« Les invisibles » crèvent l’écran

affiche-film-les-invisiblesManu et Audrey tiennent un centre d’accueil de jour pour les femmes sans domicile. Elles tentent d’aider Chantal, Lady Di, Brigitte Macron et les autres à se réinsérer dans la société, en commençant par trouver un travail… 

On a beaucoup dit au sujet du Grand Bain que le succès du film était dû au fait qu’on riait avec les personnages, et pas contre eux. Alors que le cinéma français donne encore souvent l’image de ces grosses comédies où la finesse est au placard et où des millions de gens viennent rire à des blagues gênantes voire carrément problématiques, il m’avait semblé que cette distinction était très importante.

C’est pourquoi j’attaquerai par ce point cet article sur Les Invisibles : après le film choral essentiellement masculin de Gilles Lellouche, voici un film choral essentiellement féminin où l’on rit, et de bon cœur, avec les fameuses « invisibles » du titre, et avec celles qui tentent de les aider.

Vraie comédie mais aussi vrai film social, dans la droite ligne de Discount (et après le plus oubliable Carole Matthieu), le nouvel opus de Louis-Julien Petit est une belle initiative, de celles qu’on a envie de soutenir et de porter. Le film s’inspire du livre de la documentariste Claire Lajeunie, Sur la route des invisibles, et s’appuie sur un casting parfait, associant des comédiennes d’expérience (Corinne Masiero, Audrey Lamy, Noémie Lvovsky en tête), et des vraies femmes SDF dans leurs propres rôles. L’ensemble donne une histoire criante de sincérité et de vérité, et forcément très touchante, de par son sujet et ses interprètes réellement à la rue.

La force du film, c’est de ne pas s’enfoncer dans le pathos, jamais, même face aux aspects les plus douloureux comme les agressions. Il y a toujours une réplique, une mimique pour faire sourire, un changement de rythme pour alléger l’atmosphère, un geste de tendresse ou de solidarité pour réchauffer le cœur.

De la part d’un réalisateur masculin, on peut aussi souligner l’importance des femmes dans le film, et le rôle très secondaire des quelques hommes présents. Certains sont des adjuvants précieux : le frère d’Audrey (Pablo Pauly, vu dans Patients et toujours aussi excellent) et quelques connaissances d’Audrey et Manu, plus en demi-teinte. D’autres sont uniquement des figures négatives, à l’instar du mari d’Hélène. Mais le film n’est pas tendre avec lui, ni avec les hommes qui ont pu faire du mal aux « invisibles » (on entend d’ailleurs passer quelques petits tacles bien sentis du style « je suis un homme donc je suis faible »).

Parmi cet ensemble, j’ai été surprise par Audrey Lamy, qui tient ici un de ses meilleurs rôles, probablement le plus en finesse de sa carrière. La scène où elle craque face à son frère est à la fois réaliste, émouvante et drôle, dans un dosage subtil qui symbolise bien l’équilibre délicat du film.

Bref, le cinéma français est beau, quand il est sincère comme ce film, et qu’il prouve qu’on peut être drôle, attirer de très nombreux spectateurs en salles (plus d’un million), mais être aussi juste, social et pas méchant.

Publicités

Un commentaire sur “« Les invisibles » crèvent l’écran

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :