affiche-film-en-libertéYvonne, agent de police, découvre par hasard que son défunt mari était un ripou, et qu’il a envoyé en prison un innocent. Lorsque l’homme sort après 8 ans de détention, Yvonne décide de jouer les anges gardiens…

Je crois que j’ai déjà expliqué que je vais rarement voir un film par hasard. Certes, j’aime préserver la surprise au point d’éviter les bandes-annonces, mais généralement je sais quand même à peu près de quoi parle le film. Là non. Du tout. J’ai juste su qu’il avait eu de bons échos à Cannes, et qu’il y avait une avant-première dans mon ciné de quartier. Je crois que je me suis un peu faite avoir par la mention « en présence de l’équipe » (oui parce que l’équipe, ça pouvait potentiellement inclure Adèle Haenel, Audrey Tautou et Pio Marmaï. Trois bonnes raisons cumulées.). En termes d’équipe on a finalement eu Pierre Salvadori tout seul présentant son film pendant un quart d’heure avant la séance (parenthèse : que quelqu’un m’explique l’intérêt de faire venir le réalisateur AVANT la projection). Et ce n’est qu’une fois rentrée chez moi que j’ai réalisé que j’avais tout de même manqué l’occasion d’interroger le réalisateur d’une de mes comédies françaises préférées (Hors de prix).

Cette impréparation totale n’a pas que des mauvais côtés : je suis allée de surprise en surprise avec ce long-métrage façon film noir décalé. J’ai un peu craint le côté bourrin de la première scène, avec des cascades improbables et un Vincent Elbaz aux allures de mafieux (pas trop étonnant qu’il soit ripou). Heureusement, on comprend vite qu’on est dans un degré particulier de fiction, et ça, le film le fait très bien, naviguer entre l’histoire qu’on nous raconte, et les histoires enchâssées.

Ce qu’il fait un peu moins bien, en revanche, et c’est dommage, c’est réussir à équilibrer l’humour et l’émotion. Les deux coexistent d’une scène à l’autre mais parfois maladroitement, l’un venant court-circuiter l’autre comme pour empêcher le spectateur de s’y adonner. Cela dit c’est aussi ce qui permet au film de ne pas manquer de rythme.

Côté casting, on frôle la perfection. Adèle Haenel s’en tire haut la main pour son premier rôle dans une comédie, en touchant ange gardien maladroit et cœur d’artichaut. Audrey Tautou apporte la touche de douceur et de mélancolie nécessaire, qui rappelle qu’en dépit de son genre léger le propos du film ne l’est pas (on parle quand même d’erreur judiciaire et d’injustice). La scène des retrouvailles est absolument adorable et déchirante. Pio Marmaï compose un personnage sérieusement perturbé, à la fois inquiétant, touchant et drôle, très différent des rôles dans lesquels on l’avait vu jusqu’ici (clin d’œil à celles et ceux qui me suivent depuis longtemps et qui savent qu’à une époque j’en ai vus pas mal, de ses rôles !). Et puis j’ai découvert Damien Bonnard, en gentil flic fleur bleue, et ça m’a rappelé que j’avais hélas manqué en salles C’est qui cette fille.  

Certes, le film est un peu inégal, mais enfin je n’ai pas boudé mon plaisir devant ce mélange des genres vintage et vitaminé dont les gags m’auront bien fait rire. On ne pourra pas reprocher au réalisateur de ne pas se renouveler, et il y a quelque chose de très rassurant à voir le cinéma français expérimenter et s’amuser ainsi.

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