« Personne n’a peur des gens qui sourient » : une mère et contre tout

couverture-livre-personne-n-a-peur-des-gens-qui-sourientParce qu’elle sait sa famille menacée, Gloria quitte soudainement Vallenargues pour la maison de sa grand-mère en Alsace, emmenant avec elle ses deux filles pour les protéger…

Deux ans et demi après Soyez imprudents les enfants qui retraçait une épopée familiale sur plusieurs générations, c’est encore avec une histoire de famille que revient Véronique Ovaldé, mais une famille assez différente. Ici, autour de Gloria, son héroïne, la famille s’est réduite à peu de membres : sa mère a autrefois abandonné le foyer sans donner de nouvelles, son père est mort de maladie, sa grand-mère d’un accident, et le père de ses enfants a disparu dans des circonstances mystérieuses. Il ne lui reste que ses deux filles, une ado frondeuse et boudeuse et une fillette enjouée qui parle toute seule. Et puis des soutiens plus ou moins avantageux : un vieil homme qui l’a embauchée dans son bistrot et qu’elle appelle « Tonton », et l’avocat de son père qui a toujours garanti, par sa surveillance et ses relations, que la famille ne manque de rien.

À l’ambiance écrasée de soleil d’une ville imaginaire de la Côte d’Azur, parfumée des souvenirs de Corse que l’avocat instille en Gloria, à l’alcoolisation insouciante et aux petits trafics flirtant avec une tendance mafieuse, qui incarnent la jeunesse de Gloria, contée par fragments aux lecteurs/trices, succèdent l’humidité de la maison d’Alsace, sa déco vintage, son lac isolé, son fantôme qui rôde et ses habitants plus rustres et moins causants. Toujours spécialiste des ambiances, un trait qui m’avait marquée à la lecture de Et mon cœur transparent autrefois, Véronique Ovaldé tisse autour de nous une toile qui nous enrobe et nous entraîne à la suite de cette jeune femme prête à tout pour protéger ses filles.

Il y a en Gloria des traits éminemment romanesques qu’elle emprunte aussi bien du côté d’Irina (Et mon cœur transparent) : le mystère, la difficulté à la cerner – qu’à la Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle : l’amour fou pour ses enfants, un milieu social populaire, une vie semée d’embûches – ou encore aux personnages de Serge Joncour : le choix d’une maison entourée par la forêt comme refuge, le lien aux éléments naturels.

Je ne parlerais pas vraiment de suspens pour évoquer ce qui traverse le livre et nous captive, plutôt d’une forme de charme dangereux, une séduction littéraire et une construction habile faite de flash-backs qui nous dévoile à mesure des pages que la réalité a parfois plusieurs facettes. Si le roman était adapté au cinéma, il offrirait la trame parfaite à un film à twist, mais ici les révélations ne sont jamais brutales à l’esprit de Gloria, elles infusent, elles apparaissent comme une photo argentique dans le bain du révélateur. Toujours aussi maîtrisé et suave, le style Ovaldé nous manipule avec délice, dans ce récit qui explore une fois encore la face cachée des êtres humains.

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