Entretien avec Sébastien Marnier autour du film L’Heure de la sortie

Impressionnée par son deuxième long-métrage L’Heure de la sortie, j’ai eu envie d’en discuter avec le réalisateur Sébastien Marnier, qui a accepté de me rencontrer pour un entretien.

  • J’ai découvert en voyant le film qu’il s’agissait d’une adaptation du livre de Christophe Dufossé. Sans l’avoir lu, il me semble d’après les résumés disponibles que dans le roman les enfants ne sont pas diagnostiqués « à haut potentiel ». Est-ce vous qui avez souhaité les définir comme « EIP » et pourquoi ?

Dans le livre de Christophe Dufossé, ce sont des élèves très brillants qui sont dans une classe d’élite, et moi pour des raisons d’efficacité j’ai présenté une classe de « surdoués ». Il y avait quelque chose d’un seul coup qui mettait Pierre [NDLR : l’enseignant remplaçant joué par Laurent Lafitte] beaucoup plus en danger par rapport au livre. Surtout que dans le livre, même si c’est une classe d’élite, c’est ancré dans un collège tout à fait classique, public ; moi j’avais envie tout de suite de créer de l’étrangeté et que lui soit plus mis à mal par ces six-là en particulier.

« J’avais envie de créer de l’étrangeté »

Je sais que les EIP ne sont pas tous comme dans le film, dans la vraie vie, il peut aussi y avoir des élèves en difficulté à l’école justement parce qu’ils ont une autre manière d’envisager les choses. Ce qui me plaisait, qui m’a touché, sur ces « petits génies » du livre qu’on appelle maintenant « EIP », c’est leur extrême sensibilité. C’est ce qui m’intéressait avant tout, le fait que ce soient des gamins « à vif ». Et la figure de l’excellent élève à l’école (ça je l’ai vécu un peu, pas parce que j’étais un très bon élève mais parce que mes parents m’avaient mis dans une classe d’allemand LV1, à La Courneuve aux 4000 où je vivais), ça crée un schisme avec les autres élèves : il y a toujours une forme d’exclusion. Ça les mettait dans une position assez inconfortable que j’aimais bien. Et on comprend plus rapidement dans le film, je crois, que la création de cette classe d’élite par le directeur est vraiment la plus grosse aberration, dans ce que ça trimballe comme back story. C’est sûrement cette situation qui en a fait aussi des monstres.

photo3_lhdls

  • Le film tourne autour de la thématique de l’environnement, qui a déjà été exploitée au cinéma sous des angles plus optimistes. Est-ce que vous vouliez faire un film pessimiste, comme un anti-Demain ?

On est à l’opposé du spectre mais la finalité doit être la même. Demain, c’est super, ça a fait plein d’entrées et c’est le plus important. Mais j’avais envie de faire un film de suspense et d’angoisse donc forcément on n’est pas dans les mêmes caractéristiques. Je trouve que cette idée de collapsologie, qui s’est nourrie des discussions qu’on a eues avec les adolescents, participe d’une prise de conscience qui est en train de s’opérer de manière mondiale. On ne peut pas être plus dans l’actualité !

« Pessimiste mais j’espère pas fataliste »

Et même si on met en garde sur des choses pessimistes et tragiques, et l’aspect irréversible de la situation, dans les jours où ça va, cette prise de conscience me fait espérer que les choses peuvent changer, que les gens peuvent s’engager. Parce qu’on est vraiment au bord du précipice comme dans le film en fait ! Donc c’est pessimiste mais j’espère pas fataliste. Même si ces gamins sont particuliers, les débats que crée le film après le visionnage sont intéressants, et surtout avec les jeunes générations qui sont plus au fait de ça que la mienne ou celle de mes parents. Ils ont une longueur d’avance par rapport à nous… et en même temps un train de retard, c’est ce qui est compliqué. Mais j’ai l’impression que les choses peuvent évoluer malgré tout.

  • Est-ce dans la perspective de créer un électrochoc que le film contient des vidéos qu’on a vu circuler sur les réseaux sociaux ?

J’ai toujours voulu inscrire le film dans une réadaptation (le livre a environ 15 ans maintenant). Même s’il n’est pas dans une vraie quotidienneté, déréalisé parce qu’on est dans du film de genre, je voulais qu’il soit extrêmement contemporain. Je ne pouvais pas parler de la jeunesse d’aujourd’hui, et du monde tel qu’il est aujourd’hui, sans parler de l’immédiateté de ce qu’on traverse. Peut-être que dans quelques mois le film sera déjà obsolète sur des choses. Mais on ne peut pas évoquer les ados sans parler de ce déluge d’images sur Internet qui (on peut penser que c’est mieux ou moins bien) est une vraie différence par rapport à ma génération. Il y a une espèce de pornographie d’images à longueur de journées sur les portables.

Le choix de ces images a sûrement été ce qu’il y a eu de plus compliqué dans la fabrication du film. Déjà parce qu’il a fallu que j’en ingurgite beaucoup (ce qui créait des périodes vraiment très agréables dans mon foyer… des grandes périodes de déprime absolue), et puis il a bien fallu faire un choix. Il y avait des questions éthiques aussi, parce qu’on montre des gens qui meurent pour de vrai.

Après j’ai décidé d’arrêter de me poser des questions, et on a choisi des images qui ont été vues au moins 10 millions de fois, qui font partie de l’inconscient collectif d’aujourd’hui. On vit tous avec ces images, on les a tous vues.

C’était intéressant pour moi aussi de les confronter avec ma mise en scène. Je mets tout en place, la direction artistique, le travail sonore, le travail de l’image, pour créer de l’angoisse, du suspense et tout cela n’est finalement qu’une mascarade par rapport à la violence de la réalité. Tout ce que je pourrais faire ne sera jamais aussi flippant que la réalité.

« Je m’insurge contre les cases »

  • Vous avez parlé d’angoisse et de cinéma de genre : dans quel genre inscrivez-vous ce film qui joue avec les codes ?

Moi je m’insurge contre les cases. Même pour monter un film financièrement, en France en particulier, on se heurte à devoir répondre toujours à cette question absurde « est-ce que c’est un film d’auteur ou un film de genre ? ». Et ça je n’en peux plus parce que ça n’a aucun sens. Le film est le mien et il est l’infusion de tout ce que j’ai envie de faire comme cinéma, de toute la cinéphilie qui a fait celui que je suis aujourd’hui. On arrive à intellectualiser après, mais sur le moment c’est comment tout ça bouillonne et comment dans la création, dans la mise en scène et après dans le montage, les choses se définissent un peu mieux. Ce que je trouvais intéressant, parce que le film n’est vu que du point de vue du personnage de Pierre, c’est que ce n’est pas du tout intellectualisé, c’est quelque chose de viscéral, de physique, il s’agit d’accompagner au plus proche, avec son corps, ce qu’il vit, ce qu’il subit et toutes les phases qu’il traverse. Et du coup les choses se sont mises en place comme ça, sans forcément être réfléchies.

photo7_lhdls
Crédit photo : Laurent Champoussin

Ce qu’on a redensifié au montage et au montage son, ce sont les différents genres qui peuvent accompagner les différentes étapes. On commence comme un film choral assez classique, au bout d’une demi-heure on perd presque définitivement la plupart des personnages pour accompagner Pierre dans un segment très thriller, mâtiné d’un truc à la Stranger Things avec à la fois des images de cinéma merveilleux de Spielberg des années 80, et la mise en scène, comme le personnage, se fait empoisonner comme par un virus après une phase presque de cinéma d’horreur, de zombie, pour aller vers quelque chose qui flirte avec le fantastique et le film apocalyptique à la fin.

Mais sur le moment je me dis « comment j’ai envie de filmer ça », j’écris même en pensant au son – pour moi le son est hyper fondamental dans les films : comment on peut créer de l’image et du son qui fassent ressentir cette décharge à ce moment-là ? Ou alors justement quelque chose de plus lancinant, de plus mystérieux, avec comme des réveils, comme des décharges électriques par moments.

  • Le film s’inscrit donc assez bien dans une tendance actuelle du cinéma français, à la frontière de plusieurs genres traditionnels…

« Des films à message mais de divertissement »

Oui, moi je trouve ça hyper intéressant, on est une nouvelle génération qui arrive (même s’il y a encore des plus jeunes que nous qui arrivent) où ces histoires de cases ne nous intéressent absolument pas. La porosité entre les genres c’est ce qui va faire la richesse de notre cinéma et j’espère faire revenir le jeune public, qui s’ennuie régulièrement et n’a plus cette curiosité, voir des films français. La question c’est aussi comment on peut faire des films, comme le mien, à message mais inscrits aussi dans du cinéma de divertissement, de sensation, qui ne soit pas que lié à la littérature.

