affiche-film-dilili-à-parisDilili est arrivée à Paris sur un bateau, et fait partie du village kanak de l’exposition universelle. Elle rencontre Aurel, un conducteur de triporteur qui lui apprend que des fillettes sont enlevées par les mystérieux Mâlemaîtres…

Un film de Michel Ocelot est toujours un enchantement visuel. Enfant, j’ai découvert avec joie Kirikou, Princes et Princesses puis, ado, Azur et Asmar. Ces films ont bercé mes jeunes années de leurs couleurs, de leur magie, et des valeurs de courage, d’ouverture d’esprit et de solidarité qu’ils transmettent.

Il était donc impératif que je découvre Dilili à Paris. Je soupçonne en ce titre une référence à Minuit à Paris, l’un de mes Woody Allen préféré. En effet, ici aussi, on pourrait d’abord croire que l’intrigue va s’en tenir à un plan secondaire, et que le principal attrait du film réside dans une visite guidée de la capitale. Avec son triporteur, Aurel emmène la petite Dilili en promenade et lui fait découvrir à la fois les plus beaux monuments, les passages les plus secrets et les artistes les plus connus de l’époque. Dans le Paris de la Belle Époque qui donne toujours lieu à des œuvres cultivées et plaisantes comme La folle histoire de l’urinoir qui déclencha la guerre, nous croisons aux côtés de Dilili les plus grand(e)s musicien(ne)s, peintres, sculpteurs/trices… et notamment la cantatrice Emma Calvé, incarnée vocalement par Natalie Dessay, pour le plaisir de nos oreilles.

Peu à peu toutefois, l’intrigue autour de l’enlèvement des fillettes prend de l’ampleur. Je n’ai pas tout de suite compris où le réalisateur voulait en venir avec cette enquête. En effet, les premières images pouvaient laisser penser que le grand sujet du film serait le racisme, puisque Dilili explique à Aurel que les Kanaks la trouvent trop blanche et les Français trop brune, du fait de son métissage.

Mais le vrai sujet du film est en fait tout autre, dès lors que l’on comprend pour quelle raison les Mâlemaîtres ont capturé les petites filles. Le cœur de ces vils individus est aussi sombre et leur pensée aussi fangeuse que les égouts qui les abritent. En proposant une intrigue complexe, Michel Ocelot crée un film qui n’est pas forcément visible par les plus petits. Mais en abordant aussi directement le sujet des rapports hommes-femmes, sans ambiguïté aucune sur sa position morale, le réalisateur nous offre le grand film d’animation féministe qui nous manquait.

C’est vraiment à mes yeux une excellente porte d’entrée vers ce sujet pour les enfants (garçons et filles) dès 7-8 ans. D’autant que l’éthique ne prend pas le pas sur l’esthétique, qui est aussi sublime qu’à l’ordinaire avec un mélange photo-animation et 2D-3D, qui renouvelle sans le dénaturer le dessin stylisé qui est la patte Ocelot. On aime particulièrement la balade à dos de guépard qui constitue un sympathique clin d’œil aux précédentes œuvres du cinéaste.

Sur une ritournelle entraînante façon « It’s a small world », Michel Ocelot continue son œuvre d’intérêt général avec ses films aussi beaux dans le fond que dans la forme. D’un point de vue féministe, il prouve, s’il en était encore besoin, qu’un homme peut pleinement se positionner en allié. C’est avec émotion qu’on a envie de le remercier à la fin du film.

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