« Vigile » : la gardienne du corps

couverture-livre-vigileUn soir, un homme se plaint de douleur à la poitrine. Dans la nuit, sa femme se réveille : il est en arrêt cardiaque à ses côtés. Elle se lance dans un massage cardiaque de trente minutes, jusqu’à l’arrivée des pompiers…

J’ai repéré le premier livre d’Hyam Zaytoun dans le catalogue de l’agence Anne et Arnaud et j’ai pensé que ce serait une bonne occasion de faire connaissance avec les éditions Le Tripode, dont j’avais déjà admiré les couvertures sans avoir eu jusqu’ici la curiosité de les soulever.

Présentée dans un style assez pur et romanesque, l’histoire qui nous est racontée est pourtant vraie et autobiographique, d’après la quatrième de couverture. J’en admire d’autant plus l’autrice d’avoir pu réussir à mettre des mots, si simples et sonnant si justes, sur cette expérience pour le moins traumatisante durant laquelle, sans vraisemblablement s’en rendre compte, elle s’est comportée en héroïne du quotidien.

Le texte commence assez poétiquement par une histoire de pulsation, et j’ai cru que j’allais y retrouver le côté métaphorique et rythmique de Réparer les vivants, mais on est en réalité ici dans quelque chose de plus proche du quotidien, avec des mots de tous les jours mais comme emplis de leur sens, de leur intensité. Ce qui transpire entre les lignes, c’est la force de vie de celle qui s’est épuisée au-dessus du corps sans vie quand tant d’autres se seraient effondrés, qui brave les regards des soignants pour emmener ses enfants si jeunes auprès de leur père inerte, qui se dit sans cesse fragile, se demande comment elle survivrait à un abandon définitif, mais prouve sa solidité à chaque ligne, à chaque instant.

C’est l’histoire d’une femme dans l’épreuve et d’un amour sincère. On n’oubliera pas que la soirée du drame avait mal commencé, par une dispute autour de problèmes financiers. Il y a dans le spectre de la précarité qui rôde quelque chose d’encore plus touchant et émouvant. Peut-être parce que les conditions rendent possible un magnifique élan de solidarité, de fraternité entre tous les membres de la famille, les voisins, les amis.

Certes, il y a la gardienne du corps qui l’a sauvé et le veille jusqu’à l’incertain réveil, mais il y a aussi tous les autres qui créent un ballet de soutien et d’affection qui se poursuit au-delà du drame. Et cet arrière-plan d’une micro-société où tout n’est que services rendus, repas conviviaux et élan positif a quelque chose de rassurant et joyeux qui empêche le récit de sombrer dans la tristesse, même lorsque les nouvelles sont mauvaises.

C’est un petit livre vite lu, simple, sobre, sans prétention mais vibrant d’amour et émouvant, qui résonnera plus de temps qu’il n’en aura fallu pour le refermer.

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