« Sauvage » : « la liberté est mon animal »

affiche-film-sauvageLéo a 22 ans, vit dans la rue et se prostitue. À la différence de ses collègues, il ne refuse pas d’embrasser et d’offrir des gestes de tendresse, car Léo se donne tout entier. Mais certains profitent parfois de sa candeur…

Aller voir ce film était pour moi une sorte de challenge personnel. Son interdiction aux moins de 16 ans m’annonçait de la violence et des scènes difficiles à soutenir pour la nature sensible que je suis. Mais comme avec Grave l’an dernier, je n’ai pas voulu que mon appréhension réfrène ma curiosité envers une œuvre acclamée par les critiques.

Je remercie donc Ciné-Sud Promotion de m’avoir permis de le découvrir avant sa sortie, dans des conditions favorables (un environnement calme). Je ne cacherai pas que la séance a par moments été éprouvante pour moi. Mais que cela ne m’empêche pas d’avoir apprécié le film. J’ai retrouvé dans le premier long de Camille Vidal-Naquet plusieurs tendances intéressantes du cinéma français récent, et leur croisement produit ce film choc qui ne laissera personne indemne.

Personnage à la fois lumineux et torturé, Léo est de ceux que l’on n’oublie pas. Il semble totalement amoral comme il est asocial : hors de la société et des règles du monde, il jouit d’une liberté sans entraves qui s’accompagne d’une grande solitude. Au point que quand on lui propose un téléphone, il s’en étonne : qui pourrait-il bien appeler ? On ne saura pas ce qui a conduit le jeune homme à cette situation de précarité, mais ce qui frappe, c’est la façon dont il s’en accommode sans jamais s’en plaindre, sans, surtout, chercher à en changer. À l’inverse d’Ahd, le collègue sur lequel il a flashé, qui veut à tout prix « s’en sortir », Léo n’a aucune perspective d’évolution. Il ne voit même pas l’intérêt de chercher à arrêter la drogue. On peut voir son comportement comme une tendance autodestructrice, mais aussi comme une forme d’animalité : il se contente de satisfaire ses besoins primaires et de se laisser porter par la vie. Et pourtant il dégage, entre des scènes plus violentes, une forme de douceur, de tendresse, et même un côté filou comme un gamin prêt à faire une bêtise. Ce personnage à la lisière de l’animalité mais qui sait pourtant faire preuve d’une grande humanité envers les démunis (notamment les clients âgés ou handicapés) m’a fait penser à celui de Justine dans Grave. Comme Garance Marillier, Félix Maritaud est une révélation à chaque plan, avec une intensité de jeu et un abandon au personnage peu communs.

Ce portrait de jeune homme perdu est aussi l’occasion de filmer les corps sans pudeur ni concession. Des corps sexués mais pas vraiment sensuels, pour lesquels l’acte est une prestation, une performance, ou un instinct, mais jamais le reflet d’un élan de l’âme. La façon de filmer, parfois volontairement brouillonne en caméra portée, se fait presque médicale dans la lumière crue qu’elle jette sur les corps (d’ailleurs plusieurs scènes se déroulent dans des cabinets médicaux). Ce traitement des corps m’a fait penser à 120 BPM, de même que les scènes épileptiques de boîte de nuit.

Drôle de mélange d’énergie vitale et de contexte morbide, Sauvage est un ovni qui réussit à nous attacher à son personnage, quand bien même lui-même refuserait tout attachement. À voir pour celles et ceux que la violence ne rebute pas.

 

3 commentaires sur “« Sauvage » : « la liberté est mon animal »

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  1. Certaines formes de violence ont tendance à me rebuter mais ta chronique éveille ma curiosité ! Je me laisserai peut-être tenter par ce film.. A voir 🙂

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