« In the fade » : l’échec de la justice

affiche-film-in-the-fadeLe mari et le fils de Katja perdent brutalement la vie dans un attentat dont ils sont les seules victimes. Qui a visé l’agence que tenait cet homme d’origine kurde, ancien dealer à la réinsertion exemplaire ? Katja soutient face à la police puis la justice l’hypothèse d’un crime nazi…

J’avais regretté d’avoir manqué début 2018 ce film allemand qui valut à Diane Kruger un prix d’interprétation à Cannes. D’abord pour découvrir sa performance, sachant que c’est une actrice que je connais finalement assez peu (j’ai vu Joyeux Noël il y a longtemps et c’est à peu près tout), mais aussi parce que le sujet m’intéressait.

J’ai été agréablement surprise de découvrir qu’il s’agit en réalité en grande partie d’un film de procès, un genre que je trouve de plus en plus intéressant au fur et à mesure qu’il m’est donné de l’explorer. Le film est chapitré en trois parties : la première présente la famille de Katja et le drame qui la touche, la seconde est consacrée au procès des terroristes nazis et la troisième à l’après, en Grèce.

Sur un sujet sensible, un attentat raciste perpétré par des jeunes néo-nazis, et le combat de la femme et mère des victimes pour venger ceux qu’elle a perdus, Fatih Akin réalise un film que j’ai trouvé bien plus honnête que plusieurs avis négatifs ne m’avaient laissé envisager. Diane Kruger est assez impressionnante, quasiment de tous les plans, à la fois mère courage et au bord du gouffre. L’ensemble se laisse suivre avec une certaine tension, qui va crescendo, même si une partie des péripéties sont assez prévisibles. Certes, on aurait pu imaginer un film plus passionné et bouillonnant de rage sur un tel sujet. Fatih Akin choisit plutôt la sobriété voire la froideur avec des lumières blanches voire grisâtres, et des scènes de procès réalistes et détaillées. La seule chose qui semble moins réaliste, c’est le verdict : on sent que le réalisateur a voulu critiquer le système judiciaire qui fait preuve de lâcheté et ne va pas au bout du processus d’investigation. Le spectateur lui-même peut avoir plein d’idées de témoignages à solliciter, de preuves à rechercher afin d’aller plus loin et de condamner fermement les coupables. Mais évidemment une enquête plus poussée aurait nécessairement transformé la fin du film… et limité le rôle du personnage de Katja.

Difficile de parler d’ailleurs d’autres personnages car ils sont tous très secondaires, vagues silhouettes impuissantes face à la douleur et au combat de l’héroïne. Seul l’avocat, le touchant Denis Moschitto, tire son épingle du jeu.

Ce qui m’a surtout plu dans le film, c’est qu’il évite la violence la plus crue et directe, celle des images, car sur un tel sujet on pouvait difficilement s’attendre à autant de retenue. Loin de tomber dans le sanguinolent et le trash, il se contente d’une forme de violence plus insidieuse : celle des mots, qu’il s’agisse de réactions maladroites des proches ou de récits des faits au procès.

Et si la mise en scène est assez peu marquante, je retiendrai la scène de la tentative de suicide, que j’ai trouvée esthétiquement remarquable par ses mouvements de caméra qui construisent peu à peu un plan assez onirique, en décalage avec le réalisme affiché durant le reste du film.

Peut-être pas le film renversant qu’on aurait pu attendre sur un sujet pareil mais une partition honnête.

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