« Green book » : buddy movie antiraciste

affiche-film-green-bookPendant les travaux du club qui l’emploie, Tony Lip cherche un job. Il est embauché par le musicien noir Don Shirley pour lui servir de chauffeur durant sa tournée dans les États du Sud…

Je ne sais pas trop ce que j’espérais de ce film en allant le découvrir, à vrai dire. Je crois que c’est surtout son statut d’oscarisable qui m’a rendue curieuse, parce que, sur le papier, un film de Peter Farrelly (qui a à son actif, avec son frère, des comédies aussi fines que Dumb & Dumber), ça ne me semblait pas dans mes cordes.

Mais tentée par le sujet, les premiers retours positifs et le tandem Viggo Mortensen-Mahershala Ali, je me suis motivée au point d’aller découvrir le film en avant-première. L’entrée en matière est savoureuse et dynamique, dans le club où Tony officie comme videur : ça chante, ça se bagarre, c’est clinquant et virevoltant, et on se dit que, ma foi, ça va swinguer !

Clairement, Peter Farrelly maîtrise les codes de la comédie et sait embarquer son public avec ce qu’il faut de gags, de répliques bien placées et de tous les ressorts classiques du buddy movie US : on assiste à la rencontre et à la coopération, bon gré mal gré, de deux personnes que tout oppose. D’une part, Tony l’Italien qui ne sait pas se tenir, n’a pas l’esprit très ouvert concernant les « gens de couleur », parle mal, n’hésite pas à faire des entorses à la morale et se goinfre dès que l’occasion s’en présente. De l’autre, le cultivé Don Shirley, qui roule sur l’or et vit dans un appartement saturé d’objets rares et exotiques. Plus on en apprendra sur eux au fil du film, plus leurs différences seront exacerbées : ils n’ont rien en commun, ils vont devoir se supporter, c’est un pitch classique. Et ça marche ! Mahershala Ali est très digne et classe en musicien à succès mais insatisfait de n’avoir pu réaliser son rêve de virtuose classique à cause des préjugés racistes. En revanche, moi qui aime beaucoup Viggo Mortensen généralement (en particulier dans Captain Fantastic), j’ai trouvé son Tony Lip exagéré, et l’acteur souvent à la limite du cabotinage, comme s’il se regardait faire des mines pour amuser la galerie. On peut arguer que ça fait partie du personnage.

Pour ma part, c’est le symptôme d’un film ultra-calibré pour faire un gros succès aux États-Unis. On sent que c’est une machine bien huilée, qui n’hésite pas à forcer le trait parce qu’il faut être sûr de faire rire, qui va exactement là où on l’attend et ne prend aucun risque pour ne déplaire à personne. On me dit que c’est un film important car la question raciale est encore capitale aujourd’hui. Certes, mais qui va aller rire devant les aventures et mésaventures de Don et Tony, et trouver belle leur amitié ? À mon avis, exactement les gens qui n’avaient pas besoin d’être convaincus.

C’est vrai, je fais partie de cette catégorie, et n’ai donc pas boudé mon plaisir devant cette comédie qui, de ce point de vue, fait le job, car on rit de bon cœur. Mais ça ne m’empêche pas de déplorer un manque global d’audace dans la réalisation et le scénario, et d’un poil de finesse dans l’interprétation.

Reste à voir si, deux ans après Moonlight, l’académie des Oscars s’engagera à nouveau dans la voie d’une récompense éminemment politique…

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