Grave a sûrement changé beaucoup de choses. Pas forcément encore pour les financiers mais sur un élan global. Non seulement le film était fait par une femme, c’est pas rien, mais en plus qui venait de la Fémis, ce qui est très important pour notre petit milieu consanguin. Donc d’un seul coup qu’une femme, de la Fémis, fasse ce film qui marche à l’international, se vend partout, fait un buzz pendant un an, fait 120 000 entrées je crois, alors que c’est un film gore, donc en plus un film de sous-genre, ce qui est le plus compliqué pour faire venir le public en salles… Je prends toujours l’exemple de mes parents, qui vont quand même plus au cinéma que la moyenne, qui peuvent avoir envie d’aller voir des films de genre, de suspense… mais le film gore ils n’iront pas. C’est comme le film de zombie, qui va s’adresser vraiment aux fans du genre.

Et puis après il y a eu d’autres films, comme Jusqu’à la garde qui clairement joue avec ces codes-là de manière très brillante. C’est vraiment un film qui m’a beaucoup secoué et dont j’étais très très admiratif. Ou Revenge, dans un autre genre complètement pop, qui est à part car fait « comme les Américains ». Même dans Petit Paysan par exemple, comment à l’intérieur d’une chronique paysanne il [NDLR : Hubert Charuel] insuffle du genre et empoisonne son film comme les vaches dans le film, c’est hyper beau.

Xavier Legrand, je l’ai rencontré car j’étais vraiment fasciné et je voulais discuter avec lui, mais avec les autres que j’ai cités, on ne se connaît pas. Pourtant je sais qu’on est quelques-uns, sans en parler entre nous, à essayer par nos tentatives de définir ce que peut être un film de genre français. Je crois que le genre a toujours intéressé et titillé plein de cinéastes en France, mais à part des films comme Martyrs qui étaient hyper puissants mais extrêmes, vraiment à la marge, dans les films plus mainstream c’étaient des tentatives trop tournées vers le cinéma américain, qui n’avaient pas forcément leur identité propre.

Au moins avec nos tentatives on va peut-être arrêter de poser la question « qu’est-ce qui fait un film d’auteur ? ». Si on prend des exemples contemporains, que ce soit Carpenter, Lynch ou Cronenberg, ou Spielberg évidemment, personne ne se pose la question de savoir si ce sont des films d’auteur ou des films de genre, jamais.

Mais nous on a une telle tradition de réalisme et de films quotidiens que c’est une plus longue bataille.

Nous, on se pose ces questions-là, mais les gamins qui ont vingt ans aujourd’hui et qui tentent la Fémis – ma productrice était au jury de la Fémis cette année –, 100 % n’ont parlé que du genre. Et du genre sexuel aussi. C’étaient les deux thématiques récurrentes cette année. Parce que la question ne se posera plus, du tout.

« Que l’image circule, c’est important »

Moi, ma génération (j’ai 40 ans), elle est déjà nourrie aussi bien par la Nouvelle Vague et les Cahiers du cinéma que par les cassettes vidéo que j’allais louer en bas de chez moi, cette culture bis qui n’était pas du tout honteuse, qui était pleinement assumée, et aussi par l’arrivée du clip, et pour les gamins de vingt ans aujourd’hui, c’est Internet et tout ça. Que l’image circule, c’est important.

Irréprochable, Affiche

  • On a parlé de cinéma d’auteur, j’ai cherché dans L’Heure de la sortie et Irréprochable ce qui faisait votre patte de cinéaste, et la première chose qui m’a frappée, c’est qu’alors que vous abordez des sujets lourds et sombres, vous filmez des décors solaires et lumineux. Pourquoi filmer l’été ?

C’était le point commun de ces deux films, le troisième sera très hivernal. Ce sont effectivement des films assez sombres avec une tension, et dans un premier temps, de manière un peu radicale, je m’étais dit que je ne voulais pas tomber dans les travers du film de genre qui serait soit nocturne, soit pluvieux, ou poisseux. J’ai été marqué par l’été de la canicule, que je trouvais très angoissant. Et j’ai essayé de retranscrire un peu cette chaleur pendant un mois qui ne descend jamais, avec ces corps qui deviennent vraiment moites, transpirants. Le fait que la température ne baisse jamais, même la nuit, ça pouvait me faire penser à L’Étoile mystérieuse de Tintin… Ça permettait de travailler sur une esthétique de chape de plomb. On a bien vu même cet été où on a eu chaud, comme les déplacements sont plus lents. Il y a un truc que je trouve assez angoissant dans cette ambiance, cette atmosphère, ce soleil tellement haut, la manière dont il marque les visages en extérieur, que je trouve très déstabilisante à l’image. Alors qu’on est dans des thrillers, qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir dans cette esthétique-là effectivement.

  • Autre point commun entre vos films, des personnages principaux troubles, étonnants. Ça vous fascine ?

Je crois que j’ai toujours été fasciné par ça oui, que ce soit dans mes romans, ou même quand j’étais petit. J’ai dû beaucoup me poser de questions ces derniers temps quand on me parle du film de genre et tout ça, et j’essaie de comprendre au-delà de la mise en scène pourquoi j’avais autant fétichisé ce truc-là. Et je crois que si le cinéma de genre m’a tant marqué c’est que c’est celui qui laisse le plus de place à ça, qui met en scène le plus de marginaux. Des personnages troubles, louches, qu’on ne comprend pas forcément.

« Le personnage doit surtout être fascinant »

D’ailleurs c’est une question qui revenait souvent quand on cherchait à financer Irréprochable, on me posait beaucoup la question de l’empathie, parce que le film est vu de son point de vue à elle, et si le film avait été, comme JF partagerait appartement par exemple, du point de vue du personnage de Joséphine Japy, il aurait été beaucoup plus facile à monter. Et je disais : moi je sais de toute façon qu’on va réussir à avoir de l’empathie pour elle, parce qu’on y travaillait avec Marina [NDLR : Foïs, qui interprète le personnage principal]. Mais quand bien même on n’aurait pas eu d’empathie, ce n’était pas grave parce que le personnage doit surtout être fascinant.

Je pense que l’empathie, pour les six gamins de L’Heure de la sortie, elle vient très progressivement, au début on a juste envie de les gifler, et peu à peu on comprend qui ils sont, ce qu’ils traversent. Et quand bien même le public n’aurait pas d’empathie pour ces personnages, ce n’est pas quelque chose auquel je réfléchis, parce que moi j’en ai pour eux.

photo5_lhdls
Crédit photo : Laurent Champoussin

Un personnage comme celui de Kathy Bates dans Misery, ou Catherine Tramell dans Basic Instinct : je pense que personne n’a d’empathie pour elle et en même temps on ne l’oubliera jamais et elle est absolument fascinante. Ça m’a toujours intéressé les personnages un peu désaxés, qui ont fait des sorties de route, je crois que je me suis toujours identifié à eux.

« Raconter ce qui précède le passage à l’acte »

Surtout, je crois, le point commun des films, et de celui d’après, et des livres, c’est de mettre en scène, de raconter ce qui précède le passage à l’acte, toutes les couches de frustrations, de peurs, dans les faits divers. Parce que les faits divers finalement ils ne sont pas très intéressants, on adore les lire mais à part dans les trucs de grand banditisme ou de mafia c’est quand même toujours pour une assurance-vie ou pour une tromperie. Qu’est-ce qui fait qu’un humain passe à l’acte, va tuer sa belle-mère ou je ne sais qui ? Ce sont ces années de frustration, et de colère, d’exclusion, et ça m’a toujours passionné d’essayer de décrypter un peu ça.

  • Donc ce sont des œuvres qui s’intéressent au rapport entre l’individu et le collectif ?

Oui, je crois, on me l’avait dit pour Irréprochable mais ça s’adapte assez bien à L’Heure de la sortie et un peu à tout ce que j’ai fait. J’avais dit pour Irréprochable que le film parlait de la déliquescence de la société à travers une tragédie personnelle. Ce sont des personnages qui ont été mis au ban ou qui se sont mis eux-mêmes au ban de la société pour X raisons. De par ce qu’ils sont et ce qu’ils font, qu’est-ce qu’ils incarnent de cette société ultralibérale, hyper individualiste, où il n’y a que la compétitivité qui compte ? Ces personnages, même s’ils ont des caractérisations propres et singulières, ils incarnent sûrement quelque chose du monde contemporain.

  • Dans L’Heure de la sortie, il y a aussi quelque chose de la puissance du groupe, car chaque enfant pris individuellement tiendrait un discours et commettrait des actes probablement différents…

« Un film aussi sur la radicalisation »

C’est sûr, c’était un film aussi sur la radicalisation (de manière totalement différente de ce qu’on peut vivre aujourd’hui), l’entraînement collectif dans leur projet jusqu’au-boutiste. Une des choses que je tenais à garder du livre, c’est qu’il y en ait un qui s’exclue un peu lui-même du projet funeste. Mais évidemment le collectif peut être stimulant et positif. Moi c’est quelque chose dont j’ai besoin, ne serait-ce que dans les expériences de tournage, mais ça peut aussi, et on en a la preuve tous les jours, donner des choses catastrophiques. L’humain peut aussi être affaibli par le monde qui l’entoure, d’où la puissance du collectif et des leaders. Et c’était intéressant aussi sur cette question-là, toutes les discussions avec les jeunes : leur vision du monde, leur regard sur la politique, par rapport à ma génération, sont complètement bouleversés.

