« La Chute de l’Empire américain » : combien coûte le bonheur ?

affiche-film-la-chute-de-l-empire-americainPierre-Paul, livreur, se trouve par hasard sur le lieu d’un braquage. Alors que les malfrats s’entretuent, il s’enfuit avec le butin. Sa première dépense est d’engager une escort girl, Aspasie…

Movie challenge 2019 : un film faisant partie d’une trilogie

Des deux premiers volets de la trilogie de Denys Arcand, j’avais gardé en mémoire des répliques hilarantes et le souvenir d’une bande d’amis intello et libidineux. J’ai tenu à revoir les deux films dont j’avais oublié l’intrigue avant de clore la trilogie. D’une part, je les ai moins appréciés que dans mon souvenir, notamment Le Déclin de l’Empire américain, qui m’a paru moins drôle et plus cynique. D’autre part, j’ai été étonnée en découvrant le nouveau film du réalisateur : en effet, on retrouve bien ses acteurs fétiches Rémy Girard et Pierre Curzi, mais dans des rôles totalement différents. En réalité ce film n’a de commun avec les précédents que sa tendance à l’analyse sociale de l’Amérique du Nord. Exit les professeurs d’université égrillards, cette fois, nous suivons de nouveaux protagonistes. Et cela change tout.

En effet, alors que je finissais par trouver fatigant le goût du mensonge et de la tromperie des anciens personnages, j’ai été ravie de découvrir Pierre-Paul, le héros malgré lui de ce nouveau film. La scène d’ouverture constitue déjà un chef d’œuvre, rappelant la rupture du début de The Social Network : alors que l’homme tente de faire la preuve de son intelligence (ici par son statut social modeste, arguant que l’intelligence est un frein à la réussite parce que « les imbéciles adorent les crétins », assorti d’une joyeuse pique à Donald Trump), la femme lui renvoie son incapacité émotionnelle à l’engagement. Voilà donc l’homme que nous suivons, un docteur en philosophie qui travaille pour une société de livraison, d’une générosité absolue (il est bénévole auprès des sans abris et passe son temps à donner de la monnaie à tous ceux qu’il croise), qui émaille son discours de citations philosophiques et que rien ne séduit tant chez une escort qu’une citation de Racine… enfin, jusqu’à ce qu’il découvre la sublime Aspasie en chair et en os. Dès lors, Alexandre Landry et Maripier Morin, les deux révélations du film, composent un tandem improbable et irrésistible, et tentent de trouver quoi faire de la manne providentielle tombée du ciel (enfin plutôt d’un trafic impliquant les plus gros gangs canadiens).

Sur une trame de thriller, Denys Arcand nous embarque dans un jeu du chat et de la souris de plus en plus tendu et réjouissant, impliquant des policiers en sous-effectifs, un ancien taulard reconverti dans la gestion (Rémy Girard), un conseiller financier spécialiste en paradis fiscaux (Pierre Curzi), une employée de banque (Florence Longpré), des malfaiteurs et des SDF. Contrairement aux précédents films de la trilogie, celui-ci s’appuie sur une intrigue ciselée, et pas uniquement sur ses dialogues (qui restent pourtant jubilatoires).

Sur le fond, après le sexe et le mensonge (Le Déclin de l’Empire américain), puis le système hospitalier et la mort (Les Invasions barbares), c’est au pouvoir de l’argent que s’attelle le réalisateur avec cette fable réjouissante et pas si désespérée dans laquelle tout s’achète. Même le bonheur ? Une conclusion très maîtrisée qui conclut le triptyque en apothéose.

logo-movie-challenge-nblc

Publicités

Un commentaire sur “« La Chute de l’Empire américain » : combien coûte le bonheur ?

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :