onthebasisofsexRuth Bader Ginsburg entre à Harvard, une université encore largement masculine, pour y étudier le droit, comme son mari. Alors qu’elle jongle entre les cours, le sexisme ambiant et leur vie de famille, Martin tombe malade…

Ce film faisait partie de mes grandes espérances pour 2019, car son sujet éminemment politique et féministe me tentait forcément beaucoup. Pour autant, je ne connaissais pas jusqu’ici Ruth Bader Ginsburg, la « femme d’exception ».

J’ai eu une révélation en découvrant ce long-métrage lors de l’avant-première parisienne en décembre : j’ai compris (enfin, dirons certain(e)s !) l’intérêt du genre du biopic.

Oui, jusque-là, j’avais une dent contre ce genre cinématographique, que j’associais à la facilité (alors que créer de toutes pièces une fiction me semblait plus audacieux) et à des longueurs, car bien entendu la vraie vie n’est jamais aussi palpitante et romanesque que la fiction.

Mais ça, c’était avant On the basis of sex (je préfère le titre en VO). Dès les premiers instants, le film de Mimi Leder a su me captiver avec cette héroïne à laquelle il est facile pour toute jeune femme féministe de s’identifier. Pas besoin de super-héros avec des pouvoirs quand on peut avoir cette femme, qui ose remettre à sa place le doyen de la faculté de droit d’Harvard d’une remarque sarcastique en réponse à son flagrant sexisme. Ruth est épatante : elle mène de front vie privée et vie professionnelle, y compris quand le destin lui complique la tâche et que son mari tombe gravement malade, ne lâche rien et fait rayonner autour d’elle ses valeurs, qu’elle transmet notamment à sa fille (Cailee Spaeny, retenez bien ce nom car elle a tout d’une future star). Et son interprète l’est tout autant : Felicity Jones (Une merveilleuse histoire du temps) se glisse à merveille dans la peau de cette femme à la fois normale, avec des moments de doute, et hors du commun par sa volonté et sa détermination. L’actrice a adopté la gestuelle de son modèle sans tomber dans le mimétisme parfois exagéré de certains biopics et propose un portrait de femme extrêmement vivant et dynamique.

Le dynamisme, c’est justement ce qui m’a marqué dans ce film sans temps mort. La réalisation est certes assez classique mais redoutablement efficace, soutenue à propos par une musique entraînante qui attrape le spectateur au vol et l’empêche de lâcher prise. J’ai véritablement été happée par l’histoire, que j’ai suivie le cœur battant, avec exaltation, au fur et à mesure que les obstacles se dressent et que Ruth les efface.

Il faut dire qu’elle est aidée dans son combat par une galerie de personnages secondaires attachants (j’ai beaucoup apprécié l’apparition de Kathy Bates en particulier), et soutenue sans faiblir par son mari Martin (Armie Hammer, qui depuis Call Me By Your Name est toujours un bon argument en faveur d’un film). Dans cette lutte pour l’égalité des genres dans la loi, le film a l’intelligence de ne pas tomber dans la guerre des sexes mais de s’appuyer justement sur ce qui fait la force des Ginsburg : un couple uni, où chacun sait être là pour l’autre et le faire bénéficier de ses points forts tout en lui laissant l’espace de s’exprimer ; un couple où tout se fait en binôme, qu’il s’agisse des tâches ménagères, de l’éducation des enfants et même des aventures professionnelles.

Premier coup de cœur de 2019, ce film m’a réconciliée avec son genre en même temps qu’il me faisait découvrir une grande dame des États-Unis jusqu’ici quasi inconnue en France. C’est là qu’un biopic est utile, quand il nous permet d’honorer des figures exceptionnelles qui ont permis de grandes avancées, parfois en toute modestie. On the basis of sex nous donne envie d’en savoir plus sur Ruth (en rattrapant le documentaire RBG par exemple), de continuer son combat… et de le revoir à chaque fois que nous aurons besoin d’inspiration féministe.

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