Pour ma génération le monde était encore conçu en deux blocs, l’opposition entre capitalisme et communisme. Mon enfance et mon adolescence étaient encore basées là-dessus. Et même dans mon militantisme, on en était à s’accrocher à et à se positionner dans des groupes politiques, dans des partis. Alors que ça n’existe plus du tout pour les jeunes générations. Dans leur manière d’appréhender le collectif, le parti politique est définitivement fini je crois. C’est étrange et intrigant mais ça va passer par des actions par petits groupes, des milieux associatifs plutôt.

  • À quel point les jeunes acteurs ont pu influer sur le scénario et leurs personnages ?
photo6_lhdls
Crédit photo : Laurent Champoussin

Tous les entretiens qu’on a faits avec eux ont beaucoup nourri le film. Dans les premiers castings, à chaque fois on leur posait des questions sur la manière dont ils voyaient le monde, quelles étaient leurs peurs, comment ils imaginaient le monde dans vingt ans… On a fait le casting il y a un peu plus de deux ans, donc évidemment dans les peurs ce qui revenait en premier, c’étaient les attentats car c’était très frais encore. Mais les peurs et l’engagement, même simplement individuel, sur l’avenir de la planète, ça m’a interpellé et rassuré d’une certaine manière sur leur capacité à agir. Ne serait-ce que déjà d’être si concerné par ce qui se passe, ce qui n’était pas le cas de ma génération.

Ils ont influé un peu sur ça, après c’est vrai que les personnages étaient assez définis dans ce que je leur ai donné à mûrir, même si on n’allait pas forcément tout voir à l’écran, sur leur parcours. Ces personnages devaient vivre par leur propre histoire, parce qu’ils ont quand même six personnalités différentes, six manières de s’exprimer ou de se mouvoir singulières, et c’était important qu’on puisse le dire dans le film. Mais le travail a surtout été fait de manière collective, tout le travail qu’on a fait en amont du tournage avec leur coach sur tout ce qui était chorégraphique et déplacements, la manière dont j’avais envie qu’ils bougent et qu’ils parlent, tout ça était appréhendé dans un groupe de douze, et à l’intérieur dans un groupe de six qui devait ne former presque qu’une entité. S’il y en avait un qui allait bouger dans la classe, ils savaient tous qu’ils devaient anticiper le mouvement de l’autre.

  • Le professeur semble d’ailleurs repérer assez rapidement cette sorte d’entité par les jeux de regards dans la classe, et on peut d’ailleurs se demander comment ses collègues ont pu de leur côté y être aveugles…

« Mettre en place un quotidien vivable, joyeux »

À part le proviseur, qui incarne tout ce qui ne va pas, les autres adultes sont, dans ce que j’imagine, les plus sympas du bahut, et les plus rock and roll. Je ne les condamne pas du tout, ce ne sont pas des mauvais bougres. Pour le coup ce sont des personnages qui ont mon âge et je vois bien par rapport à mes proches, il y a une espèce de repli sur soi, parce que le monde est tellement difficile qu’il faut mettre en place des subterfuges et un quotidien qui soit vivable, joyeux. D’où l’opposition entre des gamins qui n’ont déjà même plus foi en l’avenir et sont beaucoup trop adultes, et des adultes de ma génération, qui ne rêvent que d’une chose c’est de revivre nos vingt ans… alors que ce n’était pas super fun non plus ! Ce sont des gens qui ont envie de s’amuser, sûrement de baiser, de faire la fête, de boire pour oublier. C’est plutôt qu’ils ne veulent pas voir parce que leur vie est déjà suffisamment compliquée comme ça. Mais s’il devait y avoir une figure du mal dans le film, c’est vraiment le proviseur qui doit l’incarner. Ces profs sont juste des gens qui ont sûrement trop de problèmes pour s’intéresser aux autres.

photo4_lhdls

Un grand merci à Sébastien Marnier pour sa bienveillance et à Pablo de l’agence Ricci-Arnoux pour avoir rendu possible cette rencontre.

L’Heure de la sortie, en salles le 9 janvier 2019.

Irréprochable, disponible en DVD/Blu-Ray/VOD.

Publicités

5 commentaires sur “Entretien avec Sébastien Marnier autour du film L’Heure de la sortie

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :