée par Noémie Schmidt (que j’avais bien aimée dans L’étudiante et M. Henri). Prévu pour être financé par un crowdfunding, le projet a attiré l’œil de Netflix, qui en a fait ce Paris est à nous dont les affiches assaillent les Parisien(ne)s dans chaque couloir de métro.

Pas échaudée par les premiers retours négatifs, je me suis dit que j’allais laisser sa chance à cette curiosité cinématographique, ne serait-ce que pour voir ma ville à l’écran. Comme l’équipe du film, j’aime Paris, et j’adore la voir bien filmée au cinéma, dans ce qu’elle a de quotidien et de divers. Ici, au début, j’ai été plutôt séduite par les plans sur la ville et ses habitants, mais peu à peu j’ai trouvé les images répétitives. Une fois qu’on a compris qu’il s’agissait surtout de montrer les protagonistes seuls au milieu des foules, on se lasse un peu de cette façon de filmer ultra mobile qui prend rarement le temps de se poser pour offrir un vrai beau plan de cinéma (ceux-ci sont plutôt dans les quelques scènes hors de Paris d’ailleurs).

Honnêtement, je ne vois pas comment le dire autrement : ce film est ce que j’ai vu de pire depuis début 2019 (et j’espère ne pas voir encore pire dans le reste de l’année). Sous prétexte de spontanéité, les dialogues sont d’une pauvreté affligeante, redondants, se voulant vaguement métaphysiques mais ne réussissant qu’à sonner creux. C’est toujours le même vocabulaire qui revient, l’enfance, les rêves, les cauchemars, et moi je toi tu etc. Car les deux protagonistes ne montrent pas leur amour de la ville, de ce qu’on peut y voir et y vivre. Ils sont enfermés dans leur petite histoire ratée, dont on peut prévoir très vite qu’elle ne fonctionnera pas. Insupportables tous les deux dans leur suffisance et leur immaturité, ils incarnent bien mal la jeune génération parisienne en donnant dans tous les clichés. Elle est paumée, sert des cafés et fait du running en attendant de trouver un sens à sa vie (on la voit courir tout le temps, au cas où on n’aurait pas compris qu’elle cherche à fuir ses pensées négatives), il réussit façon start-upeur et ne jure que par l’argent. Et au passage il en profite pour rabaisser et contrôler sa copine en permanence. On a juste envie de dire à cette pauvre fille de fuir son emprise. Ils ont beau y revenir sans cesse comme à un moment magique et fondateur, leur rencontre en boîte de nuit est au mieux extrêmement banale, au pire un peu malsaine.

Malheureusement l’histoire se résume à leur histoire qui tourne court, avec un vague fond d’angoisse existentielle quand Anna se rend compte que l’avion qu’elle a loupé s’est écrasé sans laisser de survivants. S’ensuivent des images psychédéliques (épileptiques s’abstenir) qui reviennent en boucle dans le film. J’ai regretté que l’intrigue s’en tienne à cet accident d’avion. On m’avait promis le Paris d’après-Charlie, mais des attentats il n’est jamais vraiment question. On voit certes la place de la République et des CRS dans les rues mais ceux-ci paraissent plus menaçants que protecteurs, sans qu’on comprenne bien pourquoi. Le discours final d’Anna contre « leur monde » a un côté opportuniste en pleine crise des Gilets jaunes, à se demander si le montage n’a pas voulu faire de la récupération politique.

Bref, rien à sauver à mes yeux dans ce gâchis, qui pourtant partait d’une bonne intention. Il faut dire aussi qu’un film post-attentats qui montre avec douceur et finesse le Paris d’aujourd’hui tel qu’on le connaît et qu’on l’aime, il en existe déjà un. Il s’appelle Amanda, c’était l’un des plus beaux films de 2018, injustement boudé des récompenses. À choisir, voyez-le plutôt que l’égocentrique Paris est à nous.

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