« Les Chatouilles » : danser la souffrance

affiche-film-les-chatouillesOdette est danseuse aux quatre coins du globe, mais elle a un secret. Durant toute son enfance, Gilbert, un ami proche de la famille, l’a forcée à « jouer aux chatouilles ». Elle décide d’aller se confier à une psy…

J’ai eu la chance de découvrir ce film dans un cadre particulier, celui du Label des Spectateurs UGC. Dans une séance à l’aveugle (sans savoir quel film j’allais découvrir), et avec la possibilité à la sortie de lui attribuer ou non le Label. À vrai dire j’avais fait des paris sur le long-métrage qui allait nous être présenté et Les Chatouilles faisait partie de mes suppositions. J’en avais entendu parler lors sa présentation cannoise, je savais de quel sujet dur il traitait, et j’étais décidée à le voir. Ça ne m’a pas empêché de songer quand j’ai découvert l’identité du film mystère « heureusement que j’ai mis du mascara waterproof ! ».

Attention, ce film n’est probablement pas visible par tous et toutes car il traite directement de pédophilie. Gros trigger warning donc pour les personnes sensibilisées à ce sujet. J’avais la chance qu’il ne recouvre pour moi aucune réalité concrète.

Certaines scènes restent pour le spectateur lambda difficiles à observer. La seule concession faite par Andréa Bescond et Éric Métayer à notre regard horrifié, c’est de détourner la caméra de l’atrocité en cours pour s’attarder sur les expressions faciales : la satisfaction effrayante du monstre (Pierre Deladonchamps, qu’on ne peut que respecter infiniment pour incarner sans fléchir l’une des pires perversions de l’humanité), le regard clair de la petite Odette (Cyrille Mairesse) dont l’innocence est en train de mourir. C’est une abomination dont il est question, et pourtant.

Il n’y a pas que cela dans le film. Il y a aussi des moments de pause, la tendresse d’un père (Clovis Cornillac, très touchant), le soutien d’un amoureux (Grégory Montel, toujours dans des rôles sympathiques depuis Dix pour cent), les folies avec le meilleur ami (Gringe). Car Odette n’est pas qu’un corps blessé qui s’enfonce dans la drogue et s’empêche de se lier trop profondément à autrui. C’est aussi une femme au formidable élan vital qui s’exprime par ce rire exultant et par la danse.

La danse est l’autre grand sujet du film. De Noureev aux comédies musicales phares des années 2000, d’une pub pour les assurances à un freestyle krump dans la rue, des boîtes de nuit aux pots de départ dans un entrepôt. Tout est bon pour que le corps éclate, pour en extirper la souffrance par le mouvement. Comme si en bougeant, Odette allait décoller d’elle cette douleur gluante.

Lorsqu’elle comprend que ça ne suffira pas, elle fait appel à une psy (Carole Franck, qu’on n’avait pas vue dans un si beau rôle depuis un moment). Le chemin de la résilience est filmé avec poésie et inventivité, faisant naviguer Odette adulte et sa psy dans les souvenirs de la petite fille et de la jeune femme qu’elle a été. C’est souvent beau, parfois douloureux, quelquefois drôle, toujours extrêmement juste.

Et puis il y a d’autres souffrances, qui sont finalement peut-être plus que des dommages collatéraux : comme ce rapport détraqué d’une mère à son enfant. Karin Viard prouve encore une fois (après Jalouse l’an dernier), son talent pour incarner des femmes pour qui l’amour maternel n’est pas un instinct.

Après Jusqu’à la garde ou En guerre, le cinéma français de 2018 prouve encore une fois avec Les Chatouilles qu’il n’a pas peur d’aborder tous les types de violence qui gangrènent notre société. S’il accepte de finir en pleurs au fond de son siège, le spectateur confronté à ces drames réalistes en sortira grandi, avec l’espoir que la bienveillance, la résilience et la justice finissent par triompher.

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7 commentaires sur “« Les Chatouilles » : danser la souffrance

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    1. Je ne le connais pas du tout en dehors du film, mais je crois qu’il joue le meilleur ami d’Odette. C’est un rôle secondaire mais il n’est pas mauvais.

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