« Trancher » : les mots comme des lames

couverture-livre-trancher20 ans de relation, deux enfants, et un secret comme une honte : les mots cruels et insultants que son mari Aurélien lui balance à la figure quand la colère le prend. Pendant 7 ans, il parvient à se dominer, et puis… 

Comme tous les ans le catalogue de la rentrée littéraire de Flammarion m’a fait de l’œil. Cette année, comme l’année dernière, j’ai été intriguée plutôt par des livres aux sujets durs. L’an dernier, il était question de guerre, de précarité, de drame familial. Cette année, j’ai commencé mon exploration de la rentrée Flammarion par ce court récit sur la violence conjugale (vous êtes prévenus, on ne va pas rigoler).

Généralement quand on évoque ce sujet on pense aux campagnes de pub choc, à des faits divers sordides qui s’achèvent par des meurtres, à des téléfilms mettant en scène des femmes battues. Là où le roman d’Amélie Cordonnier est fort, et trouve sa place parmi le panel déjà fourni des œuvres sur le sujet, c’est qu’il n’est pas question de coups ni de violence physique, ou à peine.

La primo-romancière s’attaque à une violence plus sournoise mais pas moins destructrice, celle des mots. Aurélien ne bat pas sa femme au sens propre, non, il la détruit au sens figuré, puisqu’il passe ses nerfs sur elle à coup d’insultes, de termes rabaissants et grossiers. « Connasse », « pétasse », grosse vache », « merde », voilà le type de mots d’amour qui s’échappent de la bouche du bourreau. Comme le dit le bandeau, on peut s’interroger à bon escient : « Pourquoi tu restes ? »

Heureusement le livre produit une explication tout à fait plausible en nuançant ses personnages. Si Aurélien n’était qu’un salopard qui traite sa femme de tous les noms devant leurs enfants, on pourrait presque en vouloir à la protagoniste de ne pas le quitter. Mais Amélie Cordonnier fait de ses personnages des êtres ambivalents, capables du meilleur comme du pire. Comment quitter cet homme qui lui dit « tu es belle » et lui laisse des mots adorables sur des post-it tous les jours ? Qui est attentif à ses enfants, les emmène au musée et joue au Monopoly avec eux dans la douceur et les rires ? Qui a honte de son comportement, admet ses torts et promet qu’il voit un psy et qu’il va changer ?

La narratrice finit par employer les mêmes armes que son mari, les mots, afin de nous faire comprendre sa situation par le biais de jeux de mots, avec les stations de métro, le sens des expressions courantes qu’elle détourne à son profit. Le style est assez élégant, parfois on aurait voulu moins de finesse de la langue et un côté plus abrupt. Mais le résultat est là, le lecteur lui aussi s’interroge : comment réussir à trancher, à partir ? Le récit analyse les doutes, les regrets, les espoirs déçus, le désir et l’amour qui se heurtent à des phrases que personne ne devrait subir. Et jusqu’au bout, il nous laisse dans le flou pour mieux nous faire souffrir avec cette femme qui lutte. Si tous les hommes qui ont eu envers la personne qui partage leur vie ne serait-ce qu’un mot de trop pouvaient lire ce roman, peut-être certains prendraient-ils enfin conscience du mal qu’ils font…

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11 commentaires sur “« Trancher » : les mots comme des lames

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  1. Il m’a l’air vraiment intéressant pour ce que tu décris, cad comprendre pourquoi une femme peut rester avec ce genre d’hommes. C’est vrai qu’on a tendance a trouver cela incompréhensible voire a culpabiliser la femme. Je suis curieuse de voir quelles réponses le roman apporte !

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