« Le hussard noir » : prof à bout

couverture-livre-le-hussard-noirUn matin, Thomas Debord, prof de français en REP, prend en otages un groupe d’élèves dans une salle du lycée. Sa revendication : parler au ministre de l’Éducation.

Si vous connaissez un tant soit peu l’univers scolaire et les réseaux sociaux, vous avez sûrement déjà entendu parler de Monsieur le Prof, l’enseignant star de Facebook. Déjà auteur de livres témoignant avec humour de son quotidien, William Lafleur de son nom complet s’associe ici à sa collègue Marie Pellan pour présenter un roman choc sur l’enseignement en France. Leur protagoniste, Thomas, est un jeune prof comme il y en a tant : parachuté en REP (les anciennes ZEP) en début de carrière, son enthousiasme et ses idéaux d’égalité des chances se heurtent à la réalité d’un quartier où l’avenir des jeunes semble bouché sans espoir d’éclaircie. Épuisé, isolé après un burn-out, l’enseignant se résout à employer la violence pour faire entendre son message.

L’idée n’est pas si farfelue quand on connaît les difficultés croissantes auxquelles sont confrontées les enseignants et les cas de suicide et de dépression. Le sentiment d’impuissance qui se mue en violence, les convictions et les doutes du preneur d’otages, tout cela est bien rendu dans le livre, de même, me semble-t-il , que tout le processus de négociation avec le RAID. Ce qui m’a surtout paru très juste dans le récit, c’est le traitement des médias et des réseaux sociaux, les commentaires haineux, arrivistes, stupides, la récupération politique à tout-va, l’ambition éhontée de la journaliste Élodie Montreau, la simplification et la dissimulation, la course au clic, la fascination morbide et le voyeurisme charognard incarnés par Romain. Tout cela témoigne d’une fine compréhension des mécanismes des réseaux sociaux et de la psychologie de leurs utilisateurs.

En revanche j’ai trouvé le pamphlet du preneur d’otages confus et naïf. Certaines de ses récriminations sont totalement d’actualité avec un discours proche de ce qu’on a pu entendre dans les manifestations de gilets jaunes, mais de la part d’un prof de lettres, on aurait pu attendre un peu plus de subtilité. Difficile du coup de sympathiser avec lui, même si on ressent un réel intérêt pour l’avenir de ses élèves.

J’aurais bien aimé en apprendre un peu plus justement sur les élèves, dont Bassem que l’on découvre presque a posteriori. Le dénouement m’aura laissée sceptique, je ne vois pas très bien où les auteur/trice ont voulu en venir. Probablement qu’à un moment le livre hésite un peu trop entre le romanesque et le politique, et propose donc des pistes intéressantes mais pas absolument abouties dans les deux cas.

7 commentaires sur “« Le hussard noir » : prof à bout

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