couverture-livre-madame-vous-allez-m-emouvoirLucie découvre des correspondances de guerre dans les archives familiales. Son arrière-grand-père, Paul, a laissé un témoignage de son activité de médecin au front durant la Première Guerre mondiale. Elle décide d’en faire quelque chose…

Je n’avais pas repéré ce livre, et pour cause, je ne lis à peu près que des romans, et suis assez peu friande habituellement des témoignages et autres histoires vraies. A fortiori lorsque celles-ci tournent autour des deux guerres mondiales, des sujets que j’ai, comme beaucoup, étudiés à l’école et m’ont rapidement lassée. Il faut dire que je suis toujours plus attirée par le contemporain que par l’historique.

Mais j’ai reçu ce livre de la part des éditions Flammarion, sans l’avoir demandé, et je me suis dit que, maintenant qu’il était arrivé jusqu’à moi, j’allais lui donner une chance. Au pire, je l’abandonnerais au bout de quelques pages.

Or je n’ai pas abandonné. Déjà, j’ai retrouvé dans le procédé ce qui m’avait plu récemment dans le récit de Marie-Aude Murail, En nous beaucoup d’hommes respirent : un livre richement documenté et illustré avec plein de photos d’époque et des matériaux de base (carnets, lettres…) qui rendent l’ensemble très vivant et les personnages attachants. Cela permet aussi de mieux s’y retrouver, ce qui est nécessaire dans une histoire qui fait intervenir 5 générations ! L’arbre généalogique présent en début de livre est vraiment bienvenu et aurait même pu être plus complet car plusieurs fois l’autrice parle d’une cousine ou d’un oncle sans qu’on devine de qui il s’agit.

Sur le fond, évidemment, il est question de guerre, puisque Paul, le médecin, a connu les deux guerres mondiales, qui ont aussi diversement touché d’autres membres de la famille. Dans celle-ci, on trouve des jeunes gens morts pour la France, des résistants, un préfet sous Vichy, des situations suffisamment complexes et variées pour intriguer le lecteur et le tenir captif.

On trouve aussi, et heureusement, tout ce qui fait le sel d’une vie familiale indépendamment des événements historiques qu’elle peut croiser : des histoires d’amour, des trahisons, des brouilles, des séparations, des deuils, des naissances…

Pour rendre tout cela concret aux yeux du lecteur, Lucie Tesnière a eu une bonne idée : se mettre elle-même en scène comme un personnage du récit, et narrer par le menu le déroulé de ses recherches pour reconstituer cette fresque imposante. D’enregistrements de témoignages des anciens en salles des archives, de maisons prêtées le temps d’écrire en carnets retrouvés dans des appartements inoccupés, de trajets en train en épopées en voiture, la jeune femme fait preuve d’une détermination touchante et admirable. Finalement, l’héroïne que l’on suit, c’est surtout elle, dans sa volonté de rendre hommage aux générations passées avant que l’oubli ne les avale. Un peu comme dans le si beau Coco de Disney, telle est la morale de l’histoire : les morts restent présents tant que quelqu’un se souvient d’eux, et de ce qu’ils ont accompli.

Je remercie donc les éditions Flammarion pour cette belle surprise de fin d’année qui m’a permis de sortir de mes sentiers battus littéraires pour accompagner cette famille à travers les époques.

Publicités