« Sorry to bother you » : pamphlet cash 

affiche-film-sorry-to-bother-youCassius Green dit Cash est embauché comme télévendeur chez RegalView. Il comprend rapidement comment remporter plein de contrats et ambitionne de devenir SuperVendeur, tandis que sa petite amie prépare une expo d’art engagé… 

Movie challenge 2019 : un film dont je voudrais changer la fin

J’avais repéré ce film avant même qu’il soit question de sa distribution ou non en France, et pour des raisons assez secondaires au film en réalité : j’avais envie de voir ce que pouvait donner la présence dans un même long-métrage de Steven Yeun (aka un de mes personnages préférés de The Walking Dead) et Armie Hammer (Call Me By Your Name, The Man from U.N.C.L.E, Une femme d’exception…). La bande-annonce du premier long de Boots Riley m’avait rendue curieuse, même si je craignais que le film ne soit trop violent et absurde pour moi.

La bonne nouvelle, c’est qu’en termes de violence physique le film reste tout à fait supportable. La vraie violence ici est politique et sociale : c’est la précarité de Cash et de son oncle, les faibles salaires versés par RegalView, l’esclavage moderne orchestré par WorryFree. On comprend très vite que le film est un pamphlet anti-capitaliste, et qu’il usera de tous les moyens possibles pour appuyer son propos : l’ironie, l’absurde, y compris la parodie avec un court-métrage signé « Michel Dongry » qui s’amuse avec l’univers du réalisateur de L’écume des jours, mais version pâte à modeler.

Ce qui m’a beaucoup enthousiasmée au début du film, c’est son rythme tambour battant et ses trouvailles de réalisation, son côté très inventif et décalé, avec des effets spéciaux qui semblent obtenus avec trois bouts de ficelle et produisent un résultat bluffant : la façon dont Cash fait irruption dans le salon de ses interlocuteurs à chaque coup de fil (ce qui permet en plus des scènes assez drôles et caustiques), et surtout l’évolution de son niveau de vie marquée par la transformation soudaine des objets, très poétique et réussie. Le film est malin dans sa technique, audacieux dans ses propositions, que le couple Cash (Lakeith Stanfield) et Detroit (Tessa Thompson) semble incarner avec jubilation.

Notre anti-héros se voit rapidement confronté à un choix crucial entre l’ambition personnelle, dont la satisfaction soignerait sa mélancolie et sa crainte chronique qu’aucun accomplissement ne vienne couronner sa vie, et la solidarité avec ses collègues (dont sa petite-amie et son meilleur ami), engagés dans un combat syndicaliste. Si Detroit représente un engagement sûr de ses valeurs, radical mais joyeux et créatif, Cash est influençable et se range à tous les coups du côté de celui ou celle qui lui offrira la plus grande gratification (mais de l’amour ou de l’argent, laquelle prévaut ?).

Jusque-là, j’étais assez séduite par le film, mais la dernière partie, à partir de la rencontre avec le PDG de WorryFree, m’a moins convaincue. J’ai trouvé qu’à force de vouloir marteler son message anti-capitaliste, le film partait dans une direction fantastique délirante manquant de subtilité. On a bien compris où Boots Riley voulait en venir, pas besoin d’y aller avec des gros sabots. À ce stade, le film perd en trouvailles visuelles et s’engouffre à la guerre comme à la guerre dans ce qui ressemble à un épisode de Black Mirror qui aurait été écrit sous acide.

Certes, il y a un côté libre et décomplexé dans ce film, un côté artisanal aussi assez plaisant et qu’il est important de préserver. Je comprends l’engouement collectif à ce titre, mais il m’a pour ma part manqué un peu de finesse, d’équilibre et de recul pour faire de l’ensemble plus qu’un film à message qui convaincra les convertis et passera pour les autres sous les couleurs du divertissement.

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