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affiche-film-letoÉté 81. Viktor et Liocha rencontrent le leader du groupe Zoopark, Mike Naumenko, et sa femme Natacha, qui les prennent sous leur aile et les aident à faire décoller la carrière de leur groupe…

Pour la petite histoire, je me suis tirée du lit un dimanche matin pour aller voir ce film, motivée par l’engouement général de la blogosphère cinéma, et je n’ai probablement jamais autant cerné mon amour de cet art qu’en m’installant face à ce film russe sur un groupe punk, autant d’éléments à mille lieux de mon background culturel et de ma zone de confort cinématographique. Mais suivre les conseils des cinéphiles en ligne a parfois du bon.

En effet, il aurait été dommage de manquer ce film présenté à Cannes et qui ne récolta, un peu injustement, qu’un prix mineur : le Cannes Soundtrack de la meilleure musique. Celui-ci est clairement justifié car la bande-son est capitale dans le film : alternant morceaux russes des groupes Zoopark et Kino, autour desquels tourne l’intrigue, et standards rock et punk des années 80, la musique est omniprésente et porte littéralement le film, à la fois dans ses moments d’énergie pure mais aussi dans des scènes plus subtiles et mélancoliques.

Le réalisateur Kirill Serebrennikov (dont l’œuvre a failli ne jamais voir le jour puisqu’il a été assigné à résidence au cours du tournage), s’inspire des mémoires de Natacha, le personnage féminin central du récit (Irina Starshenbaum), compagne de Mike Naumenko (Roman Bilyk), pour ce biopic qui n’en a pas l’air. Il s’agirait plutôt d’une fresque aux très nombreux personnages et figurants, qui fonctionnent comme une masse assez indistincte représentant la jeunesse russe opprimée par le pouvoir, et sur laquelle se détachent les figures de Mike et Viktor (Teo Yoo), tournant autour de Natacha et collaborant musicalement. Mais en fait de collaboration, ce que dépeint le film est plutôt un passage de témoin, la confrontation entre deux visions du mouvement punk et de la musique de l’époque. L’avènement de Kino, c’est pour Mike le début du déclin, et le film est touchant lorsqu’il montre les failles d’un homme qui a eu le statut de star et voit un musicien plus jeune lui prendre tout ce qui compte à ses yeux… et pourtant ne pas s’y opposer, mais au contraire l’encourager et l’aider autant que faire se peut.

Je ne connais rien au mouvement punk, mais on est loin ici de la représentation qu’en faisait How to talk to girls at parties il y a quelques mois. Ces punks-là sont bien doux, mélancoliques et tendres, nettement plus attachants aussi. Et si parfois le film s’embarque dans des scènes décalées où la musique envahit le quotidien en même temps que des gribouillages blancs et rouges envahissent l’écran, dans une superposition des plus réussies, ce n’est que l’expression d’une extériorisation des sentiments des personnages qui n’aura pas lieu, comme le souligne à chaque fois le personnage du sceptique, mystérieuse voix off clarifiant pour le spectateur l’impossibilité d’un comportement vraiment punk dans cette Russie où tout est encadré. Les textes doivent être approuvés par les dirigeants du club avant que les groupes ne se produisent dans des concerts où il est interdit au public de se lever, danser ou brandir pancartes et cadeaux à destination des musiciens. Le spectateur est témoin, au même titre que le sceptique, de l’impossible libération des jeunes artistes. Et c’est probablement là, plus que dans les relations intimes entre les personnages principaux, qui souffrent de quelques longueurs de scénario, qu’est le cœur émouvant de Leto.

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